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Le Minaret

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La Cité (al-Balad) Commentaire Sourate 90 Convertir en PDF Version imprimable
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La Cité (al-Balad) 

Sourate 90 (20 versets, révélés à La Mecque) 

Tafsirs Ibn Abbas Al Jalalayn Al Sabunî

Préparé par Tahar Gaïd
Introduction 
L'intitulé de la sourate correspond au premier verset. Elle se rattache à la précédente par deux aspects : 

1 - Dans la sourate précédente, Dieu blâme celui qui éprouve un amour immodéré pour la richesse, dilapide les héritages, ne nourrit pas le pauvre. Dans cette sourate, il est exigé du riche de libérer un esclave et de nourrir les pauvres en temps de famine. 
2 - La sourate précédente se termine en décrivant l'état de l'âme apaisée dans la vie dernière. La présente sourate montre comment cette âme sera apaisée. 
Les objectifs de cette sourate sont les mêmes que ceux des sourates précédentes : établir les fondements de la 'aqîda islamique, rappeler la résurrection et le Jugement qui en découle et faire la distinction entre les hommes pieux et les dépravés, spirituellement parlant. 

La sourate s'ouvre par le serment sur la cité sacrée qui est le lieu où habite le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -. Elle met en évidence la place considérable et noble qu'elle occupe auprès de son Seigneur. Elle attire l'attention des associationnistes mecquois sur la gravité de leur comportement qui consiste à porter préjudice à l'Envoyé de Dieu - que la prière et le salut soient sur lui - en cette cité. Leur attitude est considérée par Dieu comme l'un des plus grands péchés. Le serment porte aussi sur Adam et sa descendance, autrement dit sur la relation du père et de ses enfants et des problèmes que le géniteur rencontre dans la vie pour être à même de leur donner une bonne éducation. C'est dire que les droits des uns et des autres sont considérables et énormes. 

1 - Non ! Je jure par cette Cité, - 2 - et toi, tu es résident dans cette cité - 3 - Et par le père et ce qu'il engendre ! - 4 - Nous avons, certes, créé l'homme pour une vie de lutte. - 5 - Pense-t-il que personne ne pourra rien contre lui ? … 

La sourate expose ensuite le cas de certains pervers qurayshites que leur force illusionne au point de s'opposer à la Vérité et de traiter l'Envoyé de Dieu - que la prière et le salut soient sur lui - de menteur. Ces mécréants dépensent des fortunes pour manifester leur orgueil et leur vanité. Ils se figurent que ce qu'ils dépensent de leurs biens repoussera le châtiment de Dieu. Aussi, la sourate leur rappelle-t-elle les bienfaits du Créateur en les dotant de la vue, de la langue et des autres organes sensitifs. Ces dons devraient leur servir à prendre conscience des Signes divins, à s'exhorter et à agir au service de cette religion de la Vérité. 

6 - Il dit "J'ai gaspillé beaucoup de biens". - 7- Pense-t-il que nul ne l'a vu ? - 8 - Ne lui avons-Nous pas assigné deux yeux, - 9 - et une langue et deux lè­vres ? - 10 - Ne l'avons-Nous pas guidé aux deux voies ? - 11 - Or, il ne s'engage pas dans la voie difficile… 

Après quoi, la sourate mentionne la terrible terreur du Jour de la résurrection, les tourments et les malheurs que l'homme connaîtra dans la vie dernière. Or, son salut se trouve dans la foi et les œuvres pieuses. 

12 - Et qui te dira ce qu'est la voie difficile ? - 13 - C'est délier un joug (af­franchir un esclave), - 14 - ou nourrir, en un jour de famine, - 15 - un orphelin proche parent - 16 - ou un pauvre dans le dénuement. 

La sourate se clôture en montrant la voie de la réussite à celui qui veut le bonheur pour lui-même et la délivrance du châtiment divin. C'est la voie empruntée par les prophètes, à savoir celle de la foi en Dieu, de la patience, de la miséricorde et de l'entraide entre les frères croyants. C'est à cette condition que l'homme comptera au nombre des heureux. 

17 - Et c'est être, en outre, de ceux qui croient et s'enjoignent mutuellement l'endurance et s'enjoignent mutuellement la miséricorde. - 18 - Ceux-là sont les gens de la droite ; - 19 - alors que ceux qui ne croient pas en Nos versets sont les gens de la gauche. - 20 - Le Feu se refermera sur eux. 

Etude et commentaire 

La cité sacrée 

Dieu a choisi La Mecque pour en faire le lieu de naissance de Son Envoyé et le siège de sa mission prophétique. Dieu jure par cette cité où est né le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -. C'est à La Mecque que le Sceau des envoyés a habité, vécu pendant une longue période de son histoire et combattu les infidèles avant de s'expatrier à Médine. 

1 - Non ! Je jure par cette Cité [ La Mecque ] ! - 2 - et toi [ ô Muhammad ] , tu es résident dans cette cité. 

La Mecque est la ville sainte des Musulmans. Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - a dit : "Cette Cité a été sacralisée par Dieu le jour où Il a créé les cieux et la terre. Elle est sacralisée par la sacralisation de Dieu jusqu'au Jour de la résurrection". 

Le "Non !" n'est pas employé dans une forme négative. Il sert à confirmer ce qui va se dire. Il est dans les habitudes des Arabes d'introduire la particule " lâ " quand ils veulent assurer une chose et la confirmer sans conteste. Il en est ainsi aussi dans ce verset que nous prenons comme exemple : "Non ! Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants aussi longtemps qu'ils ne t'auront pas demandé de juger de leurs disputes." (S.4, 65) 

La Mecque a été déclarée sacrée parce que l'Envoyé de Dieu y habite. Celui qui y entre doit se sentir en sécurité. Donc, celui qui porte préjudice au Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -, en ce lieu, commet un grand péché. 

Les versets s'adressent aux Qurayshites qui, par ignorance, voulaient faire quitter la ville à ce fils d'Adam qu'est le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -. 

La mention du lieu où le Prophète - que la prière et le salut soient lui - habite est, selon ash-Shihâb, une allusion à ce qui se produira à l'avenir, à la suite de la conquête de La Mecque. Autrement dit : Toi, ô Muhammad ! Tu feras ce que tu voudras. Tu combattras et tu feras des prisonniers. C'est une manière de consoler le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - qui subissait les tracasseries des associants mecquois. Dieu lui promet qu'il sortira vainqueur de sa lutte contre ses ennemis. En effet, après la conquête de La Mecque, il a été permis au Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -, malgré la sacralisation de la cité, de faire tuer Ibn Khalîl et Maqîs Ibn Sabâba. 

Pourtant, Râzî s'étonne de l'interprétation donnée par ash-Shihâb , sans pour autant l'exclure car, dit-il, la conquête de La Mecque s'était produite de nombreuses années après la descente de cette sourate. C'est pourquoi il se limite à cette explication : "Tu es un résident de cette cité" ou "Tout t'y sera permis". Quoiqu'il en soit "Le sens du verset, dit Hamza Boubakeur, n'est cependant pas facile à saisir. Si les circonstances n'aident pas à le comprendre, la langue arabe, dans la mesure où on en est pénétré, élimine tout doute. Dans la langue ancienne, on disait couramment " Rajulun h illun" un homme sans péché, un homme à qui est permis ce qui ne l'est pas pour les autres, de même qu'on disait 'Rajulun h aramun" un homme sacralisé, à qui il n'est pas permis de faire ce qu'on fait habituellement". 

Le serment par Adam et sa descendance 

3 - Et par le père [ Adam ou le père d'une manière générale ] et ce qu'il engendre [ sa descendance ] ! 

Dieu jure par Adam et sa progéniture. C'est le point de vue avancé par Mujâhid, relayé par Ibn Kathîr. Cela s'explique par le fait que Dieu jure par la mère des cités et fait suivre ce serment par ceux qui l'ont habitée, à savoir le père de l'humanité et sa descendance. 

Al-Qâsimî dit que l'expression "Par le père et ce qu'il engendre" pourrait concerner Abraham et sa descendance. Mais selon Jarîr, l'interprétation la plus juste porte sur tout père et ce qu'il engendre. Il ajoute qu'en dehors de cette explication, il convient d'avancer des arguments et des preuves pour l'attester. 

Il s'agit aussi donc de tout père qui travaille, peine et endure des sacrifices pour élever ses enfants. A cet effet, il traverse des épreuves aussi harassantes les unes que les autres. En outre, il peuple la terre de sa descendance et préserve ainsi la survie de l'espèce humaine. 

Les efforts de l'homme devant les malheurs et autres difficultés 

4 - Nous avons, certes, créé l'homme pour une vie de lutte [ vie pleine d'embûches et de malheurs de toutes les formes ] . 

Ce verset est l'objet du serment. L'homme, de par sa nature faible, a été créé pour endurer des épreuves difficiles . Il traverse des situations pénibles depuis que Dieu a insufflé en lui de Son Esprit. Il continuera à les supporter jusqu'au jour où son âme sera arrachée de son corps. Certains hommes affrontent ces contrariétés de la vie en faisant travailler leur raison et d'autres en astreignant leur corps à des travaux physiques. Le but de ce labeur porte sur la subsistance du genre humain et la préservation de l'espèce. 

Tout au long de sa vie, l'homme connaît diverses formes de maladies et, après la mort, ses souffrances ne sont pas pour autant finies puisqu'il aura à affronter l'obscurité de sa tombe et l'interrogatoire des deux anges, ce sera ensuite les affres de la résurrection quand il se présentera devant son Seigneur pour être jugé. Ce sera encore le châtiment du Feu quand cela s'avérera nécessaire. C'est dire que toute son existence n'est qu'embarras et détresse. 

Le déni de l'homme et son impiété 

Ces versets traitent de la nature de l'homme qui nie la Toute-Puissance de Dieu, dément la réalité de la résurrection, oubliant l'origine de sa naissance et sa faiblesse devant l'Omnipotence de son Créateur. L'homme n'est pourtant qu'une poussière dans ce monde. Pourtant, il se croit en mesure de s'élever au-dessus de la Loi de son Seigneur. Il se rebelle contre Ses décrets, oubliant les bienfaits dont Il l'a couvert. 

5 - [ Cet homme fort et puissant de la tribu des Quraysh ] pense-t-il que personne ne pourra rien contre lui ? [ Or, Dieu peut le châtier et Il le fera ] . - 6 - Il dit : "J'ai gaspillé beaucoup de biens [ pour combattre Muhammad ] ". 

Le verset s'adresse à l'un des notables de La Mecque qui serait Abû al-Ashaddi Ibn Kildat, homme injuste, despote et impudent. Il avait un gros fouet qu'il posait sous ses pieds. Il se tenait debout en écrasant son instrument de torture et disait : "Celui qui peut m'enlever ce fouet des pieds, je lui donnerai ceci et cela ". Dix personnes conjuguaient leurs efforts. Elles parvenaient à déchiqueter le fouet mais sans parvenir à le retirer des pieds du prétentieux. C'est pour des gens de cette espèce que le verset a été descendu. 

Mais il est possible de généraliser ce cas à tous ceux qui s'imaginent que leur fortune et leur influence politique constituent un rempart contre le Courroux du Seigneur de l'univers. 

Ces hommes pervers et insensés, imbus de leur savoir intellectuel, de leur force physique ou de leur richesse, mais stupides et ignorants, s'imaginent-ils que Dieu ne peut rien contre leur vigueur et leur ardeur à propager le mal et l'injustice sur terre ? Au contraire, Dieu, leur Créateur, est Capable de se venger d'eux. Aussi, qu'ils ne se fassent pas d'illusion ! D'ailleurs, Dieu emploie dans le verset le verbe halaka (périr) au lieu de anfaqa (dépenser) pour mieux montrer que cet argent, en réalité, est dépensé en pure perte. Dans le langage des Arabes, pour dire qu'ils ont dépensé inutilement de l'argent pour quelqu'un, ils usent du verbe khasara (perdre) au lieu de dépenser parce que la somme versée n'a pas pour objet le bien. C'est aussi le cas de tous les gens qui croient être généreux en distribuant des aumônes à droite et à gauche. A cet effet, 'Aïsha posa cette question au Prophète - que la prière et la paix soient sur lui - au sujet de 'Abd Allah Ibn Jad'âne : 

- Aux temps de la Jâhiliyya, il respectait ses parents et nourrissait le pauvre. Est-ce que cela lui sera profitable, ô Envoyé de Dieu ? 

- Cela ne lui sera d'aucun profit car il n'a jamais dit un jour : "Seigneur ! Pardonne-moi ma faute le jour du Jugement." 

Ces gens-là ont beau clamer qu'ils dépensent des fortunes dans leur propagande pour combattre les préceptes coraniques, communiqués par le Sceau des envoyés, ils n'aboutiront à rien. Leur discours n'est que vanité et orgueil. Ils ne font que dévoiler leur sottise car un homme sensé et raisonnable ne dépense pas son argent pour faire triompher l'ignorance sur la science divine et le vice sur la vertu. 

Il n'est pas exclu que ces versets condamnent d'une manière générale le gaspillage. Ce qui est certain c'est que toute dépense sur le chemin de Dieu ne doit pas être un acte ostentatoire dans le but de se faire bien voir par son entourage. Dieu observe ceux qui dépensent de leurs biens et contrôle ceux qui agissent par duplicité et ceux qui se montrent généreux par vanité. 

7 - Pense-t-il que nul ne l'a vu ? [ faire autant de dépenses inuti­les ] [ or Dieu le voit ] . 

Ces gens stupides qui dépensent de l'argent pour combattre l'Islam, s'imaginent-ils que personne ne se rend compte de leur fourberie et de leur ruse ? Au contraire, Dieu est attentif à tout ce que Ses créatures font et disent. Chacun sera rétribué selon ses mérites le Jour de la résurrection. "Ceux qui ne croient pas dépensent leurs biens pour éloigner (les gens) du sentier d'Allah. Or, après les avoir dépensés, ils seront pour eux un sujet de regret. Puis, ils seront vaincus, et tous ceux qui ne croient pas seront rassemblés vers l'Enfer". (S.8, 36) 

Dieu jure par la cité où habite l'Envoyé de Dieu qui représente l'horizon le plus élevé. Toi, Prophète, tu fais ce que tu veux car tu n'es pas prisonnier des attributs négatifs de l'âme. Il jure par l'âme sacrée qui est le père véritable des âmes humaines. Il jure donc que l'âme de l'homme est malade de ses passions et que son cœur est aussi malade dès lors qu'il l'enveloppe d'un voile opaque. Les difficultés rencontrées par l'humain en ce monde relèvent des principes inhérents à sa force naturelle. Or, l'altération du cœur et le voile qui le couvre font partie de cette force, ce qui entraîne son ignorance de l'essence des choses. 

Celui qui se couvre d'un épais voile, celui de la nature, et dont le cœur est malade, s'imagine-t-il que personne ne le voit quand il clame qu'il dépense une fortune au service du mal ? Les gens le croient généreux alors qu'il se drape pour cacher son ignorance et se cacher de la vertu. Ne sait-il pas que Dieu observe ce qui est apparent en lui et scrute le fond de son être ? Dieu sait donc que sa générosité n'est que duplicité et vanité et non point pour Le satisfaire. Il ne fait que commettre une vilenie sur une autre. Comment peut-il donc voir la lumière de l'issue à même de lui éclairer la voie de la vertu ? 

Rappel à l'homme des dons que Dieu lui a accordé 

8 - Ne lui avons-Nous pas assigné deux yeux [ pour voir ] , - 9 - et une langue et deux lèvres [ pour s'exprimer facilement et clairement ] ? 

Dieu a accordé à l'homme un ensemble d'organes pour l'amener à réfléchir de sorte à tirer des conclusions qui l'amèneront à croire en Son unicité. Par la même occasion, ces organes lui servent à résoudre ses problèmes tout au long de sa vie. 

Al-Qashânî donne cette explication du verset : Lui ai-Je fourni les instruments physiques, qui lui permettent d'acquérir la perfection, pour regarder ce qui ne le regarde pas et pour s'interroger sur une science qu'il ne connaît pas ? 

Quant à al-Murta d a, il dit : C'est un rappel des bienfaits de Dieu : des instruments qui font aboutir les hommes à la réalisation de ce qui est avantageux pour eux, dans le domaine profane et religieux, afin de repousser ce qui est mal. 

Chaykh Nâzim, né à Chypre en 1922, descendant par son père de 'Abd al-Qâdir al-Jilâni et par sa mère de Jalâl ad-Dîn ar-Rûmî, élève du chaykh 'Abd Allah ad-Daghistanî, nous avertit en ces termes : "Nous écoutons ce qui nous vient de notre centre spirituel, de nos "postes de contrôle" spirituels. Allah Tout-Puissant nous donne des oreilles pour écouter, des yeux pour regarder, des cœurs pour comprendre. Mais nous utilisons nos oreilles d'une façon erronée, et de même pour nos yeux et nos cœurs. Alors nous regardons sans voir, nous entendons sans comprendre, nous savons sans ressentir. Si l'on ne ressent pas, le savoir n'est rien. Une connaissance qui provoque un ressenti, c'est cela une connaissance utile". 

La voie du bien et la voie du mal 

10 - Ne l'avons-Nous pas guidé aux deux voies [ celle du bien et celle du mal ] ? - 11 - Or, il ne s'engage pas dans la voie difficile [ il ne pourra point franchir le pont S irât ] ! 

Dieu a défini à l'homme la voie qui mène au bien et celle qui conduit au mal, donc celle de la guidance et celle de l'égarement. "Nous l'avons guidé dans le chemin, - qu'il soit reconnaissant ou ingrat -" (S.76, 3) . Il est reconnaissant s'il suit le chemin du bien. Il est ingrat s'il emprunte les sentiers sinueux du mal. Il lui appartient donc de s'engager dans la première s'il tient à s'écarter des malheurs qui l'attendent dans l'au-delà. Mais voilà, l'homme insouciant préfère, inconscient qu'il est, parcourir la route qui débouche sur sa perdition. 

Il ne s'engage pas dans la voie difficile signifie, selon al-Qâshânî, que l'homme ne dompte pas son âme pour être à même de s'attribuer les vertus qui le conduisent dans la bonne voie de sorte qu'il s'accoutume aux valeurs irrépréhensibles et incorruptibles. 

12 - Et qui te dira [ t'enseignera ] ce qu'est la voie difficile [ à sui­vre. Elle se situe entre le Paradis et l'Enfer ] ? 

Al-'aqba : c'est la route difficile des montagnes. Al-ijtiyâz : c'est franchir quelque chose rapidement et en force. Le verset fait allusion aux malheurs que rencontrera devant lui celui qui s'engage dans cette voie. Al-'aqaba est une allégorie qui désigne l'acte difficile à réaliser car cela implique des dépenses d'argent, sacrifice que le mécréant n'est pas disposé à faire pour venir en aide aux nécessiteux. Cela est donc en relation avec l'effort que l'homme doit exercer sur son âme afin de combattre ses passions et assurer son salut. 

Quelques aspects de la bienfaisance 

Les versets suivants exposent quelques actes à réaliser afin d'être à même d'escalader cette route montagneuse, donc de satisfaire Dieu et d'être agréé par Lui. 

13 - [ Cela revient ] à délier un joug [ affranchir un esclave ] , - 14 - ou nourrir, en un jour de famine, - 15 - un orphelin proche pa­rent - 16 - ou un pauvre dans le dénuement. 

1 - Affranchir un esclave et donc lui rendre sa liberté : Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui – a dit : "Celui qui affranchit un esclave croyant, Dieu le délivrera de l'Enfer". Ce verset pose, en fait, le principe de la liberté humaine sur laquelle se fonde l'Islam. 

2 - Nourrir un orphelin ou un pauvre : Cela revient à lutter contre la famine et la pauvreté à travers le monde. Ce sont des dépenses difficiles à réaliser pour l'âme instigatrice du mal, mais pas pour l'âme inspiratrice du bien, donc celle du croyant. 

Il est à noter que le Coran passe des orphelins proches parents avant les pauvres d'une manière générale. Quant à l'esclavagisme, dit Hamza Boubakeur : "Aucune Ecriture sacrée ne saurait, en ce qui concerne l'adoucissement apporté à cette institution aussi vieille que le monde, être comparée au Coran. Le brahmanisme est la religion des castes. La Bible ne s'inquiète que du sort de l'esclave juif et limite à six ans la durée de ses services et de sa privation de liberté, quand il est la propriété d'un autre Hébreu". 

17 - Et c'est être, en outre, de ceux qui croient [ en Dieu et en Son Envoyé ] et s'enjoignent mutuellement l'endurance [ dans la foi ] , et s'enjoignent mutuellement la miséricorde [ envers les créatu­res ] . 

Les actes mentionnés ci-dessus sont conçus par désir de la Face de Dieu, d'une manière sincère et sans arrière-pensée espérant ainsi une rétribution appropriée 

Une autre condition pour franchir la voie difficile consiste aussi à : 

3 - S'encourager mutuellement à être patient dans les malheurs et endurant dans l'accomplissement des prescriptions coraniques. 

4 - Se montrer mutuellement solidaires et cléments pour venir en aide aux faibles, aux pauvres et à tous les nécessiteux de la terre. 

Ces prescriptions s'inscrivent dans la Voie vers Dieu. Leur réalisation se conçoit dans un ensemble plus large ainsi défini par un soufi : 

"Si tu demandes, ô frère, quels sont les indices de la Voie, je te répondrai clairement et sans ambiguïté. C'est que tu regardes le vrai et romps avec le faux ; que tu tournes ta face vers le monde vivant ; que tu poses les pieds sur les dignités ; que tu élimines de ta pensée toute ambition de gloire et de réputation ; que tu courbes la taille à Son service ; que tu purifies l'âme des maux et la renforces par la raison ; que tu passes au foyer de ceux qui parlent avec abondance, à celui de ceux qui gardent le silence ; que tu voyages des œuvres de Dieu à Ses attributs et de Ses attributs à Sa connaissance. A ce moment, tu passeras au monde des mystères pour arriver au seuil de la pauvreté ; et quand tu seras l'ami de la pauvreté, ton âme obscure deviendra un cœur repenti. Ensuite, Dieu retirera la pauvreté même de ton cœur, et quand la pauvreté n'y restera plus, Dieu y restera". 

Croire en Dieu est la condition de l'agrément des actes 

- 18 - Ceux-là [ ceux dont les attributs viennent d'être cités ] sont les gens de la droite, - 19 - alors que ceux qui ne croient pas en Nos versets sont les gens de la gauche. - 20 - Le Feu se refer­mera sur eux. 

L'acte sans la foi n'a aucune utilité. Il en résulte qu'affranchir un esclave et nourrir un pauvre n'assurent pas le salut, sans la croyance en Dieu. En outre, tout comportement s'envisage dans le contexte de la miséricorde. Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - a dit : "La miséricorde ne s'évacue que chez le damné". Il a dit aussi : " Celui qui n'est pas clément avec les gens ne bénéficie pas de la Miséricorde de Dieu". 

Ceux qui remplissent ces conditions recevront le livre de leurs œuvres de la main droite et entreront au Paradis. Quant à ceux qui ne les remplissent pas et qui, de surcroît, ne croient pas au Coran, ils recevront le livre de leurs œuvres de la main gauche et entreront en Enfer duquel ils ne sortiront jamais. Ils y seront brûlés éternellement. 

L'affranchissement d'un esclave et la nourriture du pauvre ne se font qu'en maîtrisant l'âme. L'acquisition des vertus doit devenir une accoutumance. 
Les quatre conditions énumérées par les versets sont expliquées ainsi par al-Qâshânî : Nourrir un pauvre dans des circonstances pénibles s'inscrit au nombre des vertus de la pureté et de la pudeur. Quant à la foi, dont il est question dans le verset ci-dessus, elle est une vertu de la sagesse et la plus noble porte sur la certitude. Quant à la patience devant les malheurs, elle est une preuve de courage. Le Coran fait précéder le courage par la foi parce que le premier ne peut se concevoir sans la certitude contenue dans la seconde. Il reste la miséricorde : elle est la plus belle forme de la justice. C'est dire que la disposition de ces quatre conditions, avec lesquelles s'obtient la perfection de l'âme, n'est pas arbitraire. 

En effet, le Coran commence par la pureté qui est la première des vertus ; la générosité est une de ses particularités. Il la fait suivre par la foi qui est la source et le fondement de la 'aqîda. Et si la foi précède de loin la sagesse c'est parce que la première se situe sur un plan élevé et que la seconde se présente comme la matrice de tous les actes, la patience vient par la suite parce qu'elle n'est opérationnelle que s'il y a certitude. La justice vient en dernier lieu avant la miséricorde du fait que celle-ci est l'aboutissement des actes et que celle-là est un attribut de Dieu et donc se situe au-dessus de tout. 

Conclusion 

Cette sourate se compose de cinq aspects : 

1 - L'homme subit des épreuves dans ce monde. 

2 - L'homme est illusionné par sa force. 

3 - L'homme n'a pas conscience des bienfaits divins représentés par certains organes. 

4 - La voie du salut, et celle de la perdition. 

5 - Ceux qui nient les Signes de Dieu suivent le chemin de la damnation.

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