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Le Minaret

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L'Aube (al-Fajr) Commentaire Sourate 89 Convertir en PDF Version imprimable
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L'Aube (al-Fajr)

Sourate 89 (30 versets, révélés à La Mecque)

Tafsirs Ibn Abbas Al Jalalayn Al Sabunî

Préparé par Tahar Gaïd

Introduction

La sourate doit son titre au premier verset où le terme "aube" est mentionné. Elle correspond à la sourate précédente par trois aspects  :

1 - Le serment, qui débute la présente sourate, est comme une preuve de ce qui a été annoncé à la fin de la précédente : "Vers nous est leur retour. Ensuite, c'est à Nous de leur demander des comptes".

2 - La précédente sourate divise les gens en deux catégories : les heureux et les damnés. La présente sourate donne des exemples de peuples injustes : les 'Aad, les Thamûd et Pharaon. Elle signale aussi ceux qui appartiennent à la catégorie des heureux.

3 - Le verset "N'as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les 'Aad." de cette sourate est à rapprocher de cette interrogation de la sourate précédente : "Ne considèrent-ils pas comment les chameaux ont été créés ?"

Trois questions principales sont l'objet de cette sourate :

1 - Le récit de ces peuples caractérisés par leur despotisme. Ils ont fait des dégâts sur terre et ont traité les prophètes de menteurs tels que les Adites, les Thamûd et Pharaon. La sourate montre le châti­ment que Dieu que leur a infligé à cause de leurs crimes.

1 - Par l'aube ! - 2 - Et par les dix nuits ! - 3 - Par le pair et l'impair ! - 4 - Et par la nuit qui s'écoule ! - 5 - N'est-ce pas là un serment, pour un doué d'intelligence ? - 6 - N'as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les 'Aad ?

2 - La mise à l'épreuve des hommes en ce monde : la pauvreté et la richesse, le bien et le mal, la santé et la maladie, etc. La sourate met en évidence le comportement de l'homme ingrat qui ne reconnaît pas les bienfaits de son Créateur. C'est l'homme qui se vante de sa fortune mais sans jamais en dépenser dans le chemin de Dieu. Il est amoureux de ses biens qui ne lui seront d'aucun profit dans l'au-delà.

15 - Quant à l'homme, lorsque son Seigneur l'éprouve en l'honorant et en le comblant de bienfaits, il dit : "Mon Seigneur m'a honoré". - 16 - Mais par contre, quand Il l'éprouve en lui restreignant sa subsistance, il dit : "Mon Seigneur m'a avili". - 17 - Mais non ! C'est vous plutôt qui n'êtes pas géné­reux envers les orphelins ; - 18 - qui ne vous incitez pas mutuellement à nour­rir le pauvre, - 19 - qui dévorez l'héritage avec une avidité vorace.

3 - La sourate traite de la vie dernière et de la terreur qui s'ensuivra. Elle annonce que la vie en ce monde a une fin, après elle les hommes seront classés en heureux et en damnés. Elle décrit ce que sera l'âme instigatrice du mal et l'âme incitatrice du bien.

21 - Prenez garde ! Quand la terre sera complètement pulvérisée, - 22 - et que ton Seigneur viendra ainsi que les anges, rang par rang, - 23 - et que ce jour-là, on amènera l'Enfer; ce jour-là, l'homme se rappellera. Mais à quoi lui ser­vira de se souvenir ? - 24 - Il dira : "Hélas ! Que n'ai-je fait du bien pour ma vie future !"

La sourate abonde en exhortations et rappelle aux hommes l'effroi du Jour dernier afin qu'ils se préparent en accomplissant de bonnes œuvres, lesquelles les sauveront du Feu. Elle se termine par ces versets qui ont tiré cette exclamation de 'Umar Ibn al-Kha tt âb après les avoir entendus : " Que c'est beau !"

Jâbir a rapporté ce qui suit : Mu'âdh s'acquittait d'une prière. Un jeune homme arriva et se mit à prier avec lui. Mais Mu'âdh récitait de longues sourates. Aussi, le jeune homme s'isola-t-il dans un coin de la mosquée et pria-t-il tout seul. Quand Mu'âdh l'apprit, il traita d'hypocrite le jeune homme qui alla se plaindre à l'Envoyé de Dieu : "J'ai commencé ma prière aux côtés de Mu'âdh, lui dit-il, mais celui-ci prit beaucoup de temps. C'est pourquoi je me suis retiré dans un côté de la mosquée pour accomplir ma prière car je devais donner rapidement à manger à ma chamelle". L'Envoyé de Dieu dit alors : "Es-tu un tentateur ô Mu'âdh ? Que fais-tu des sourates intitulées : le Très-Haut, le soleil, l'aube et la nuit ?" Cela voulait dire qu'il valait mieux pour lui réciter, dans ses prières, des sourates courtes.

Etude et commentaire

Le serment de Dieu

Dieu jure par quatre choses, selon l'habitude des Arabes pour confirmer leur décision. Il commence par le jour, qui est soit le moment du réveil, soit la sortie des tombes, et finit par la nuit qui rappelle la mort quand l'homme dort. "Et la nuit, c'est Lui qui prend vos âmes, et Il sait ce que vous avez acquis pendant le jour. Puis, il vous ressuscitera le jour afin que s'accomplisse le terme fixé. Ensuite, c'est vers Lui que sera votre retour". (S.6, 60)

1 - [ Je jure ] par l'aube [ de tous les jours ]  ! - 2 - Et par les dix nuits [ du mois dhu-l-hijja ] ! - 3 - Par le pair [ les deux unités de prières après la prière de la nuit ou le jour de 'Arafa et le jour de l'immolation ] et l'impair [ l'unique unité de la prière qui les suit ou trois jours après le jour de l'immolation ]  ! - 4 - Et par la nuit [ de Muzdalifa ] quand elle s'écoule ! - 5 - N'est-ce pas là un serment, pour un doué d'intelligence [ que vous les mécréants vous serez châtiés ]  ?

Dieu jure par l'aube, moment où les anges sont témoins des prières surérogatoires. "(Fais) aussi la Lecture à l'aube, car la Lecture à l'aube a des témoins" (S.17, 78). L'aube est le moment où le monde reprend la vie après que ses habitants étaient plongés dans un profond sommeil qui ressemble à la mort. C'est comme s'ils étaient dans des tombes et Dieu les ressuscite. L'aube redonne le sourire et la joie aux gens qui reprennent leurs activités quotidiennes. C'est aussi le moment des pratiques cultuelles et de l'intime monologue avec Dieu.

Dieu jure aussi par les dix nuits dont la première commence le premier jour du mois de Dhu-l- h ijja, ouverture des rites du pèlerinage. "Ce sont, dit Ibn 'Abbâs, les dix premières nuits du mois de Dhu-l- h ijja au cours desquelles s'accomplissent les rites du pèlerinage". Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - a dit : "Quels sont les jours (d'entre ces dix jours de Dhu-l- h ijja) au cours desquels les bonnes œuvres sont aimées de Dieu ? … C'est un homme qui quitte (sa maison) en personne et avec ses biens et qui ne revient avec rien" , c'est-à-dire qu'il meurt en martyr : il sacrifie sa personne et sa fortune dans le chemin de Dieu.

Hamza Boubakeur donne des précisions au sujet de ces dix nuits : "Les dix nuits particulièrement sacrées du h ajj (grand pèlerinage), qui est célébré le 10 e jour du mois de Dhu-l- h ijja. Ces nuits sont à compter du premier jour dudit mois jusqu'au jour du sacrifice (na h r). D'autres interprétations sont proposées : les dix nuits sacrées de la pâque juive commémorant le délai fixé par Dieu à Moïse (Tabari) ; les dix nuits bénies de Mu h arram, parmi lesquelles on compte la nuit sacrée de 'Ashûra. Râzî ajoute, en s'appuyant sur un hadîth, les dix dernières nuits de Rama d ân. Tabari préfère cependant la première interprétation : les dix nuits qui précèdent la station (waqfa) et le sacrifice consenti à l'occasion du pèlerinage, et c'est aussi l'interprétation de Jalâl".

Le pair traduit le mot ash-shaf' et l'impair al-fard . Donc, Dieu jure par tout ce qui est pair et impair. C'est comme s'Il prêtait serment sur tous les mondes et tous les êtres afin de montrer la puissance de Sa création car la grandeur de la création démontre, par la même occasion, la grandeur du Créateur. "Mais non ! Je jure par ce que vous voyez, ainsi que par ce que vous ne voyez pas, que ceci (le Coran) est la parole d'un noble Messager". (S.69, 38 à 40)

Selon Hasan al-Ba s rî et Ibn 'Abbâs : le pair ( ash-shaf' ), ce sont toutes les créatures, mâles et femelles. Quant à l'impair ( al-witr = al-fard = l'Unique), c'est Dieu. Questionné au sujet de ce verset, Ibn 'Abbâs a répondu : "Dieu est al-Witr et vous, vous êtes shaf' ".

Mujâhid a dit également, selon Bukhârî : "Chaque chose créée par Dieu est shaf', ainsi le ciel est shaf'…Quant au Witr, c'est Dieu, Béni et Très-Haut".

Selon cette interprétation la terre, la mer, les djinns, les humains, le soleil, la lune, chacun d'eux est shaf' . Toute création de Dieu est donc shaf' . "Et de toute chose Nous avons créé (deux éléments ) de couple". (S.51, 49)

Selon un hadîth rapporté par Bukhârî et Muslim, le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - a dit : "Dieu a quatre-vingt-dix-neuf noms, cent moins un. Celui qui les récite, entrera au Paradis car Il est le Witr et Il aime le witr".

Hamza Boubakeur ajoute ces explications : " Le pair et l'impair. La tradition fait remarquer que la création est essentiellement paire, Dieu seul étant impair. Il y a lieu aussi de remarquer que la prière canonique nocturne est suivie, par tradition (sunna), non par prescription coranique (far d ), de deux prosternations surérogatoires techniquement appelées shaf', suivies d'une prosternation appelée witr. Ce dernier terme symbolise l'unicité de Dieu, tandis que le shaf' symbolise la symétrie qui s'observe dans la création divine. Par witr (autre forme de witr), il faut entendre, dans ce verset, le jour que les pèlerins passent près de 'Arafa, et shaf' le jour du sacrifice.

Dieu jure encore par la nuit qui s'écoule ( yasri) car Dieu seul est Eternel. Le terme s'écouler est traduit par yasri  : c'est celui qui voyage la nuit, d'où al-Isrâ, le voyage nocturne du Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -. Il est à noter que le Coran n'emploie pas le verbe ma d â qui veut dire s'écouler car le verbe sarâ, yasrî laisse entendre que la nuit est comparée à un homme qui circule à travers l'obscurité. Elle revient chaque fois car son départ définitif signifie, par la même occasion, la disparition de sa beauté. En outre, il y a lieu de remarquer cette forme poétique où la fin des versets rime l'une avec l'autre : wa-l-faj ri , wa layâlin 'ash ri , wa-sh-shaf''i wa-l-wat ri.

Al- h ijr , c'est la raison. Il dérive du verbe h ajara qui veut dire : interdire, empêcher. Ainsi, la raison empêche de commettre des vilenies. Donc, le serment s'adresse aux gens doués d'une raison. L'interrogation se veut une affirmation. Autrement dit : ce serment est solennel. Celui qui est doué de raison en saisit son sens profond et ce qu'il véhicule en preuves sur la Seigneurie et l'Unicité de Dieu. C'est dire que celui qui ne croit pas en l'Unicité divine connaîtra la vengeance de Dieu et Son châtiment. Il s'agit de tous les despotes et les injustes de la terre. Donc, Dieu veut dire : Je jure que ces criminels seront châtiés ; ils ne pourront pas être laissés sans châtiment exemplaire, d'où les versets ci-dessous :

Je jure par le début de la manifestation de la lumière de l'âme sur la matière physique qu'est le corps, et sur les premiers effets qu'elle produit sur lui. Je jure sur les dix sens apparents et internes, étant les causes de l'acquisition de la perfection. Je jure par l'esprit et le corps quand ils sont réunis et dont l'existence conduit l'homme à l'esprit une fois que celui-ci se sépare du corps. Je jure par le début et la fin, à savoir par le Jour de la résurrection et ses effets et par le début de l'apparition de la lumière de la vérité et de ses effets sur l'obscurité de l'âme et des sens à l'état léthargique lors de la manifestation de la Lumière divine.

Le châtiment des despotes et des injustes

6 - N'as-tu pas vu [ ne sais-tu pas ô Muhammad ! ] comment ton Seigneur a agi [ a châtié ] avec les 'Aad [ qui ont traité leur pro­phète de menteur ] - 7 - [ avec ] Iram , [ la cité ] à la remarquable [ et haute ] colonne , - 8 - dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes [ grâce à leur force ]  ? - 9 - et avec Thamûd [ le peuple du prophète Sâlih ] qui taillaient le rocher dans la vallée [ pour construire leurs demeures ]  ? - 10 - ainsi qu'avec Pharaon, l'homme aux épieux [ avec lesquels il torturait les hommes ]  ? - 11 - Tous, étaient des gens qui [ par orgueil et mécréance ] trans­gressaient dans [ leurs ] pays, - 12 - et y avaient commis beau­coup de désordre [ en tuant et en commettant d'autres méfaits ] . - 13 - Donc, ton Seigneur déversa sur eux un fouet [ une forme ] de châtiment. - 14 - Car ton Seigneur demeure aux aguets [ guet­tant les actes des hommes ] .

Es-tu au courant, ô Muhammad ou n'importe quel autre auditeur, de ce que Dieu a fait subir au peuple 'adite ? Ce sont ces gens qui ont osé déclarer : Qui est plus fort que nous ?

Quant à Irâm, Hamza Boubakeur nous donne cette explication : " Irâm serait le nom d'une cité de l'Arabie méridionale, dans la région habitée par les anciens 'Adites. Selon Yaqût, l'appellation "Irâm à la colonne" doit s'appliquer à Damas. Tabari fait état d'une opinion selon laquelle il s'agirait de la vieille Alexandrie, célèbre par sa colonne de marbre d'un seul bloc (colonne qui existe d'ailleurs encore actuellement) ; mais il pense qu'il s'agit d'une tribu (qabîla) d'origine 'adite ou apparentée".

Hud, le prophète des 'Adites, disait à son peuple : "Bâtissez-vous par frivolité sur chaque colline un monument ? Et édifiez-vous des châteaux comme si vous deviez demeurer éternellement ? Et quand vous sévissez contre quelqu'un, vous le faites impitoyablement". (S.26, 128 à 130). Sur la base de ce verset, Râzî, dans son grand tafsîr , tire cette conclusion :

"Dieu décrit trois de leurs aspects : Ils édifient de hauts bâtiments, ce qui indique le gaspillage et l'amour des grandeurs. Ils construisent des châteaux, ce qui indique leur volonté de vivre éternellement. Ils sévissent impitoyablement, ce qui indique la singularité dans le désir des grandeurs. Tout cela montre que la passion de ce monde les a accaparés. Aussi s'y sont-ils adonnés à fond au point qu'ils s'excluent de l'adoration de Dieu. L'amour du monde ici-bas est la source de tous les maux".

Le Coran donne cette description au sujet des 'Adites : "Quant aux 'Aad, ils s'enflèrent d'orgueil sur terre injustement, et dirent : "Qui est plus fort que nous ?"… Nous déchaînâmes contre eux un vent violent et glacial en des jours néfastes, afin de leur faire goûter le châtiment de l'ignominie dans la vie présente. Le châtiment de l'au-delà cependant est plus ignominieux encore, et ils ne seront pas secourus". (S.41, 15 et 16)

Les Thamûdes vivaient dans des grottes qu'ils creusaient dans le roc de la vallée , nom d'une rivière situé au nord de Médine. Elle est connue sous le nom de Wadî-l-Qurâ. "Quant aux Thamûdes, Nous les guidâmes ; mais ils ont préféré l'aveuglement à la guidée. C'est alors qu'ils furent saisis par la foudre du supplice le plus humiliant pour ce qu'ils avaient acquis. Et Nous sauvâmes ceux qui croyaient et craignaient Allah". (S.41, 17 et 18)

Quant aux pieux de Pharaon, il s'agirait soit de pieux servant d'instruments de torture, soit les pieux avec lesquels sont dressées les tentes, soit encore, dans un sens allégorique, les armées puissantes. Nous savons le châtiment que Dieu lui réserva.

Ce serment ne peut être compris que de ceux qui sont doués d'une intelligence claire et pure, donc dégagée des équivoques et des suspicions. Je jure donc que les despotes et les impies seront châtiés ici-bas et dans l'au-delà.

Le sort réservé aux anciens peuples injustes

L'expression des versets révèle la terrible puissance du châtiment subi par les anciens peuples ayant fait preuve d'injustice et ayant semé la corruption sur la terre. Dieu le compare à un fouet mordant qui marque profondément les corps. Pour mettre en évidence la douleur, Dieu emploie le terme s abba (écouler) au lieu de anzala (faire descendre ou abattre quelque chose sur). C'est une allégorie qui illustre la dureté et la férocité du supplice descendu du ciel d'une manière continue, comme si c'était la pluie qui se déversait sur la terre.

Dieu est aux aguets. Al-mir s âd est un lieu élevé d'où l'on surveille l'ennemi et on contrôle ses mouvements. C'est dire que Dieu surveille attentivement le moindre pas des mécréants, comme un agent de sécurité observe les faits et gestes d'un criminel qui, fuyant la justice, tente de s'y soustraire. Donc, que les croyants soient rassurés, l'immoralité, la turpitude, les crimes… ne resteront pas sans être sanctionnés comme il se doit. "Et voilà les villes que Nous avons fait périr quand leurs peuples commirent des injustices et Nous avons fixé un rendez-vous pour leur destruction". (S.18, 59)

En quelques versets, Dieu a synthétisé le châtiment des despotes les plus redoutables que l'humanité a connus dans l'histoire ancienne. Chacun a connu une expiation particulière. Il en a fait des exemples pour les futures générations. Leur récit est un enseignement pour elles. "Nous saisîmes chacun pour son péché : il y en eut sur qui Nous envoyâmes un ouragan ; il y en eut que le Cri saisit ; il y en eut que Nous fîmes engloutir par la terre ; et il y en eut que Nous noyâmes. Cependant, Allah n'est pas tel à leur faire du tort ; mais ils ont fait du tort à eux-mêmes". (S.29, 40)

La nature de l'homme ingrat

15 - Quant à l'homme [ mécréant ] , lorsque son Seigneur l'éprouve en l'honorant [ en lui accordant honneurs ] et en le comblant de bienfaits [ de biens ] , il dit : "Mon Seigneur m'a ho­noré". - 16 - Mais par contre, quand Il l'éprouve en lui restrei­gnant sa substance, il dit : "Mon Seigneur m'a avili".

L'homme insouciant, qui ne s'attend pas à la reddition des comptes, ne se préoccupe que des affaires du monde d'ici-bas. Il en est tellement séduit qu'il ignore les conséquences prochaines de sa conduite sur terre. C'est pourquoi Dieu le met à l'épreuve pour mesurer le degré de sa foi. Il l'élève à un haut rang social, l'enrichit, lui fait connaître la prospérité et la vie agréable de ce monde. L'ingrat ne sait pas qu'en vérité il subit un examen de conscience. Sera-t-il reconnaissant ou persistera-t-il dans son insouciance ? Il se figure qu'il doit ce bien-être à sa force physique ou à son intelligence et à son génie. Il devient orgueilleux et vaniteux. Le voilà qu'il dépense ses biens pour la gloire et dans la perversité.

Par contre, quand Dieu lui fait connaître la pauvreté, la faible subsistance, il devient aigri et triste. Il se dit que c'est à Dieu qu'il doit ses difficultés. Il ne songe pas un instant qu'il les doit à son ignorance des signes divins et à son insouciance du lendemain lointain. De plus, il ne réfléchit qu'à sa mauvaise condition matérielle. Il ne lui vient pas à l'esprit que si Dieu l'a appauvri, Il lui a gardé une santé solide, lui a assuré la sécurité et l'a doté d'une raison à même de lui faire distinguer le bien du mal, le convenable du blâmable, le vrai du faux.

Comme le dit al-Qâshânî, l'homme doit être soit dans un état de remerciement, soit dans un état de persévérance. C'est ce que dit ce hadîth : "L'Islam comprend deux moitiés : une moitié, c'est la patience et une autre moitié, c'est la gratitude". C'est que Dieu éprouve l'homme soit en lui accordant des bienfaits et il doit, par conséquent, Le remercier en employant ce bienfait, par exemple, pour honorer l'orphelin et nourrir l'indigent. Il ne doit pas user de son aisance matérielle pour se montrer impudent et vaniteux.

Dieu dit : "Nous vous éprouverons par le mal et par le bien (à titre) de tentation". (S.21, 35) et "Pensent-ils que ce que Nous leur accordons, en biens et en enfants, (soit une avance) que Nous Nous empressons de leur faire sur les biens (de la vie future) ? Au contraire, ils n'en sont pas conscients." (S.23, 55 et 56) ; " Ils connaissent un aspect de la vie présente, tandis qu'ils sont inattentifs à l'au-delà". (S.30, 7) ; " Il en est parmi les gens qui adorent Allah marginalement (d'une façon indécise). S'il leur arrive un bien, ils s'en tranquillisent, et s'il leur arrive une épreuve, ils détournent leur visage, perdant ainsi (le bien) de l'ici-bas et de l'au-delà. Telle est la perte évidente." (S.22, 11) .

Mais voilà : "L'homme a été créé instable (très inquiet) ; quand le malheur le touche, il est abattu ; et quand le bonheur le touche, il est grand refuseur. Sauf ceux qui pratiquent la prière, qui sont assidus à leurs prières, et sur les biens desquels il y a un droit bien déterminé (la zakât) pour le mendiant et le déshérité". (S.70, 19 à 25)

La noblesse de l'âme s'obtient au moyen de l'action et de la réali­sation des bonnes œuvres

Al-Qur t obî signale que la description ci-dessus désigne le mécréant, celui qui ne croit pas en la résurrection. Cet impie s'imagine que la noblesse est le produit du mépris éprouvé à l'égard d'autrui et du dédain ressenti pour les choses considérées, par lui, comme insignifiantes. Par contre, pour le croyant, la noblesse procède de Dieu ; elle est la conséquence logique de son obéissance à Ses prescriptions qui conduisent à la vie dernière.

17 - Mais non ! C'est vous plutôt qui n'êtes pas généreux envers les orphelins ; - 18 - qui ne vous incitez pas mutuellement à nourrir le pauvre, - 19 - qui dévorez l'héritage avec une avidité féroce [ n'accordant aucun droit aux femmes et aux enfants ] , - 20 - et aimez les richesses d'un amour sans bornes [ au point de ne rien dépenser sur le chemin de Dieu ] .

En fait, les mécréants se font du tort à eux-mêmes. C'est leur comportement social qui est la cause de leur déconfiture. La noblesse de l'homme ne se mesure pas par la fortune et le mépris du pauvre. C'est que Dieu peut accorder des richesses et de la puissance à un homme stupide et ignorant et en priver l'homme intelligent et sensé. Or, les biens de ce monde sont répartis selon la Volonté créatrice de Dieu. Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - a dit, selon ce qui est rapporté par l'imam Ahmad dans son Musnad : "Dieu a réparti entre vous vos mœurs comme Il a réparti entre vous votre subsistance. Dieu donne le vil aussi bien à celui qu'Il aime qu'à celui qu'Il n'aime pas. Par contre, il n'accorde la religion qu'à celui qu'Il aime. Celui à qui Dieu donne la foi, c'est parce qu'Il l'aime. Par Celui qui tient l'âme de Muhammad dans ses mains, un serviteur qui acquiert un bien illicite, celui-ci n'est pas béni. S'il le donne en aumône, il n'est pas accepté. Il laissera derrière ses provisions pour entrer en Enfer. Dieu n'efface pas le mauvais par le mauvais. Mais il efface le mauvais par le bon".

Au sujet des biens et de leur dilapidation, il est à noter que les Arabes du temps du Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - n'accordaient pas un héritage aux femmes et aux enfants. Le Coran le rappelle en ces termes et apporte une solution : "Ils te consultent à propos de ce qui a été décrété au sujet des femmes. Dis : "Allah vous donne Son décret là-dessus, en plus de ce qui vous est récité dans le Livre, au sujet des orphelines auxquelles vous ne donnez pas ce qui leur a été prescrit, et que vous désirez épouser, et au sujet des mineurs encore d'âge faible". Vous devez agir avec équité envers les orphelins. Et de tout ce que vous faites de bien, Allah en est, certes, Omniscient". (S.4, 127)

Dieu, dans ces versets, répond à ceux qui se forgent une mauvaise conception de l'existence. Donc, l'honoré par Dieu est celui qui croit en Lui. Quant à celui qui dément Sa parole, il est avili, quand bien même il serait le plus puissant et le plus riche de la terre. C'est parce qu'il se rend responsable du mal : il ne respecte pas l'orphelin, n'applique pas ses droits et donc viole ses intérêts. Il ne participe pas avec les autres pour se compter au nombre des bienfaiteurs en nourrissant le pauvre et en assistant le nécessiteux. C'est, en réalité, un avare. Il ne peut en être autrement car, avide de richesse, il ne songe qu'à en amasser le plus possible, insouciant de ce qu'il acquiert, licite ou illicite. Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - a dit, selon ce que Bukhârî et an-Nisâï ont rapporté dans le chapitre "la vente": "Il arrivera un temps où l'homme ne se rendra pas compte de ce qu'il prend : est-ce du licite ou de l'illicite". Il devient ainsi l'esclave de l'argent.

Nous avons dit que l'appât du gain et la recherche du profit, quelles qu'en soient les conditions et les circonstances, constituent une cause de la tendance trop prononcée à s'adonner aux plaisirs de ce monde et à oublier les devoirs du Musulman à l'égard des moins favorisés, socialement parlant. C'est ce qui a fait dire au Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - "Ô Seigneur ! Fais-moi vivre indigent, fais-moi mourir indigent et ressuscite-moi dans le groupe des indigents". Cette parole nous laisse comprendre la séduction que produit le monde matériel sur la foi de l'homme. Il va à la dérive s'il n'y met pas un frein.

Un aperçu de l'effroi provoqué par le Jour de la résurrection et le châtiment qui s'ensuivra

21 - Prenez garde ! Quand la terre [ tremblera et ] sera complète­ment pulvérisée [ sans que rien ne reste sur sa surface ] , - 22 - et que [ l'ordre de ] ton Seigneur viendra ainsi que les anges, [ ali­gnés ] rang par rang, - 23 - et que ce jour-là, on amènera l'Enfer [ traîné par des chaînes ]  ; ce jour-là, l'homme [ mécréant ] se rap­pellera. Mais à quoi lui servira de se souvenir ? - 24 - Il dira : "Hélas ! Que n'ai-je fait du bien [ et n'ai-je pas cru en l'autre monde, préparant ainsi ] ma vie future ! - 25 - Ce jour-là donc, nul ne saura châtier comme Lui châtie, - 26 - et nul ne saura garrotter comme Lui garrotte.

Que les insouciants prennent garde ! Quand la terre tremblera, tout ce qui se trouvera sur sa surface, sera détruit. A ce moment, le Seigneur rendra la justice entre Ses créatures. Les anges seront alignés, en rangs successifs l'autre, encerclant ainsi tous les êtres réunis dans ce grand rassemblement. Cette scène grandiose ne peut qu'émouvoir et angoisser les cœurs. En ce Jour, il sera clamé : "A qui appartient la royauté, aujourd'hui ? A Allah, l'Unique, le Dominateur. Ce Jour-là, chaque âme sera rétribuée selon ce qu'elle aura acquis. Ce Jour-là, pas d'injustice, car Allah est prompt dans Ses comptes". " (S.40, 16 et 17)

La manifestation de Dieu, le Jour de la résurrection, est une réalité indéniable. Nous ne savons pas comment mais nous y croyons.

En ce Jour terrible où l'Enfer sera avancé, l'impie regrettera ses actes accomplis en ce monde. Il souhaiterait revenir sur terre pour corriger ses œuvres et les rendre salutaires. Mais cet espoir ne se réalisera pas. Le temps sera passé pour les pervers et les insensés de tous les bords. Pourtant, il leur a été annoncé que "Cette vie d'ici-bas n'est qu'amusement et jeu. La demeure de l'au-delà est assurément la vraie vie". (S.29, 64).

Les auteurs de cette exclamation : Hélas ! Que n'ai-je fait du bien pour ma vie future ! s'étaient voilés de Dieu au cours de leur existence. Hujwîrî rapporte cette parole de Sahl Ibn 'Abd Allah de Tustar : "Si quelqu'un ferme ses yeux à Dieu un seul instant, il ne sera jamais bien guidé tout au long de sa vie, car regarder autre que Dieu, c'est être soumis à un autre que Dieu, et celui qui est laissé à la merci d'un autre que Dieu est perdu. C'est pourquoi la vie des contemplatifs est le temps durant lequel ils jouissent de la contemplation : quant au temps passé à la vision oculaire, ils ne la considèrent pas comme la vie, car pour eux c'est en réalité la mort. C'est ainsi que lorsqu'on demanda à Bazazîd son âge, il répondit : "Quatre ans". On lui demanda : "Comment cela peut-il être ?" Il répondit : "Durant soixante-dix ans, ce monde m'a dissimulé Dieu, mais je L'ai vu durant les quatre dernières années : la période pendant laquelle on est voilé n'appartient pas à la vie".

Un hadîth qudsî dit : "Fils d'Adam ! Comment peux-tu nier Ma puissance alors que Je t'ai créé de cette argile, jusqu'au moment où Je l'ai modelée harmonieusement ? Tu t'es mis à marcher avec ostentation en faisant trembler la terre de tes pas. Ensuite tu as amassé des biens et tu n'as rien donné, jusqu'au moment où ton âme ayant atteint tes clavicules, tu as dit : "Je désire faire l'aumône". Est-ce alors le temps pour cela ?"

C'est dire que tout homme devrait garder en mémoire ce discours de cet "…homme croyant de la famille de Pharaon qui dissimulait sa foi : "Tuez-vous un homme parce qu'il dit : "Mon Seigneur est Allah ?" Alors qu'il est venu à vous avec des preuves évidentes de la part de votre Seigneur ? S'il est menteur, son mensonge sera à son détriment ; tandis que s'il est véridique, alors une partie de ce dont il vous menace tombera sur vous". Certes, Allah ne guide pas celui qui est outrancier et imposteur !

"Ô mon peuple, triomphant sur la terre ! Vous avez la royauté aujourd'hui. Mais qui vous secourra de la rigueur d'Allah si elle vous vient ? "

Pharaon dit : "Je ne vous indique que ce que je considère bon. Je ne vous guide qu'au sentier de la droiture". Et celui qui était croyant dit :

"Ô mon peuple ! Je crains pour vous un jour semblable à celui des coalisés. Un sort semblable à celui du peuple de Noé, des 'Aad et des Thamûd, et de ceux qui vécurent après eux". Allah ne veut faire subir aucune injustice aux serviteurs.

"Ô mon peuple ! Je crains pour vous le Jour de l'Appel Mutuel, le Jour où vous tournerez le dos en déroute, sans qu'il y ait pour vous de protecteur contre Allah". Et quiconque Allah égare, n'a point de guide." (S.40, 28 à 33)

Il appartient à l'homme de se tenir soit dans la station de la gratitude, soit dans celle de la patience et de la persévérance car Dieu le mettra à l'épreuve durant toute son existence.

Lorsque la mort anéantira le corps et que le Seigneur apparaîtra sous la forme de la Domination à celui qui aura rabattu le voile du monde matériel pour se consacrer au monde spirituel, quand les anges produiront leurs effets sur les âmes terrestres ; à ce moment là ceux qui étaient préoccupés par leur corps sans se soucier de leur esprit, seront châtiés. L'impie regrettera son comportement terrestre et ses conceptions ne seront plus celles qu'il avait en ce monde. Mais ce sera trop tard.

L'âme apaisée

27 - "Ô toi, âme apaisée [ l'âme croyante ] ! - 28 - Retourne vers [ la Volonté et l'Ordre ] ton Seigneur, satisfaite et agréée ; - 29 - entre donc parmi Mes [ bons ] serviteurs , - 30 - et entre [ avec eux ] dans Mon Paradis".

Il sera dit à l'âme qui a cru en Dieu et qui a accompli de bonnes œuvres : Ô toi âme pure et purifiée, toi que la promesse de Dieu a tranquillisée, toi qui a cru à Sa rencontre, quitte la demeure du malheur et retourne dans la demeure de la paix et de la sérénité, retourne au Paradis éternel de ton Seigneur parmi les gens pieux.

Les deux premiers versets sont prononcés par les anges à l'adresse des âmes pieuses en les recevant au Paradis. Les deux derniers expriment l'ordre du Seigneur des univers.

L'âme, nous dit al-Ghazâlî, a tendance à susciter en nous la révolte contre la Loi divine et à nous inciter à nous attacher davantage à la vie d'ici-bas. Elle opère le mouvement contraire à celui commandé par le Seigneur, à savoir Le craindre et Lui obéir, donc à s'opposer aux passions de l'âme. Il se trouve que le cœur oscille entre les deux appels. Tantôt il répond aux sirènes du mal et tantôt il incline vers les enseignements divins.

Le Coran, dit encore al-Ghazâlî, définit trois qualifications de l'âme : l'âme apaisée, l'âme blâmable et l'âme instigatrice du mal. La question que le lecteur pourrait se poser est : s'agit-il d'une seule âme avec des qualifications différentes ou de trois âmes différentes l'une de l'autre ? En fait, il s'agit d'une seule âme du point de vue de l'essence et de trois du point de vue des qualifications. Quant à l'apaisée, dont il s'agit dans ce verset, c'est celle qui obéit à Dieu. Elle s'accoutume à la mention de Ses attributs, compte sur Lui et aspire à Sa rencontre. De plus, Sa présence la remplit de joie. C'est pourquoi elle vient à Lui apaisée. C'est ainsi que Rûmî dit : "Comment l'âme ne pourrait-elle pas ne pas prendre son essor, quand de la glorieuse Présence, un appel affectueux, doux comme le miel, parvient jusqu'à elle et lui dit : Elève-toi ?"

Ô âme sur laquelle sont descendues la paix et la sérénité, qui s'est illuminée de la lumière de la certitude, retourne auprès de ton Seigneur du moment que tu as parfait tes attributs, entre dans le Paradis parmi les gens du taw h îd.

Conclusion

Les deux grands thèmes suivants sont abordés dans cette sourate et tous les faits mentionnés s'axent autour d'eux :

1 - Du châtiment des mécréants qui se fera sans conteste.

2 - Des exemples historiques donnés pour attester de cette vérité.

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Hadiths Aleatoires

Selon 'Âsem Al Ahwai, "Abdullàh Ibn Sarjès (das) rapporte: «J'ai dit une fois au Messager de Dieu (bsdl): «O Messager de Dieu! Que Dieu t'absolve». Il me dit: «Ainsi que toi-même». 'Asem a dit: «Je dis à 'Abdullàh Ibn Sarjès: «Ainsi donc le Messager de Dieu (bsdl) a imploré de Dieu ton absolution?» Il dit: «Oui et la tienne». Puis il récita ce verset: «Et implore l'absolution de tes péchés et de ceux des Croyants et des Croyantes». (47/19) (Rapporté par Moslem)
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