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Le Jour montant (ad-Duhâ) Commentaire Sourate 93 Convertir en PDF Version imprimable
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Le Jour montant (ad-Duhâ)

Sourate 93 (11 versets, révélés à La Mecque)

Tafsirs Ibn Abbas Al Jalalayn Al Sabunî

Préparé par Tahar Gaïd

 

Introduction

La sourate doit son nom au premier verset qui en fait mention. Elle se lie à la précédente par deux aspects :

1 - La précédente sourate se termine avec la promesse de Dieu de satisfaire l'homme pieux dans la vie dernière. Dans la présente sourate, Dieu promet à Son Envoyé de lui donner dans la vie dernière ce qui le satisfera.

2 - Dans la précédente sourate, Dieu précise que le Croyant sera délivré de l'Enfer. La présente sourate énumère les devoirs de l'homme pieux en ce monde pour mériter le Paradis. Cette sourate mecquoise traite de la personnalité du Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -, du bienfait que Dieu lui a accordé en ce monde et qu'Il lui accordera dans la vie dernière. Elle s'ouvre par le serment sur la place occupée par le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - auprès de Dieu. Celui-ci explique à Son Envoyé qu'Il ne l'a point abandonné car sa position reste toujours élevée auprès de Lui.

1 - Par le jour montant ! - 2 - Et par la nuit quand elle couvre tout ! - 3- Ton Seigneur ne t'a ni abandonné, ni détesté. - 4 - La vie dernière t'est, certes, meilleure que la vie présente. - 5 - Ton Seigneur t'accordera certes (Ses faveurs), et alors tu seras satisfait.

Dieu rappelle ensuite à Son Envoyé l'état social de son enfance et de sa jeunesse : orphelin, pauvre et égaré. Mais Il l'a éduqué, guidé et enrichi.

6 - Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il t'a accueilli ! - 7 -Ne t'a-t-Il pas trouvé égaré ? Alors Il t'a guidé ! - 8 - Ne t'a-t-Il pas trouvé pauvre ? Alors, Il t'a enrichi !

La sourate se termine par trois conseils donnés au Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -, chaque conseil correspond à l'état social où il se trouvait auparavant, à savoir : veiller sur l'orphelin, se montrer correct avec le pauvre et répandre la guidance de Dieu.

9 - Quant à l'orphelin, donc, ne le maltraite pas. - 10 - Quant au demandeur, ne le repousse pas. - 11 - Et quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le.

Selon Hamza Boubakeur "Les spécialistes musulmans de la recension coranique précisent que lorsque le Prophète eut reçu la révélation de cette sourate, il s'écria à la fin du dernier verset : "Dieu est très grand ! Il n'y a d'autre Dieu que Lui ! Dieu est très grand !" Aussi la tradition recommande-t-elle de terminer la lecture ou la récitation de cette sourate par la même formule". (Jalâl ed-Dine)

Etude et commentaire

Les causes circonstancielles de la descente de cette sourate

Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - était souffrant. Il garda le lit pendant deux ou trois nuits. Umm Jamîl, épouse d'Abû Lahab, était venue le voir et lui dit : "Ô Muhammad ! Je vois que ton démon t'a quitté car je ne t'ai pas vu depuis deux ou trois nuits". C'est alors que Dieu fit descendre cette sourate.

Il est à noter que dans les sourates mecquoises les serments divins sont nombreux. Généralement, ces serments se réfèrent aux phénomènes de l'univers car les associants mecquois niaient l'éventualité de la résurrection et traitaient de mensonge le message prophétique. Ils prétendaient qu'il était le produit de la magie et de la sorcellerie. Aussi portaient-ils sur le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - des accusations blessantes. Cette sourate répond aux mensonges répandus par les associants. Elle vient conformer la mission du Sceau des envoyés, attester la perspective de la résurrection et la provenance divine du Coran. A cet effet, Dieu recourt au serment parce qu'il était dans les habitudes des Arabes de jurer chaque fois qu'ils tenaient à authentifier une chose.

Le serment divin

1 - Par le jour montant [ par le début du jour ou par toute la journée ]  ! - 2 - Et par la nuit quand elle couvre tout [ de son obscurité ]  !

Dieu jure par le début de la lumière du jour et par l'obscurité de la nuit, au moment où le silence règne dans l'univers et où les hommes se reposent dans leurs demeures pendant que Ses adorateurs lisent le Coran et accomplissent des prières surérogatoires.

Dieu n'abandonne pas Son Envoyé

3 - [ Ô Muhammad ! ] Ton seigneur ne t'a pas abandonné [ de­puis le début de la révélation dans la grotte de H ira ] , ni détesté [ au contraire, Il t'a aimé ] . - 4 - [ La récompense de ] la vie der­nière [ parce qu'elle contient tous les bienfaits ] t'est, certes, meilleure que [ la récompense de ] la vie présente [ le monde d'ici-bas ] . - 5 - Ton Seigneur t'accordera [ Ses faveurs dans la vie dernière dont le droit à l'intercession ] , et alors tu seras satis­fait !

Ces versets sont la réponse au serment. Dieu n'a pas abandonné Son Envoyé depuis le moment où Il l'a choisi afin d'accomplir sa mission. Il l'informe qu'Il ne le déteste pas mais, au contraire, qu'Il l'aime. La preuve, c'est qu'Il en fait un Prophète.

Dieu répond aux associants que le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui - est toujours proche de Lui et qu'il est Son ami. Comment peut-Il, dans ces conditions, le détester et l'abandonner ? Bien au contraire, non seulement, Il l'a choisi, en ce monde, pour communiquer Son message à l'humanité, mais ce qu'Il lui réserve dans la vie dernière est encore meilleur. Selon Ibn 'Abbâs, cette meilleure récompense serait la fonction d'intercesseur.

Cette opinion est confirmée par le fait que le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - récita cette Parole de Dieu au sujet d'Abraham : "Ô mon Seigneur ! Elles (les idoles) ont égaré beaucoup de gens. Quiconque me suit est des miens. Quant à celui qui me désobéit … c'est Toi, le Pardonneur, le Très Miséricordieux". (S.14, 36) et cette autre au sujet de Jésus : "Si tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c'est Toi le Puissant, le Sage". (S.5, 118). Quand il termina la récitation de ces versets, il leva ses mains et dit : "Ma Communauté ! Ma Communauté !" Après quoi, il pleura.

Dieu envoya Gabriel pour se renseigner sur la raison des larmes du Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -, bien qu'Il la connaisse déjà. Ayant reçu la réponse qu'Il connaissait également bien avant que l'archange ne la rapporte, Dieu dit : "Ô Gabriel ! Va chez Muhammad et dis-lui : Je te donnerai satisfaction à propos de ta Communauté et Je ne te décevrai pas". Ainsi, Dieu donna, en ce monde, la victoire, la puissance, la conquête de nombreux territoires, les moyens de répandre l'Islam et de le placer au-dessus des autres religions. Et Il lui donna, dans la vie dernière, la grande intercession. Tels sont les bienfaits que Dieu accorda à Son Envoyé. Celui-ci avait donc de quoi le satisfaire et le réjouir.

Selon l'unanimité des soufis, il est d'obligation de reconnaître publiquement tout ce que Dieu a mentionné sur l'intercession dans Son Livre et tout ce que les traditions issues du Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - ont rapporté à ce sujet. Dieu dit : "Certes ton Seigneur te donnera et tu seras satisfait !", "Peut-être ton Seigneur te donnera-t-Il en mission une situation digne de louanges", "Et ils n'intercéderont que pour ceux qu'Il a agréés", ainsi que cette parole des infidèles : "Nous n'avons pas d'intercesseurs". Quant au Prophète - que la prière et le salut soient sur lui -, il a dit : "Mon intercession est pour ceux de ma Communauté qui auront commis des fautes graves", et "La demande de Dieu que je garde en réserve est l'intercession pour ma Communauté".

La vie de ce monde et la vie dernière

Dans son livre La profondeur des choses, Tirmidhî expose la question de la vie présente et de la vie future. Geneviève Gobillot analyse ce passage de la façon suivante :

"La vie en ce bas-monde est au fond une confirmation supplémentaire des choix du Jour des Décrets, ce processus étant le même en tout temps. Tirmidhî le constate en analysant ce qui s'est passé à l'époque du Prophète : "Au moment où Muhammad reçut la Révélation, les gens se sont manifestés selon leur véritable personnalité. Ceux dont le cœur était apaisé en Dieu se sont montrés les gardiens légitimes de la piété (taqwâ) et de la formule qui la constitue : "Pas de divinité si ce n'est Allah" . Il ajoute même la précision suivante : "Ils ont été dignes de cette parole à cause de ce qu'ils avaient dit et confirmé lorsqu'ils s'étaient trouvés plongés dans les ténèbres, à propos de la lumière qui les avait touchés. A ce moment-là, Dieu a fait de cette lumière leur part ( hazzuhum) ".

"Les hommes se trouvant dans une situation qui coïncide exactement avec ce qu'ils ont voulu être "Le Jour des Décrets", la vie d'ici-bas se présente comme un lieu d'épreuve où chacun a pour devoir d'"assumer" le donné, c'est-à-dire d'accepter pleinement la responsabilité de la partie la plus secrète de son être, celle qui semble en fait le plus lui échapper. Ceci est le sens de l'"acquisition" (kasb) chez Tirmidhî. En fait, selon lui, chaque personne n'acquerra jamais que ce qui, au fond, lui était déjà acquis, tout en sachant, par ailleurs, qu'elle ignore presque toujours, tout au moins au départ, le fin mot de ce qui la constitue, ce monde étant rempli de voiles dont l'opacité masque les réalités profondes et, en particulier, ces choix du Jour des Décrets.

"Il est intéressant de constater que, par ailleurs, Tirmidhî s'efforce de concilier les modalités du kasb avec le dogme de la création des actes possibles et les a présentés aux hommes qui choisissent ceux qu'ils veulent accomplir. La comparaison utilisée pour cela est celle du tissage : les actes créés sont semblables à des fils de différentes couleurs. Chacun a donc la responsabilité, non seulement du choix de ses fils, mais encore de la manière dont il les agence entre eux pour fabriquer le "tissu" de son acte, le plus important dans cet acte restant l'intention (niyya) qui l'anime. Ces actes sont ensuite présentés à Dieu qui juge de leur valeur, essentiellement en fonction de cette intention. C'est pour cette raison qu'il est précisé dans la Profondeur des choses que même l'incroyant peut produire de bons actes qui ne lui serviront à rien puisqu'ils sont dénués du sens que leur conférerait un cœur tourné vers Dieu. Pour cette raison Tirmidhî se donne la peine de préciser, à plusieurs reprises, que ce que Dieu regarde, ce n'est pas le résultat de l'acte à proprement parler mais la manière dont il est accompli. Il ne tient pas compte de "ce que font les hommes" mais de "la manière dont ils le font". C'est sur ce point que les humains auront à rendre compte le Jour du Jugement, chaque catégorie étant appelée à "retourner vers ce que Dieu aura appris de leur part (illâ mâ 'lima minhum)".

"On rejoint par là directement la question des Décrets : les actes jouent en fait pour le croyant lui-même un rôle de "révélateur". En effet, par la simple mise en œuvre d'une analyse rétrospective portant sur les motivations de ses actes, chacun peut "réaliser" plus clairement quelle est sa position face à Dieu et c'est en ce sens que les actes constituent une "préparation" à la Rencontre ultime du Jour du Jugement. C'est une fois de plus dans le sens de la "prise de conscience intime" de l'amour que les actes ont une importance et, s'ils ne jouent pas ce rôle, ils ne sont, véritablement, d'aucune utilité. Toute "acquisition" va donc dans le sens du retour au choix primordial dont les actes doivent être considérés comme une "illustration" puisque ce qu'ils incarnent au fond est, non pas la liberté d'agir, mais la liberté d'être. Ainsi, par son "agir" en ce bas-monde, chacun peut prendre conscience de l'être qu'il présentera à Dieu lorsqu'il se trouvera face à face avec Lui. Celui dont les actes, qu'ils soient bons ou mauvais au regard d'un jugement humain, ont pour but un rapprochement avec la Divinité, "révèle" par là même, le contenu de son intention "première" et, dans un même mouvement, cette intention se révèle à lui. En revanche, celui dont les actes révèlent, en dépit des apparences, un amour excessif de son "moi", manifeste à Dieu son éloignement, en même temps qu'il se le dévoile à lui-même, qu'il l'admette ou non de manière consciente. Le "jugement" est donc la conséquence immédiate de ce que l'homme "présente" à Dieu, de ce qu'il Lui fait savoir à son sujet, en conséquence de la "liberté d'être" qui lui a été conférée le Jour des Décrets. Ibn 'Arabî semble avoir repris exactement cette idée dans le passage des futû h ât où il fait dire à Dieu : "Je t'ai manifesté dans ton essence" . C'est sans aucun doute par ce point que les deux doctrines sont les plus proches, permettant de poser la question d'une influence profonde du "Sage de Tirmidhî" sur le mystique et philosophe andalou.

Dieu jure par l'obscurité et la lumière, qui constituent les fondements de l'existence humaine, qu'Il n'a pas abandonné Son Envoyé dans le monde des ténèbres sans éprou­ver pour lui de l'amitié. Il ne l'a point laissé voilé de son Seigneur et de Ses attributs sans cet amour qui lui dévoilera l'Unicité de l'Essence. Il enlèvera donc ce qui obstrue la voie qui le conduit à la Présence de la manifestation de Dieu afin que le feu de son amour pour Lui soit encore plus ardent et dissoudra ce qu'il restera en lui d'égoïsme.

Les bienfaits de Dieu accordés en ce monde à Son Envoyé

6 - [ Ô Muhammad ! ] Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin [ ayant perdu ton père avant ta naissance ]  ? Alors, Il t'a accueilli [ en te mettant sous la protection de ton oncle paternel Abû T âlib ]  ! - 7 - Ne t'a-t-Il pas trouvé égaré [ au milieu de gens égarés, ne connaissant pas encore la Loi de Dieu ]  ? Alors, Il t'a guidé [ en t'accordant la prophétie ]  ! - 8 - Ne t'a-t-Il pas trouvé pauvre ? Alors, Il t'a enrichi [ à la suite de son mariage avec la fortunée Khadija, la mère des croyants ]  !

Le Seigneur rappelle à Son Envoyé les bienfaits qu'Il lui a accordés depuis qu'il était un enfant orphelin jusqu'au moment où Il lui confia le dépôt de la prophétie avec mission de communiquer le Message de l'Islam. Orphelin, il a été élevé par son oncle paternel Abû Tâlib. Son père était mort avant sa naissance. Quant au décès de sa mère, il eut lieu quand il avait huit ans. Quand il eut atteint une quarantaine d'années, Dieu l'a choisi pour en faire un Prophète. Son oncle, bien que pratiquant la religion des idolâtres, le défendit contre la vindicte de son peuple. Tout cela grâce à la Volonté divine. A la mort de son oncle, ses ennemis redoublèrent d'efforts, ce qui l'amena à émigrer à Médine.

Avant la prophétie, le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - vivait au milieu d'un peuple idolâtre. Il ne connaissait donc rien de la religion de Dieu et de Sa sharî'a , ainsi que l'explique ad - D a hh âk. C'est ainsi que le Seigneur le guida dans le droit chemin et lui enseigna ce qu'il ne savait pas. "Et c'est ainsi que Nous t'avons révélé un esprit (le Coran) provenant de Notre ordre. Tu n'avais aucune connaissance du Livre ni de la foi". (S.42, 52)

L'état dernier, qui est la manifestation après le voilement, sera pour l'Envoyé de Dieu fait d'un désir ardent, et donc meilleur que l'état premier. En effet, Dieu donnera la véritable existence à sa Communauté qui, sortant des ténèbres vers la lumière, sera bien guidée par lui et appellera à la Vérité. Ainsi, sera-t-il satisfait de la nouvelle situation.

Ne l'a-t-Il pas trouvé voilé de la lumière de son Seigneur par les qualifications de l'âme ? Sans cette lumière, il était totalement perdu. C'est alors qu'Il l'a éduqué et formé, instruit et purifié. Il l'a trouvé dans la noirceur de la pauvreté et, ensuite, Il lui a donné, de cette existence, les attributs de la véritable perfection, ceux de la morale coranique.

Certains commentateurs expliquent l'égarement du Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - par l'inquiétude dans laquelle il se trouvait puisqu'il allait se réfugier dans la grotte de H ira pour trouver une voie qui le libérerait de la religion de son peuple et l'orienterait donc vers son Seigneur. C'est ainsi que Dieu lui montra cette voie et le guida. Donc, par égarement, il ne convient pas de comprendre que Muhammad, pendant quarante ans, pratiquait l'idolâtrie. Il s'agit bien de son ignorance du Coran. "Voilà quelques nouvelles de l'Inconnaissable que Nous te révélons. Tu ne les savais pas, ni toi ni ton peuple, avant cela. Sois patient. La fin heureuse est aux pieux". (S.11, 49)

Orphelin, le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - était également pauvre. Dieu fit de lui un commerçant honnête. Il fut remarqué par Khadîja, une veuve riche. Elle lui confia son commerce qui devint prospère. Le mariage du Prophète avec elle en fit un homme aisé. Il faut dire que Khadîja lui apporta un précieux soutien moral. Elle fut d'ailleurs la première à croire en lui et à le réconforter pendant les durs moments de sa prédication.

Les trois conseils

9 - Quant à l'orphelin, donc, ne le maltraite pas [ ne le méprise pas et ne sois pas injuste avec lui, en lui prenant, par exemple, ses biens ] . - 10 - Quant au demandeur [ au pauvre ] , ne le re­pousse pas [ les mains vides ] . - 11 - Et quant au bienfait [ no­tamment la prophétie ] de ton Seigneur, proclame-le [ fais-la connaître et communique Son Message ] .

Les trois conseils divins correspondent aux trois états dans lesquels se trouvait le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui- avant sa mission.

- N'humilie pas l'orphelin, ne le lèse pas dans ses biens, sois avec lui doux et conciliant.

- Ne repousse pas le pauvre qui vient demander l'aumône, ne lui tiens pas un langage grossier et si tu n'as rien à lui donner, renvoie-le avec des paroles aimables.

- Discute avec les gens en leur exposant la Grâce de Dieu.

Le pauvre dont le cœur est brisé et voilé par son âme, ne l'opprime pas. Reçois-le par la sagesse et la bonne exhortation. Quant à celui qui a perdu le but de sa voie et la recherche, ne l'empêche pas de t'interroger afin d'être guidé comme tu l'as été toi-même. Quant à la science et à la sagesse que Dieu t'enseigne, enseigne-les aux gens et enrichis-les du même bien qu'Il t'a enrichi. Dieu est Seul savant.

Conclusion

Cette sourate comporte les points suivants :

1 - Dieu n'abandonne pas Son Envoyé.

2 - Il lui a promis un avenir heureux en ce monde et la vie dernière sera encore meilleure pour lui.

3 - Il lui rappelle les bienfaits qu'Il lui a accordés avant la prophétie.

4 - Le Prophète - que la prière et le salut soient sur lui - doit montrer de la gratitude envers son Seigneur en raison de ces bienfaits.

 

La relation entre le dogme et la législation

La véritable religion de Dieu va naître dans le désert arabique et s'étendre à toute l'humanité. Quel sera donc sa doctrine ? Marcel A. Boisard en donne cette définition : "L'Islam n'est pas seulement une foi, c'est une vie à vivre dans le présent. Le terme occidental de "religion" ne traduit qu'imparfaitement et partiellement l'acception musulmane, dont le sens est très vague et l'origine étymologique arabe inconnue. "Religion" signifierait, en Islam, vérité, coutume, comportement juste, attitude vraie. Au sens large, elle représente l'union de la foi, de la soumission à Dieu et de la vertu. Dans son message aux hommes, Dieu a indiqué la vérité, la loi et la discipline morale : la première répondant à l'intelligence, la deuxième à la volonté et la dernière à la conscience. La liaison des trois éléments essentiels de la définition demeure intime, inextricable".

Mahmûd Chaltout développe l'idée ci-dessus : "Muhammad a reçu de la part de son Seigneur la source globale de l'Islam regroupant ses dogmes et ses lois contenus dans le Coran. Pour Dieu et pour les musulmans, le Coran constitue la source principale pour la connaissance des enseignements de base de l'Islam. A partir du Coran, on a su que l'Islam présentait deux ramifications principales sans lesquelles ni sa vérité ni son sens ne seraient complets pour son assimilation par l'homme, par son cœur et par sa vie. Ces deux ramifications de l'Islam sont le dogme et la législation.

"Le dogme est l'aspect théorique qui exige une foi inébranlable, foi à même de repousser tout doute et de résister à toute incertitude. Le dogme est caractérisé par la convergence des textes clairs portant sur sa confirmation et par l'unanimité des musulmans quant à son évidence depuis le jour où a commencé l'apostolat du Prophète, en dépit de son cadre. Le dogme est le premier précepte que le Prophète imposa aux gens et auquel il les invita à adhérer durant la première étape de sa mission. C'est d'ailleurs la mission de tout messager envoyé par Dieu comme nous le rappelle le Coran en narrant l'histoire des prophètes et des messagers.

"La législation est constituée par l'ensemble des lois que Dieu a édictées afin que l'être humain s'y conforme dans ses relations avec son Seigneur (accomplissement des prières, du jeûne, etc.), son frère musulman (réciprocité de l'amour, entraide et constitution des familles, questions d'héritage, etc.) et son frère dans l'humanité (collaboration pour la promotion de la vie, l'instauration de la paix, etc.), ainsi que ses relations avec l'univers (liberté de recherche et d'analyse sur les organes vivants et exploitation des résultats pour la promotion de l'homme) et avec la vie en général (jouissance des plaisirs licites sans austérité ni prodigalité)… A partir de là, nous pouvons affirmer que l'Islam n'est pas uniquement un dogme dont le rôle se limiterait à organiser la relation entre l'être humain et son Seigneur, mais bien plus que cela, il est non seulement un dogme mais aussi une législation qui guide l'homme vers toutes les voies du bien dans ce bas monde.

"En Islam, le dogme constitue le fondement sur lequel s'établit la législation qui constitue, en quelque sorte, la manifestation de la foi dans la vie quotidienne. En effet, la législation ne saurait exister et s'épanouir sans le dogme car sans lui, elle n'est qu'une élévation sans fondement. Le dogme agit comme une force spirituelle sur l'âme en l'appelant au respect et à l'application des lois de la législation sans que cette âme n'ait besoin, pour ce faire, d'un appui extérieur. Ainsi, l'Islam appelle à une complémentarité parfaite entre le dogme et la législation de façon que le dogme soit la base et la force de propulsion vers la législation qui sera, en quelque sorte, une réponse du cœur à la foi. Seule cette complémentarité est en mesure de paver le chemin du salut promis par Dieu à Ses serviteurs croyants. Cela dit, quiconque ajoute foi au dogme mais ne tient pas compte de la législation, ou bien applique la législation sans donner au dogme son véritable respect, celui-là ne sera pas considéré, aux yeux de Dieu, comme étant un musulman ni comme quelqu'un qui marche sur le chemin du salut tel que voulu par Dieu".


Le problème de la pauvreté

La présente sourate expose le problème de la pauvreté. C'est là un des problèmes sociaux dont la résolution intéresse l'Islam. Il le situe dans le cadre de la vie. Youssouf al-Qardâwî en définit les grandes lignes dans la perspective de la distribution de la zakât , un des cinq piliers de l'Islam qui en fait un "droit déterminé" et non pas un simple acte de bonté.

"La Zakât est un droit pour le pauvre en tant que frère du riche, frère par sa religion et par son humanité. En Islam, la société est pareille à une seule famille dont les membres se soutiennent les uns les autres ; elle est pareille à un seul corps qui souffre tout entier lorsqu'un de ses membres est malade. Il est donc du droit du pauvre incapable de travailler ou incapable de trouver du travail ou dont le travail ne suffit pas à subvenir à ses besoins ou encore que les circonstances ont réduit à avoir besoin d'aide… Il est du droit d'un tel pauvre d'être aidé et de se voir tendre une main secourable. Il est contraire à la loi et à l'humanité que les uns aient tout ce qu'il faut et plus, au point de souffrir d'indigestion, tandis que d'autres à leurs côtés sont dans la misère et souffrent de la faim.

"Il n'est pas permis à un croyant de vivre refermé sur lui-même et son entourage, en négligeant ses devoirs envers les faibles et les nécessiteux. Une telle attitude serait une preuve d'un manque de foi et entraînerait la colère de Dieu ici-bas et dans l'Au-delà.

"Plus remarquable et plus admirable encore, le Coran ne se contente pas de déclarer obligatoire de nourrir le pauvre - comme, dans le même ordre d'idée, de le vêtir et de pourvoir à ses besoins essentiels. Il va plus loin et rend chaque musulman responsable d'inciter les autres à nourrir les pauvres et à s'en occuper : faillir à ce devoir d'incitation au bien est une conséquence du refus de croire en Dieu et au Jour du Jugement…

"Repousser l'orphelin, négliger d'inciter à nourrir le pauvre, sont des preuves indiquant que le cœur est vide de toute foi en l'Au-delà et de toute croyance de la rétribution des actions ; la prière de telles personnes ne vaut rien, c'est la prière des gens négligents et pleins d'ostentation… Le monde n'a pas connu de livre se préoccupant des droits des pauvres comme le Coran, au point de promettre l'Enfer et un douloureux supplice à ceux qui négligent de promouvoir l'assistance aux pauvres".


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