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Sourate 2 al-Baquara
(V104-123)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Adresse
aux croyants
Les Fils d'Israël restent le centre d'intérêt de ces versets mais Dieu, à
travers leur comportement, s'adresse aux croyants. Le Coran emploie
quatre-vingt-huit fois l'expression "Ô vous qui croyez !" Cette
particularité implique que la foi se traduit par l'observance des obligations
révélées et le respect des interdits.
A partir du verset, qui commence par "Ô vous qui croyez !" jusqu'au
121, le discours coranique s'adresse donc aux Musulmans. Ce sont des mises en
garde et des recommandations qui leur sont faites parfois à eux-mêmes, parfois
directement au Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -, au sujet
de l'attitude des Juifs de Médine et des gens du Livre en général.
Il est à noter que la doctrine sociale et juridique véhiculée par ces textes
garde toute sa vitalité à notre époque.
L'éthique du discours
104 - Ô vous qui avez cru [en Muhammad - que Dieu lui Accorde la
grâce et la paix - et au Coran] ! Ne dites pas [au Prophète - que Dieu
lui accorde la grâce et la paix - ] : "Râ'inâ" [Écoute-nous
attentivement !] mais dites [à la place] : "Unzurnâ" [regarde
vers nous et aie de la sollicitude pour nous]. Écoutez donc [ce qu'il
vous est ordonné d'écouter et obéissez !] Un châtiment douloureux [en
En-fer] est certes réservé aux incroyants [entre autres aux Juifs].
-
Râ'inâ
: Cette expression, dans la langue des Juifs, qui a habituellement le sens
de "considère-nous ou écoute-nous attentivement ou favorise-nous
" par insinuation pour signifier la maladresse et la frivolité (al
ru'ûna).
Vous qui croyez ! N'employez pas cette expression insultante, à savoir :
"Ménage-nous, sois patient avec nous en attendant que nous soyons en
mesure de connaître correctement ce que nous recevons de toi", car
elle renferme en elle une allusion dégradante. Dites plutôt :
"Donne-nous le temps de comprendre" et une fois que vos facultés
de compréhension auront saisi l'objet de la révélation, obéissez aux
Commandements de Dieu.
N'imitez pas les Juifs qui ont dit : "Nous avons bien écouté et nous
avons désobéi". A ces Gens du Livre, qui tentent de ridiculiser le
Prophète en usant de ce calembour râ'îna, Dieu leur prépare un cruel
tourment.
D'une manière générale, Dieu ordonne aux croyants de se garder contre la
supercherie et le cynisme, consistant à recourir à des expressions, bien
qu'ayant la même résonance à l'ouïe, cachent en vérité des allusions
désobligeantes. Le croyant est donc celui qui se montre courtois, honnête
et respectable dans ses entretiens en usant de mots au sens clair et sans
équivoque. Autrement dit, il ne convient pas de tenir un discours apparemment
innocent mais qui, en fait, recèle des insinuations déplaisantes.
105 - Les mécréants, aussi bien d'entre les Gens du Livre que les
associateurs [parmi les Arabes mecquois dont Abû Jahl] n'aiment pas
[par jalousie] qu'on vous fasse descendre un bienfait [que Gabriel vous
fasse parvenir une révélation, un Livre] de votre Seigneur. Or Dieu
privilégie qui Il veut de Sa Miséricorde [Il accorde la prophétie à qui
Il veut]. C'est Dieu le Détenteur de la grâce incommensurable [tels que
la prophétie et l'Islam qu'Il a fait descendre sur Muhammad - que Dieu lui Accorde
la grâce et la paix -].
L'abrogation des versets
Les dénégateurs critiquaient la mission prophétique, disant que Muhammad -
que Dieu lui Accorde la grâce et la paix - or-donnait aujourd'hui à ses
Compagnons une chose et l'interdisait le lendemain, d'où ces versets :
106 - Nous n'abrogeons pas [du Coran] un verset [une règle
juridique] ou Nous le faisions oublier [soit que Nous retardions sa
descente, soit que Nous le laissions tel qu'il est, soit que Nous l'effacions
des mémoires], sans lui substituer un meilleur [qui soit plus aisé aux
serviteurs d'appliquer] ou équivalent [quant à son utilité, sa récompense ou
à son application]. Ne sais-tu pas [ô Muhammad !] que Dieu est
Capable [d'abroger ce qu'Il veut et de le remplacer quand Il veut?]
-
Il
est à rappeler que le Coran a été révélé graduellement pendant vingt
trois ans, en fonction des événements et des circonstances. Or, les faits
vécus par les croyants changeaient et leur aptitude à se conformer aux
préceptes de Dieu se renforçait de plus en plus. Il en résulte, exception
faite des dogmes éternels et des principes directeurs immuables de l'Islam,
que ce qui a été prescrit à un moment donné n'est plus, l'évolution du
temps et des mentalités aidant, valable à un autre temps, d'où le besoin
de nuancer certains versets, de les transformer ou de les remplacer par
d'autres plus conséquents avec les mutations sociologiques et les
institutions qui s'y adaptent. Il en fut ainsi, par exemple, de la
préséance des liens de parenté et de la consommation des boissons
alcooliques.
107 - Ne sais-tu pas qu'à Dieu appartient le royaume des cieux
et de la terre [donc en mesure de réaliser ce qu'Il veut et de commander à
Ses serviteurs ce qu'Il veut parce qu'Il connaît leurs intérêts], et qu'en
dehors de Lui vous n'avez ni tuteur [pour vous protéger] ni secourant [pour
vous préserver du châtiment] ?
-
On
pourrait s'étonner, disent certains commentateurs, qu'une telle question
soit posée au Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - tant
il est vrai que ce dernier connaît fort bien la réponse. Dieu énonce
seulement cette vérité dans le but d'affirmer ce que Son Envoyé sait
déjà. Cette formule interrogative est courante dans le milieu arabe, non
pas pour attendre une réponse à une chose ignorée par l'interlocuteur,
mais pour confirmer ce qu'il sait déjà. Ainsi, en disant, par exemple, à
quelqu'un "N'ai-je pas été honnête avec toi ? ". Celui à qui
la question a été posée n'en doute pas, sachant qu'effectivement
l'honnêteté est une des qualités.
108 - Voudriez-vous questionner votre Envoyé comme auparavant fut
interrogé Moïse [par son peuple, comme ce fut, entre autres, le cas
lorsqu'il lui demanda de voir Dieu de visu] ? Quiconque [au lieu
d'examiner attentivement les Signes clairs et explicites de Dieu et d'en tirer
les conclusions appropriées] échange l'incroyance contre la foi [préférant
donc se référer à des règles contraires à la Loi divine], s'égare
certainement du droit chemin (Sawâ'u as-sabîl) [celui de la rectitude et
de la vérité].
-
Sawâ'u
as-sabîl [le droit chemin] : Le terme sawâ'u signifie exactement
douceur ou droiture, opposées à rudesse ou âpreté. Il est ici compris
dans une de ses autres formes : rectitude opposée à sinuosité, droiture
opposée à perversité.
109
- Nombreux sont les Gens du Livre [jaloux de votre situation] qui
aimeraient [wadda] vous rendre mécréants [de sorte que vos âmes
soient aussi perverses que les leurs et que vous retourniez ainsi à votre
idolâtrie] après que vous ayez cru [en Muhammad - que Dieu lui Accorde
la grâce et la paix - et au Coran], et une fois que la vérité s'est
manifestée à eux [dans la Torah qui signalait les caractéristiques et les
attributs de Muhammad - que Dieu lui Accorde la grâce et la paix -, et
attestait que sa religion était la vérité!] Pardonnez-leur [laissez-les
livrés à eux-mêmes] et éloignez-vous d'eux [ne les côtoyez pas]
jusqu'à ce Dieu fasse connaître Son commandement [celui de les combattre
et de les châtier]. Dieu est Omnipotent [donc capable de faite tuer ou
d'expulser!]
-
Comme
ce sera le cas des tribus de Qurayda et de Nadhîr : les
membres de l'une ont été exécutés et ceux de l'autre expulsés de leur
territoire]
Wadda : Il signifie aimer ou désirer mais il est employé ici dans
un sens péjoratif, surtout s'il est relié au terme hasad exprimant
la jalousie et l'envie.
Cette expression "Dieu est Omnipotent" revient souvent dans le
Coran. Elle se nuance selon le contexte décrit. Si dans le verset 116, il a
été fait allusion à la puissance créatrice illimitée de Dieu à propos
de la progression de la révélation qui revêt des formes différentes
selon les moments historiques, dans le présent verset, il est question,
pour les croyants, de se montrer patient devant les injustices commises par
les ennemis de Dieu, car Sa puissance, étant infinie, l'heure de
concrétiser Ses desseins arrivera en son temps.
L'envie peut être aussi bien blâmable que recommandée. Dans le premier
cas, cela concerne ceux qui veulent débarrasser les gens des bienfaits que
Dieu leur a accordés. Il est dit dans le Coran : "Envient-ils
aux gens ce que Dieu leur a donné de par Sa grâce." (S.4,
54). Dans le second cas, cela relève de l'émulation et du désir de jouir
des mêmes biens que les autres. Le Prophète a dit : "Il n'y a pas
d'envie en deux choses : Envers celui à qui Dieu donne le Coran et que cet
homme s'en sert la nuit et le jour, et envers celui à qui Dieu donne des
biens et que cet homme en dépense une part la nuit et le jour."
Volonté des Gens du Livre à faire apostasier les croyants
110 - Accomplissez les [cinq] prières [de la journée]
et acquittez-vous de la zakât [purifiez vos biens]. Tout ce que vous
faites de bien [aumônes légales, volontaires ou autres bonnes œuvres]
pour vous-mêmes sera considéré comme un prêt que vous retrouverez auprès de
Dieu, car Dieu voit parfaitement [l'intention qui accompagne] vos
œuvres. [Il saura certainement vous récompenser à juste titre.]
-
En
attendant le Décret divin, il est ordonné aux croyants de préserver les
deux piliers de la foi : accomplir la prière selon les normes prescrites et
s'acquitter de l'aumône légale pour purifier l'âme des erreurs commises,
telles que celles de s'être conduit grossièrement avec le Prophète etc.
Autrement dit, d'une manière générale, rapprochez-vous de Dieu en Lui
rendant un culte pur que vous exprimerez spirituellement, physiquement et
financièrement. Les prières que vous ferez, la purification de vos âmes
et de vos corps de leurs souillures ainsi que tout œuvre utile que vous réaliserez
dans la vie immédiate pour obtenir l'agrément de Dieu, seront autant
d'actions auprès de Dieu, car Il connaît tout ce que vous faites et vous
rétribuera en conséquence.
Fausses allégations des Gens du Livre au sujet de leur entrée au Paradis
Selon Ibn 'Abbâs, les versets ci-dessus se rapportent à la venue à Médine
d'une délégation de Chrétiens de Najrân [cité chrétienne située au sud de
l'Arabie]. Ils se présentèrent au Prophète pour discuter de questions les
concernant et signer un traité qui stipulait le paiement d'un tribut et qui
reconnaissait leur droit de pratiquer leur religion.
Des docteurs juifs firent ensuite leur entrée et une discussion s'engagea avec
les Chrétiens. Ils désavouèrent Jésus, fils de Ma-rie, et l'Evangile. Aussi,
les accusèrent-ils de n'être pas dans le vrai et c'est pourquoi les portes du
Paradis leur seront fermées. A leur tour, les Chrétiens portèrent les mêmes
accusations au sujet de la Torah et conclurent que ce sont les Juifs qui
n'auront pas accès au Paradis.
111 - Ils ont dit [les Juifs de Médine et les Chrétiens
de Najrân en présence du Prophète] : "Nul [après sa mort]
n'entrera au Paradis que celui qui aura été Juif ou Chrétien". Voilà
leurs souhaits [Ce qui n'est point mentionnés dans leurs Livres respectifs
mais seulement dictés par leurs vaines passions]. - Dis [aux deux
paries, ô Muhammad] : "Fournissez vos preuves [tirées de vos
Livres qui attestent ce que vous prétendez], si vous êtes véridiques".
112 - Que non ! [Ce sont d'autres qu'eux qui entreront au Paradis
car] quiconque soumet sa face à Dieu [c'est-à-dire celui qui se
conforme, avec toute la pureté et la sincérité voulues, à Ses prescriptions]
et se montre bienfaisant [dans ses paroles et ses actes], aura auprès de
son Seigneur [le Paradis comme] rétribution [de ses actes]. Il
n'aura pas à craindre [le Feu dans la vie dernière] et il ne sera pas
affecté [par ce qu'il aura perdu en ce monde].
-
Râzî
précise que la soumission de la face signifie celle de l'âme et son
obéissance à Dieu. Quant à Tabarî, il donne ces explications : "Si
Dieu ne mentionne ici que la face et non pas les autres parties du corps,
c'est que celle-ci est la partie la plus noble du corps des fils d'Adam,
celle qui mérite le plus grand respect et qui a le plus de droit ; si elle
est tenue à se soumettre, les autres parties le sont à fortiori.
D'ailleurs, d'une façon générale, les Arabes parlent souvent d'une chose
en mentionnant "sa face" en voulant désigner par là la chose
elle-même et sa réalité essentielle […] car c'est dans la face d'une
chose que se trouve la beauté ou la laideur qui lui est propre."
113 - Les Juifs [ne reconnaissant pas la qualité de Prophète de Jésus]
disent : "Les Chrétiens ne s'appuient sur rien" [car il n'y a de
religion que le Judaïsme]; et les Chrétiens [dénonçant Moïse et
réfutant la Torah] disent : "Les Juifs ne s'appuient sur rien" [car
il n'y a de salut que dans le Christianisme]. Pourtant les uns et les autres [Juifs
et Chrétiens] lisent le Livre [descendu sur eux : la Torah annonce la
venue de Jésus et l'Évangile reconnaît Moïse] ! C'est, d'ailleurs le
même langage tenu par ceux qui ne possèdent aucune science [et ignorent
donc ce qu'est l'Unicité de Dieu et la teneur de la révélation]. Dieu
jugera entre eux [Les Juifs et les Chrétiens], au Jour de la
résurrection, sur [l'objet de la religion] qui les oppose [et alors
les véridiques entreront, sans conteste, au Paradis et ceux, qui sont dans
l'erreur, connaîtront certainement les affres de l'Enfer].
Atteinte au culte dans les temples.
114 - Qui est plus injuste que celui qui empêche dans les moquées
l'évocation du Nom de Dieu [au moyen de prières, de louanges et de dhikr],
et qui s'adonne à leur destruction ? Pourtant, ils ne devraient pénétrer [dans
le Temple de Jérusalem] qu'emplis de crainte. Pour eux, ignominie en ce
monde [puisque certains d'entre eux seront tués au cours de combats
ultérieurs et d'autres soumis à la jizya (capitation)], et dur châtiment
dans l'au-delà [c'est-à-dire qu'ils seront jetés dans le feu de la
Géhenne.].
-
Az-Zulm,
traduit par injustice, signifie l'acte de ne pas respecter l'ordre des
choses, à savoir mettre une chose à la place d'une autre. L'injustice est
précisément le fait de ne pas reconnaître à quelqu'un la chose qui lui
revient de droit.
Validité de la prière en tout lieu
115 - A Dieu appartient l'Orient et l'Occident [toute la surface
de la terre est une qibla pour ceux qui n'arrivent pas à s'orienter]. Quel
que soit le côté [de la terre] vers le-quel vous vous tournez, là est
la Face de Dieu [Sa qibla], car Dieu est Immense [Sa présence
couvrant toutes les parties des univers, sans y laisser la moindre place] et
Omniscient [Sa science couvre toute chose sans que rien ne soit laissé en
suspend].
-
Détruire des lieux du culte et empêcher les croyants de s'acquitter de
leurs devoirs religieux ne peuvent être que le pro-duit de celui qui a
perdu la foi et s'érige en ennemi de l'essence même de toute religion
monothéiste. Subjugué par ses passions irréfléchies, il combat alors la
morale et la vertu, les unes universelles, les autres particulières aux uns
et aux autres.
De
par la Miséricorde de Dieu, la vaste terre suffit aux croyants pour accomplir
leurs obligations, du moment qu'ils peuvent orienter leur face dans n'importe
quelle direction et prier en n'importe quel lieu du globe. C'est le sens du
verset 115, car avant cette révélation, les tenants de la religion étaient
convaincus que le culte de Dieu ne pouvait se concevoir que dans les temples. Il
s'ensuit que la foi en Dieu n'est pas une question de rites et de gestes
mécaniques, mais elle habite d'abord les cœurs.
Si Dieu ordonna aux Musulmans de tourner leur face essentiellement vers la
Qibla, c'est pour unifier leurs rangs et réunir leurs symboles et leurs
sentiments dans un seul cadre. C'est également dans le même ordre d'esprit
qu'Il commanda de prier dans un lieu précis. Le rassemblement de tous dans un
même espace est à même de susciter des élans de solidarité et d'engendrer
en eux le sens de l'égalité et de la fraternité.
De la prétendu progéniture de Dieu
116 - [Les Juifs, les Chrétiens et ceux qui prétendent que les anges sont des
filles de Dieu] disent : "Dieu s'est don-né un enfant !" Gloire à
Lui [Il n'a ni enfant, ni associé]! [Non ! Contrairement à ce qu'ils disent],
c'est à Lui qu'appartient ce qui est dans les cieux et la terre et tous [anges,
créatures humaines et toutes les autres créatures quelle qu'elles soient,
attestent Son Unicité et L'adorent sans restriction] obéissent [à tout ce
qu'Il prescrit] .
117 - Il est le Créateur absolu (badî') des cieux et de la terre [et tout ce
qui s'y trouve et cela à partir du néant, donc sans rien prendre pour modèle]. Lorsqu'Il décrète
[la création nouvelle] d'une chose [comme ce fut
le cas de la naissance, sans père, de Jésus ou celle d'Adam, sans père ni
mère], Il lui suffit de dire : "Sois", et elle est.
-
Il est à noter que le verbe bada'a est employé ici pour exprimer la création
des cieux et de la terre, tandis que khalaqa (créer) est utilisé pour les
autres créations. Dans le premier cas, la création est à la fois première et
relativement éternelle. Dans le second, les choses créés, quant à leurs
formes, sont appelées à périr à un moment ou à un autre. Il n'en reste pas
moins qu'elles disparaissent à nos regards mais, en fait, elles se dissolvent
dans la matière première, base et origine de leur existence. C'est, en quelque
sorte, un retour vers leur Créateur, Cause de toutes les causes.
Requête insensée de parler directement à Dieu
118 - Ceux [les mécréants mecquois] qui ne savent pas [que Dieu est Unique et
Transcendant], disent [au Prophète] : "[Nous croyons en toi] si Dieu nous
parlait [pour nous informer que tu es un Prophète] ou s'Il nous mon-trait un
signe [attestant ta prophétie]". Ce sont les mêmes paroles que disaient
[à leurs prophètes] leurs prédécesseurs [leurs ancêtres et tous les
mécréants des peuples anciens]. Leurs cœurs ressemblent à leurs discours
[quant à l'impiété et à l'obstination]. Certes, Nous n'exposons clairement
Nos signes qu'à des gens de certitude [qui, eux, savent que Nos signes sont
véridiques et y prêtent foi].
-
Qui sont ces gens qui ne savent pas ? Les Juifs, les Chrétiens, les associants
ou encore tous à la fois ? Placé dans un contexte général, le verset semble
se référer aux Fils d'Israël, en particulier, étant ceux qui avaient
demandé à Moïse de leur faire entendre la Parole de Dieu.
Tabarî exclut les associants. Or, ceux-ci ont présenté maintes exigences au
Sceau des envoyés. Ainsi : "Lorsqu'une preuve leur vient, ils disent :
Jamais nous ne croirons tant que nous n'aurons pas reçu un don semblable à
celui qui a été donné aux messagers de Dieu" (S. 6, 124) ; "Nous ne
croirons pas à ta monté au ciel, jusqu'à ce que tu fasses descendre sur nous
un Livre que nous puissions lire." (S. 17, 93)
Quant aux Gens du Livre, ce verset aussi les concerne : "Les Gens du Livre
te demandent de leur faire descendre du ciel un Livre. Ils ont déjà demandé
à Moïse quelque chose de bien plus grave quand ils dirent : Fais-nous voir
Dieu à découvert !" (S.4, 153)
Ainsi, les cœurs des associants et ceux des gens du Livre se rejoignent : ils
sont aveugles, durs, obstinés dans l'impiété. Leurs paroles ne correspondent
pas à leurs actes. Or, la vérité est une et l'égarement est un. Bien que les
voies empruntées par les uns et les autres se différencient, les effets
produits se ressemblent, comme si les uns conseillaient aux autres ce qu'ils
convenaient de faire. "Est-ce qu'ils se sont transmis cette injonction ?
Ils sont plutôt des gens transgresseurs". (S.51, 53)
Répondre à l'appel de la foi implique le recours à la raison, la réflexion
saine et objective et la pureté de l'âme. Ce qui suppose, pour saisir la
réalité de l'univers et de l'existence, de se dépouiller des passions
irraisonnées, des plaisirs insensées et de renoncer à l'entêtement. Lorsque
ces conditions sont réunies, la Lumière de la foi illumine le cœur et
l'emplit de bonheur. "N'est-ce point par l'évocation de Dieu que se
tranquillisent les cœurs ?" (S. 13, 28)
Fonction du Prophète
119 - Nous t'avons envoyé [ô Muhammad !] avec la vérité [la guidance qu'est
le Coran, avec tout ce qu'elle comporte comme orientation vers le convenable et
contre le blâmable, vers le licite et contre l'illicite], en annonciateur de
bonne nouvelle [l'accès au Paradis pour ceux qui croient en Dieu et au Jour
dernier] et en avertisseur [l'entrée en Enfer pour les incrédules] ; tu n'as
pas de compte à rendre aux gens de la Fournaise [Tu n'as pas à t'interroger
sur le sort des infidèles et à les contraindre à devenir croyants.
Contente-toi de leur transmettre le Message].
-
Dieu a narré à Son Envoyé quelques aspects de l'histoire de peuples anciens,
qu'ils soient juifs, chrétiens ou associants. Il a évoqué leur attitude
négative, leur procédé de dissimuler la vérité, leur orgueil et leur
outrance. Il lui ordonne, à présent, de tenir compte de toutes ces
expériences. Il lui appartient donc seulement d'annoncer la bonne nouvelle et
d'avertir toute l'humanité. Une fois sa mission accomplie, il n'aura pas à assumer
la responsabilité de ceux qui refusent de s'engager dans la voie de la
rectitude. Il lui dit :
Nous t'avons armé d'une législation claire, celle de l'Islam, seule religion
de rectitude, afin d'annoncer aux croyants, qui te suivent et te suivront, la
bonne nouvelle, celle du bonheur spirituel en ce monde et paradisiaque dans
l'Autre, et d'avertir les dénégateurs de l'opprobre et de l'humiliation dans
la vie présente et d'un douloureux châtiment dans l'au-delà. Ne te préoccupe
pas des incrédules. Tu n'es point responsable de ceux qui dénient ta mission
et le Message que tu leur communiques avec patience et insistance. " ... à
toi, la communication seule incombe, à Nous le compte". (S.13, 40)
Objectif des Gens du Livre :
Ramener les Musulmans à leur religion.
120 - Les Juifs [de Médine] et les Chrétiens [de Najrân] ne seront satisfaits
de toi [ô Muhammad !], que si tu rejoins leur communauté [leur religion et que
tu t'orientes du côté de leur qibla]. Dis-leur [ô Muhammad] : "La direction
de Dieu [Sa religion, l'Islam et Sa qibla, la Ka'ba] est la vraie guidance
[le
reste n'est qu'égarement]". Mais si tu te soumets à leurs passions
[celles à laquelle ils t'appellent à rejoindre], après ce que tu as reçu de
science [contenue dans la révélation qui confirme que l'Islam est la seule
Religion de Dieu], tu ne trouveras contre Dieu ni tuteur [pour te
protéger], ni
secourant [qui te prémunira envers Lui].
121 - Ceux à qui Nous avons donné le Livre, qui le ré-citent convenablement
[c'est-à-dire tel qu'il a été révélé], ceux-là y croient [comme ce fut le
cas de certains Chrétiens éthiopiens]. Et ceux qui le dénient [ou en manipulent
le contenu et le falsifient] sont les perdants [et l'Enfer sera leur refuge
éternel].
-
Quand les Juifs de la première heure, et ensuite les Chrétiens des premiers
temps avaient reçu leurs Livres respectifs, ils les récitaient comme ils
avaient été révélés à Moïse et à Jésus. Il en est de même des Juifs et
des Chrétiens qui, se conformant les uns à la Torah, et les autres à
l'Évangile, en ce qu'ils énoncent au sujet de la venue du Sceau des envoyés,
croient en ce dernier et en ce qui lui a été révélé. Ce sont ceux-là les
vrais croyants et non pas ceux qui falsifièrent la Parole de Dieu pour
satisfaire leurs ambitions et leurs passions. Quiconque, à présent et à
l'avenir, ne croit pas au Coran, confirmant les Écritures antérieures, et au
Prophète Muhammad - que Dieu lui Accorde la grâce et la paix -, annoncé par
ces mêmes Écrits, comptera sûrement au nombre des perdants.
Les deux versets ci-dessus mettent fin à la première partie de la sourate
al-Baqara qui a relaté des faits propres à l'histoire traditionnelle des Fils
d'Israël et se termine par une adresse aux croyants afin de ne pas emprunter la
voie que les Juifs ont sui-vie, ni celle empruntée par les Chrétiens. Par la
même occasion, ces versets vont introduire des événements dont les enseignements
s'adresseront à d'autres destinataires que les Juifs. Dans l'immédiat, ils
rappellent les bienfaits de Dieu et mettent l'accent sur la responsabilité
individuelle.
Bienfaits
de Dieu et responsabilité individuelle
122 - Ô Fils d'Israël, rappelez-vous Mon bienfait que Je sous ai prodigué et
que Je vous ai préférés aux autres peuples du monde [de votre époque].
123 - Redoutez le Jour où nulle âme n'assumera la responsabilité d'une autre,
où aucune n'acceptera une compensation d'une autre, et où aucune intercession
ne sera admise. Et ils ne trouveront point de secours.
-
Ces deux versets répètent les versets 47 et 48 de cette même sourate, à
l'exception d'une légère variation relative à la disposition de compensation
qui est placée avant intercession, sans pour au-tant en affecter le sens. Ce
qui les différencie, c'est le lien entre ces deux versets aux suivants à
propos d'Abraham. Ils introduisent cette idée : L'argumentation concernant les
faveurs accordées aux Fils d'Israël cesse. Il est à présent procédé aux
faveurs dont sera comblée l'humanité dont les Arabes qui leur succèdent dans
l'héritage spirituel du père des croyants. Ainsi, Dieu, après avoir rappelé
qu'Il avait placé les Fils d'Israël au-dessus des "mondes" des
différents âges de leur histoire mais qu'ayant failli à leur engagement, Il
les exhorte à présent de rejoindre les rangs de ceux qui adhèrent à la
religion professée par le Sceau des envoyés, qui est aussi celle du père des
croyants : Abraham.
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