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Sourate 2 al-Baquara
(V124-141)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Abraham : Père et modèle des croyants
Les versets 124 à 141 constituent une transition entre la première et la
seconde partie de la sourate al-Baqara. Elle traite du cas d'Abraham et de la
religion qu'il pratiquait afin de le prendre pour modèle. A la fin de cette
transition, le Coran entamera l'exposé de nouvelles prescriptions qui
s'adressent à tous ceux qui veulent pratiquer l'Islam.
Choix d'Abraham comme guide. Propriétés de la Maison de Dieu et privilège de
La Mecque
1 - Abraham : guide des croyants
124 - [Rappelle-toi, ô Muhammad !] quand ton Seigneur mit Abraham à l'épreuve
par des paroles (kalimât) et qu'il les eut accomplis [entièrement], le
Seigneur lui dit : "Je ferai de toi un imâm [un guide, un modèle en
religion] pour les gens". - "Et [qu'en serait-il de] ma descendance
[seront-ils aussi des guides ?] " demanda-t-il. - "Mon engagement
[concernant l'imâmat] n'atteindra pas les injustes [les impies d'entre
eux]."
-
Kalimât : signifie littéralement mots ou paroles. Le terme revêt ici un sens
mystique pour exprimer la Volonté ou le Décret de Dieu. Quelles sont ces
paroles ? Les commentateurs en énoncent plusieurs, chacun selon la
compréhension du texte. Citons en deux d'entre eux : Il s'agirait de la
législation islamique. Abraham la compléta. Il est le premier à avoir rempli toutes
les fonctions de la religion. D'autres prophètes, parmi les-quels le dernier
d'entre eux, sont venus et s'en sont acquittés. "Abraham qui a tenu
parfaitement [sa promesse de transmettre]". (S.53, 37). Il s'agirait, selon
Aïsha, de dix éléments constituant la religion originelle. : "Couper la
moustache, la dispense de la barbe, le cure-dent (siwâk), aspirer l'eau par le
nez, couper les ongles, laver les parties situées entre les doigts, raser le
pubis, épiler les aisselles, user de l'eau et se gargariser la bouche".
Sans entrer dans les détails, disons simplement que ces "paroles"
couvrent aussi la somme des idées contenues dans les versets qui suivront. En
effet, Abraham accomplit parfaitement tous les ordres divins :
- Il purifia la Maison de Dieu.
- Il construisit le refuge sacré de la Ka'ba.
- Il institua, selon les consignes de Dieu, les rites du pèlerinage.
Dès lors qu'Abraham se soumit à la Volonté de son Seigneur, Celui-ci fit de
lui un imâm (un guide), c'est-à-dire qu'Il le plaça en tête devant tous les
peuples. Abraham devint ainsi le prototype de l'Islam (soumission à Dieu).
Dieu dit à Son Envoyé : Ô Muhammad ! Lorsque ton Seigneur mit à l'épreuve
Son serviteur Abraham al-khalîl en le chargeant de réaliser certaines
prescriptions et dont l'exécution reçut Son agrément. Il lui dit : Je fais de
toi un modèle spirituel pour tous les hommes, un guide dont les créatures
humaines s'éclaireront de tes lumières. - Abraham demanda alors : Fais aussi
surgir des guides parmi ma descendance pour que les peuples les prennent en
exemple. - Dieu répondit : Aucun des in-justes n'obtiendra ce grand mérite. -
Autrement dit : un transgresseur de sa descendance ne sera jamais honoré de ce
titre d'imâm, donc de guide spirituel.
Tabarî donne ces explications :
"Même si le sens obvie de ce passage signifie que les descendants
d'Abraham, qui seront injustes et transgresseurs et qui dévieront de
l'orientation de la Voie de la Vérité, n'obtiendront pas le 'ahd de Dieu, qui
est, dans ce monde, la fonction prophétique et la fonction d'imâm à l'égard
des gens de bien et qui est également l'engagement conclu avec Dieu,
garantissant à celui qui le respecte dans ce monde l'obtention du salut dans
l'Autre, même si tel est le sens obvie de ce passage, celui-ci constitue avant
tout une information que Dieu adresse à Abraham pour lui faire savoir qu'il
aura certains de ses descendants qui associeront d'autres divinités à Dieu et
qui dévieront donc du droit chemin ; ils seront injustes à l'égard de leur
propre âme et à l'égard des serviteurs de Dieu. C'est ce que dit Mujâhid qui
interprète ce passage : Ô Abraham, il y aura des hommes injustes parmi ta
descendance".
2 - Purification et fonction de la Maison de Dieu :
125 - [Rappelle-toi aussi] quand Nous fîmes de la Maison [la Ka'ba] un refuge
[un lieu de retour vers lequel convergeront] les gens [de tous les côtés] et
un endroit sûr [où aucune injustice ne se produira] . - Faites donc [ô vous
les hommes !] de la station d'Abraham [de cette pierre sur laquelle il monta
pour élever le mur de la Ka'ba] un lieu de prière. - Et Nous avons reçu
d'Abraham et d'Ismaël cet engagement [Nous leur avons ordonné] :
"Purifiez Ma Maison [des idoles et de toute autre souillure] pour ceux qui
accomplissent les circuits (le ta-wâf), font retraite, s'inclinent et se
prosternent [soit l'attitude à adopter lors des prières : la génuflexion
suivie de la prosternation]".
-
Il est à faire remarquer que le verset emploie la première personne du
pluriel. Par contre, il est fait usage du possessif Ma attaché à Maison. Ce
dernier marque la relation spéciale qui existe entre Dieu et les croyants,
excluant les associants qui ont souillé l'endroit de leur idolâtrie et de
leurs pratiques païennes.
Nous relevons que le pèlerinage est une vieille institution qui date du temps
d'Abraham et de son fils Ismaël. C'est à partir de cette époque que les rites
ont été établis : le circuit autour de la Ka'ba, la prière après le tawâf.
En outre, l'idée de faire de la Ka'ba la future qibla existait déjà
potentiellement.
Les associants ont par la suite pollué ce sanctuaire et y ont introduit des
idoles. Lors de la conquête de La Mecque, l'Envoyé de Dieu ordonna de briser
toutes les idoles. A cet effet, Dieu ordonna au Prophète de dire : "La
Vérité est venue et l'Erreur a disparu. Car l'Erreur est destinée à
disparaître." (S.17, 81)
3 - Destinée des habitants de La Mecque :
126 - Et quand Abraham dit : "Ô mon Seigneur ! Fais de cette cité un lieu
de sécurité , attribue de ces fruits à ceux d'entre ses habitants qui
croiront en Dieu et au Jour dernier", le Seigneur dit : "Quiconque n'y
prêtera pas foi, Je lui accorderai une courte jouissance [ici-bas en lui
attribuant sa subsistance], puis Je le contraindrai à subir le châtiment du
Feu. Quelle détestable destination !"
-
Il est à rappeler que le territoire de La Mecque était, au moment des faits
relatés, désertique et sans eau. Abraham, venu établir sa descendance en ce
lieu, implora donc Dieu de ne pas les laisser mourir de faim et de soif et de
lui garantir la sécurité contre d'éventuels périls. Dieu exaucera
l'invocation d'Abraham et conférera à La Mecque un statut sacré, ce qui
n'était pas le cas auparavant, à moins qu'Il sacralisa déjà les lieux au
moment où Il créa les cieux et la terre, comme l'a dit le Prophète : "En
vérité, Dieu a conféré un statut sacré à La Mecque, le jour où Il créa
les cieux et la terre ; celle-ci est donc sacrée par la sacralité de Dieu et
ce, jusqu'à la fin des temps".
Dieu accorde la subsistance à tous les hommes de la terre, y compris aux
impies. Le dernier passage du verset montre bien que la subsistance matérielle
de ce monde est une miséricorde terrestre destinée à tous les gens, qu'ils
soient pieux ou pervers, contrairement à l'imâmat qui n'est réservé qu'aux
personnes pieuses. Il en résulte que l'injuste ne peut être ni prophète, ni
juge, ni mufti (accorder des consultations juridiques), ni imam conduisant la
prière collective. De plus, le témoignage du pervers n'est pas accepté.
Constructions de la Ka'ba. Invocations d'Abraham et d'Ismaël
127 - [Rappelle-toi, ô Muhammad !] Quand Abraham, secondé par Ismaël, posa
les assises [éleva les murs] de la Maison. [Puis, quand il termina la
construction], il dit : "Ô notre Seigneur ! Accepte de nous [la
construction de Ta Maison]! C'est Toi qui entends [nos invocations],
l'Omniscient [de nos actes].
-
D'aucuns supposent que les fondements de la Ka'ba existaient déjà, ayant été
construite par Adam, agissant sur Ordre de Dieu. Abraham, inspiré par le
Seigneur, découvrit les bases recouvertes par le temps. Il les consolida et
éleva ensuite les murs. "Nous ne possédons aucune information à ce
sujet, dit Tabari, sur lequel on pourrait valablement se fonder et que l'on
serait obligé d'admettre… La plupart des commentateurs sont, toute-fois,
d'accord pour considérer que les deux prophètes ont construit tous les deux la
Maison".
2 - Soumission et rites du pèlerinage :
128 - Notre Seigneur ! Fais que nous Te soyons soumis [et obéissants], et que
notre descendance soit une communauté soumise [et obéissante] à Toi.
Montre-nous [enseigne-nous] nos rites [du pèlerinage et les règles
correspondantes] et accepte notre repentir [à cause de nos
insuffisances]. Tu
es Celui qui accueille [sans cesse] le repentir [de Tes serviteurs], le
Miséricordieux [envers les croyants].
-
"Quelqu'un nous demandera peut-être, dit Tabarî, quelle a été " la
faute " d'Abraham et d'Ismaël pour qu'ils aient besoin de demander que
Dieu revienne vers eux. On répondra qu'il n'y a pas une seule créature qui,
dans ses rapports avec son Seigneur n'ait fait quelque chose qui exige de sa
part le repentir et le retour (tawba) vers Dieu.
"Il est permis de considérer que cette demande concerne des actes qu'ils
avaient faits antérieurement mais qu'ils n'énoncent celles-ci qu'à cet
endroit car ce lieu est le meilleur endroit possible pour qu'une prière soir
exaucée. De plus, en agissant ainsi, ils ont fait en sorte de donner l'exemple
d'une "sunna" qui sera observée après eux.
"Il est également permis de considérer que cette demande est faite en
faveur de ceux de leurs descendants qui seront injustes. Leur demande peut donc
avoir le sens suivant : Seigneur, reviens vers eux en pardonnant leur injustice
et leur "shirk" en sorte qu'ils reviennent vers l'obéissance à Ton
égard. Dans ce cas, le sens obvie revient à eux deux, mais c'est leur descendance
qui est concernée."
3 - L'envoi d'un prophète à La Mecque :
129 - Notre Seigneur ! Envoie, au sein de nous [de la descendance d'Ismaël,
habitants de Ta Maison], un messager [de sa lignée] qui leur récitera Tes
versets [le Coran], leur enseignera le Livre [le Coran] et [ce qu'il contient
de] la Sagesse [quant au licite et à l'illicite] et les purifiera [de leur
associationnisme (shirk) et de leurs péchés par le tawhîd]. Tu es le
Puissant, le Sage !
4 - Insensé est celui qui ne croit pas à la religion d'Abraham :
130 - Qui donc [renoncera et] s'écartera de la religion (millat) d'Abraham,
sinon l'insensé [ignorant qu'étant une créature de Dieu, il doit lui vouer un
culte pur] ? Certes, Nous avons élu (istafa) [Abraham] en ce monde [en tant que
prophète et Ami (khalîl)], et il est compté, dans l'au-delà, parmi les gens
de bien [tous les prophètes et les saints qui occupent un haut niveau dans la
demeure éternelle].
-
Quelle est la religion d'Abraham ? Le verset fait allusion aux Juifs et aux
Chrétiens qui, en abandonnant délibérément la Tradition d'Abraham, soit la
soumission pure, entière et totale à Dieu, se plaisent sottement dans leur
traditions respectives. La foi du père des croyants, c'est l'Islam. Dans cette
optique, tout croyant est Musulman et tout Musulman est croyant. La religion,
c'est bien l'Islam. Dieu dit dans le verset dix-neuf de la troisième sourate ce
qui suit : " Certes, la religion acceptée par Dieu, c'est l'islam. Ceux
auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre
eux, qu'après avoir reçu la science. Et quiconque ne croit pas aux signes de
Dieu… alors Dieu est prompt à demander des comptes." (S.3, 19)
RELIGION D'ABRAHAM ET DES PROPHETES : La soumission [l'Islam]
131 - [Rappelle-toi] quand son Seigneur lui a dit : "Soumets-toi
[à Dieu,
suis Sa religion et rends-Lui un culte sincère"], il répondit : "Je
me soumets au Seigneur des univers".
1 - Recommandation d'Abraham et de Jacob à leurs enfants : Être soumis à Dieu
132 - C'est ce qu'Abraham recommanda à ses fils. Jacob en fit de même :
"Ô mes fils ! Dieu a choisi pour vous La religion [l'islam] : ne mourrez
point sans faire partie de ceux qui se soumettent. [Autrement dit : Ne renoncez
pas à l'Islam ; soyez constant dans sa pratique jusqu'à ce que Dieu vous
rappelle à Lui].
-
"N'abandonnez pas cette religion, explique Tabari, qui est la soumission
durant votre vie en ce monde car personne ne sait quand viendra pour lui l'heure
de son décès et vous non plus, vous ne savez pas à quel moment du jour ou de
la nuit viendra votre heure. N'abandonnez donc pas la soumission, ne fût-ce
qu'un seul instant car vous risqueriez de vous trouver à ce moment-là dans une
autre religion qui ne serait pas celle que Dieu a choisi pour vous et vous
rendriez votre dernier soupir alors que Dieu est en colère contre vous, ce qui
causerait votre perte".
Les Juifs avaient dit au Prophète : "Ne sais-tu pas que Jacob, le jour de
sa mort, a recommandé à ses enfants le Judaïsme ?" D'où la révélation
du verset ci-dessus ou dessous :
133 - Étiez-vous témoins [présents] lorsque la mort se présenta à Jacob et
qu'il dit à ses enfants : "Qu'adorerez-vous après moi [après ma mort]
?" - Ils répondirent : "Nous adorerons ton Dieu, Dieu de tes pères,
Abraham, Ismaël, et Isaac. C'est le Dieu Unique et c'est à Lui que nous nous
soumettons. [Donc, n'ayant pas été présents lors de la mort de Jacob,
comment, ô Fils d'Israël, pouvez-vous lui attribuer ce qui ne correspondait
pas à sa pensée].
2 - Chaque peuple est responsable de ses actes :
134 - Cette génération [celle d'Abraham et de Jacob] a cessé d'exister. A
elle ses acquis, et à vous [Fils d'Israël] vos acquis. On ne vous interrogera
pas sur ce qu'ils faisaient [comme eux ne seront pas interrogés, le Jour de la
résurrection, sur ce que vous faites].
-
Ce verset confirme une fois de plus la responsabilité personnelle, que ce soit
au niveau de l'individu ou de la collectivité prise dans son ensemble. Ainsi,
Abraham et sa descendance constituaient une communauté qui, ayant fait son
temps, a disparu. Leurs actions sont révolues. Leur rétribution a été
arrêtée et la vôtre, Juifs et Chrétiens, commence. Au Jour du Jugement,
chaque génération sera interrogée sur ce qu'elle a fait. Il serait donc vain
d'invoquer les anciens, qui ont fait leurs preuves, pour faire prévaloir votre
présent comportement. Au contraire, il vous appartient d'assumer votre propre
responsabilité en vous soumettant à Dieu, sans rien Lui associer, et en
accomplissant des œuvres pies, si vous tenez vraiment à l'assistance de Dieu.
3 - Abraham : croyant originel
135 - Ils [Les Juifs de Médine et les Chrétiens de Najrân] disent
[les uns et
les autres] : "Soyez Juifs ou Chrétiens et vous serez bien guidés."
- Dis-leur [ô Muhammad !] : " [Ce que vous dites est tout à fait
faux].
Que non ! Suivons plutôt la religion d'Abraham [religion de droiture et de
rectitude, si nous ne voulons pas être égarés], ce croyant originel [hanîf]
qui ne fut point un associant."
-
Hanîf plu. Hunafâ' est un terme utilisé par le Coran pour désigner Abraham.
Il s'appliquait aussi à tous ceux qui, avant l'Islam, pratiquaient, en dehors
du Judaïsme et du Christianisme, le monothéisme primordial durant l'ère du
paganisme. Leur nature pure et droite rejetait le polythéisme pour s'adonner au
seul culte de Dieu.
Les Juifs, bien que croyant en un Dieu unique, limitent l'exercice de la
Puissance divine à un seul peuple. Les Chrétiens inventent la théorie de la
Trinité. Les uns et les autres ne peu-vent pas être, dans ces conditions, de
véritables héritiers spirituels d'Abraham.
4 - Croire à tous les prophètes sans faire de distinction entre eux :
136 - Dites, [ô vous Musulmans, aux Juifs et Chrétiens !] : "Nous croyons
en Dieu et en ce qui nous a été révélé [le Coran], en ce qui a été fait
descendre vers Abraham [les feuillets], Ismaël, Isaac, Jacob, les tribus
[les
douze fils de Jacob, chacun d'eux à la tête d'une tribu], en ce qui a été
confié à Moïse [la Torah] et à Jésus [l'Évangile], et à tous
[les
Écritures] des autres prophètes, de la part de leur Seigneur. Nous ne faisons
aucune distinction entre eux [du moment que tous ont prêché le monothéisme
intégral] . Et [nous-mêmes, attestant l'Unicité transcendante de Dieu,] c'est
à Lui que nous sommes foncièrement soumis.
5 - En dehors de l'Islam, point de salut :
137 - Si [les Juifs et les Chrétiens] croient à la même croyance que vous
[c'est-à-dire à tous les prophètes sans exception et à tous leurs Livres
sans soustraire aucun d'eux], ils seront certainement sur la bonne voie [celle
suivie par Abraham et Muhammad - que Dieu leur accorde la grâce et la paix -].
S'ils s'en détournent, ce seront certes des schismatiques ! Alors Dieu te
suffira contre eux. Il entend leur [discours], connaît parfaitement [ce qu'ils
font].
6 - Condamnation du baptême :
138 - L'onction (sibghatu) de Dieu [Sa religion]! Et qui donc peut, mieux que
Dieu, donner cette onction [sur les hommes pour mieux les distinguer les uns des
autres] C'est à Lui que nous vouons notre culte".
-
L'onction ou baptême traduit le terme arabe sibgha qui signifie plus
précisément teinte, couleur : "couleurs de Dieu", "Religion de
Dieu" ou encore "Onction de l'Islam". C'est le sens que lui donne
Tabari. Il est fait allusion, dit-il, au rite des Chrétiens qui baptisaient
l'enfant par immersion dans l'eau pour le faire entrer dans leur religion. Or,
il n'y a de meilleure onction que celle donnée par Dieu.
Il est possible aussi que le verset fasse allusion à l'onction sacerdotale
connue chez les Juifs, comme cela est indiqué dans l'Ancien testament : "…puis
tu prendras l'huile d'onction, tu la lui verseras sur la tête et tu
l'oindras." (Exode, XXIX, 7)
"Le verbe sabagha, [d'où le nom de sibgha], dit Pierre Godé dans sa
traduction, signifie fondamentalement "teindre : l'étymologie de ce mot
n'est donc pas différente de celle d'onction, mot qui évoque aussi la notion
d'élection qui n'est toutefois pas absente ici puisque au sujet d'Abraham, il
est dit dans le verset 2, 130, "Et Nous l'avons élu dans le monde".
Ce sens premier de sabagha permet ici une sorte de jeu de mot allusif :
l'onction spécifique juive et chrétienne n'est qu'une "teinte"
donnée à l'être alors que l'onction divine est la "teinte" par
excellence".
Il n'est donc pas nécessaire de baptiser un enfant pour assurer son salut.
C'est au moyen de l'onction de Dieu qu'il prend symboliquement une nouvelle
couleur, car comme le dit Qatâda : "L'onction de Dieu, c'est la soumission
à Dieu et il n'y a pas de meilleure et de plus pure onction que celle de la
soumission, celle-ci se traduisant par la religion sacrée de Dieu".
7 - Un seul et même Dieu pour tous :
139 - Dis-leur [ô Muhammad !] : "Allez-vous argumenter [engager une
polémique] contre nous au sujet de Dieu [parce qu'Il a choisi un prophète au
sein des Arabes], alors qu'Il est notre Seigneur et le vôtre [donc, Il peut
choisir le prophète qu'Il veut] ? A nous nos actions [notre religion dont nous
aurons à rendre compte et sur laquelle nous serons jugés] et à vous les
vôtres [votre religion dont vous aurez à rendre compte et sur laquelle vous
serez rétribués à juste titre]! [Quant à nous, du moment qu'Il a choisi un
prophète parmi nous,] C'est à Lui que nous sommes sincèrement dévoués [sur
la base du tawhîd].
8 - Abraham : Il n'est ni Juif ni Chrétien
140 - Ou direz-vous [ô Gens du Livre !] qu'Abraham, Ismaël et Jacob et les
tribus étaient soit des Juifs, soit des Chrétiens ?" - Dis-leur [ô
Muhammad !] : "Êtes-vous plus informés que Dieu [au sujet de leur
religion ?]" [Or Dieu dit : Abraham n'était ni Juif ni Chrétien] - Qui
est plus injuste que celui qui dissimule [aux gens] un témoignage qu'il
détient de Dieu [tel le témoignage de Dieu contenu dans la Torah où il est
précisé qu'Abraham était un hanîf qui suivait donc la religion originelle].
Dieu [menaçant dit qu'Il] n'est pas inattentif à ce que vous faites [telle que
la dissimulation de ce témoignage].
-
Il n'est pas possible de prétendre qu'Abraham était Juif ou Chrétien puisque
la Torah et l'Évangile n'ont été révélés que bien plus tard. A l'époque
du père des croyants, ces deux appellations n'existaient pas. Le Judaïsme ne
s'était manifesté qu'après l'avènement de Moïse. Quant au Christianisme, il
n'est apparu qu'après Jésus. Par contre, la notion de soumission (islam) a
toujours été le fondement et l'axe de tous les messagers, sans exception.
"Ô Gens du Livre ! Pourquoi disputez-vous au sujet d'Abraham, alors que la
Torah et l'Évangile ne sont descendus qu'après lui ? Ne raisonnez-vous pas
?" (S.3, 64)
Ainsi, le Coran rejette toutes les formes d'arguments avancés par des Juifs et
des Chrétiens qui prétendent, les uns et les autres, être les seuls
représentants de la religion de Dieu. Il leur rappelle que la vraie religion
est celle de ceux qui suivent la Tradition d'Abraham et de ses descendants, à
savoir la religion originelle.
Ainsi, s'adressant à Muhammad - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -, le
Sceau des envoyés, Dieu lui dit : "Dirige tout ton être vers la religion
exclusivement [pour Dieu], telle est la nature que Dieu a originellement donnée
aux hommes. Pas de changement à la création de Dieu. - Voilà la religion de
droiture, mais la plupart des gens ne savent pas". (S.30, 30)
9 - Responsabilité individuelle :
141 - Cette génération a cessé d'exister. A elle ce qu'elle a acquis, et à
vous ce que vous avez acquis. Et vous ne serez pas interrogé sur ce qu'ils
faisaient.
-
Ce verset a déjà été mentionné plus haut. Cette répétition a pour objet
de susciter la crainte ; elle a valeur de menace. Tabari donne cette explication
: "Prenez garde pour vos âmes et hâtez-vous de les sortir de l'état où
elles sont, en revenant à Dieu et en vous repentant de votre dissimulation
impie, de votre égarement et de vos inventions au sujet de Ses prophètes et de
Ses envoyés. Arrêtez-vous d'invoquer l'excellence de vos Pères et des
Patriarches car vous ne serez pas interrogés sur ce qu'ils ont fait mais sur ce
que vous aurez fait ; au Jour de la résurrection, toute âme sera présentée
à son Seigneur et elle ne sera interrogée que sur ce qu'elle aura
réalisé".
Conclusion
Dieu a choisi Abraham en tant que modèle et guide spirituel des croyants à
travers les âges de l'humanité jusqu'à la fin des temps ; En purifiant la
Maison de Dieu et en l'édifiant, il a fait de La Mecque le centre de
convergence de tous les hommes qui désirent, sincèrement et sans arrière
pensée, la Face de Dieu. Il s'érige aussi en symbole de l'unité monothéiste.
Tous les autres prophètes, venus après lui, ont suivi la même voie et communiqué
le même message de vérité, d'amour, de charité, de solidarité, de
fraternité, de justice et d'égalité. Tout cet ensemble de vertus repose sur
l'Unicité de Dieu et Son culte exclusif que ni le temps, ni l'espace ne peuvent
en modifier le contenu et la trajectoire.
La recommandation qu'Abraham et Jacob ont laissé à leurs enfants prouve que
l'islam ne naquit pas avec l'avènement du dernier des prophètes, en
l'occurrence Muhammad - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. Bien au
contraire, il est aussi vieux que le monde ; Dieu a chargé tous Ses envoyés de
le diffuser au sein de son peuple, en y ajoutant des améliorations de forme et
un enrichissement pratique selon les espaces géographiques et l'évolution du
temps. Il s'ensuit que la religion de Dieu est UNE et que l'islam en est la
représentation universelle. "Il vous a prescrit en matière de religion,
ce qu'Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t'avons révélé, ainsi que ce que
Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus : Établissez la religion
et n'en faites pas un sujet de division". (S.42, 13)
Les données de la religion, ayant été exposées clairement, il appartient
à chaque peuple et à chaque individu de s'y conformer, en assumant chacun de
son côté sa propre responsabilité. "Dis : Chercherais-je un autre
Seigneur que Dieu, alors qu'Il est le Seigneur de toute chose, Chacun n'acquiert
[le mal] qu'à son détriment : personne ne portera le fardeau [responsabilité]
d'autrui. Puis vers votre Seigneur sera votre retour et Il vous informera de ce
en quoi vous divergez". (S.6, 164)
-
Vois-tu celui qui s'est détourné,
-
A donné peu et a [finalement] cessé de donner ?
-
Détient-il la science de l'Inconnaissable en sorte qu'il voit
-
Ne lui a-t-on pas annoncé ce qu'il y avait dans les feuilles de Moïse
-
et celles d'Abraham qui a tenu parfaitement [sa pro-messe de transmettre]
-
qu'aucune âme ne portera le fardeau [le péché] d'autrui,
-
et qu'en vérité, l'homme n'obtient que le [fruit] de ses efforts ;
-
et que son effort, en vérité, lui sera présenté [le Jour du Jugement].
-
Ensuite, il en sera récompensé pleinement,
-
Et que tout aboutit, en vérité, vers ton Seigneur.
(S.53, 33 à 42)
Sur la base de ces paroles de Dieu, le Prophète a dit à sa propre famille :
"Ô vous les Banû Hâshim ! Tous les hommes me viendront avec leurs
œuvres. Vous, également, votre parenté ne vous sera point utile".
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