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Sourate 2 al-Baquara
(V142-164)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Législation
et Doctrine Coranique
A partir des versets suivants commence la seconde partie de la sourate al-Baqara.
Celle-ci annonce l'établissement d'une communauté médiane, ayant une
identité différente du Judaïsme et du Christianisme. A cet effet, elle
élabore une doctrine et expose les principes et les axes d'une législation.
L'Islam, qui prend ses distances par rapport aux autres religions monothéistes,
se pose en restaurateur de la religion d'Abraham. La communauté musulmane va
s'édifier sur des bases solides et n'aura pas à supporter les péchés des
générations antérieures. C'est ce que Dieu dit en répétant plusieurs fois :
"Cette communauté est révolue. A elle ses acquis, à vous les vôtres.
Vous n'avez pas à répondre de leurs actions".
Le changement de la qibla (orientation de la prière) à laquelle plusieurs
versets, charnières entre les deux parties, sont consacrés en donne le ton.
C'est ainsi que s'ouvre l'exposé juridique constitué de nouvelles prescriptions.
LE CHANGEMENT DE LA QIBLA ET SES IMPLICATIONS
Tout le long de la période mecquoise, les Musulmans se tournaient en direction
de Jérusalem pour accomplir leur prière. A leur arrivée à Médine, cette
orientation fut maintenue approximativement seize mois. Ensuite, leur
organisation en une Umma cohérente et indépendante, particularisée par des
lois et des rites la distinguant des autres communautés religieuses, impliquait
nécessairement une commune direction, symbole de leur unité. Bien que
Jérusalem demeura et demeure toujours un lieu sacré de l'Islam, l'ordre est
venu de Dieu de se tourner vers La Mecque où se trouve le temple de la Ka'ba.
142 - Les faibles d'esprit [les ignorants] parmi les gens [Les
Gens du Livre et les associants] diront : "Pourquoi [Muhammad et ses
compagnons] se détournent-ils de leur qibla [direction de la prière :
Jérusalem] vers laquelle ils se tournaient précédemment ?" [Veulent-ils,
disent-ils retourner à la religion de leurs ancêtres ?] - Dis-leur [ô
Muhammad !] : "C'est à Dieu qu'appartient l'Orient [soit la
direction vers la Ka'ba] et l'Occident [la direction de Jérusalem] [ou
encore toute les directions de la terre : Il oriente, quand Il veut, vers le
côté qu'Il veut]. Il guide qui Il veut vers le droit chemin [celui de
Sa religion : l'Islam].
-
L'explication
de ce verset pose le problème du changement de la qibla comme déjà
résolue. Cependant, en nous fondant sur le commentaire de Tabari, il semble
qu'il ne fait qu'annoncer la perspective du changement, celui-ci
n'interviendra que plus tard. "Dieu veut dire : Ô Croyants ! Lorsque
vous tournez votre visage vers Jérusalem (Bayt al-Maqdis), orientation qui
est celle des Juifs et qui est la vôtre tant que je vous donne l'ordre de
vous tourner vers la Mosquée sacrée, les in-sensés parmi les gens vous
diront : "Qu'est-ce qui leur a fait détourner leur visage du lieu vers
lequel ils s'orientaient auparavant dans leurs prières. Dieu fait
connaître ainsi à Son Prophète les propos que les Juifs et les hypocrites
tiendront lors de ce changement ainsi que la réplique qu'il conviendra de
leur donner".
Quoi qu'il en soit, commentant ce verset, H. Boubekeur écrit : Ce
changement de la qibla "mettait fin à une grande espérance : l'union
de l'Islam, du Christianisme et du Judaïsme autour d'un monothéisme absolu.
L'Islam, qui avait espéré et tenté une restauration unitaire par une
refonte et une rénovation des textes sacrés révélés antérieurement,
désespéra de rallier les Juifs et les Chrétiens à toute idée de
retourner aux sources originelles : la religion professée et transmise par
Abraham. Il prend donc ses distances et s'oriente vers une nouvelle
direction. Malgré la faiblesse de ses moyens d'alors, il n'en prend pas
moins la résolution de s'affirmer en toute indépendance, comme la seule
religion héritière de la doctrine enseignée par Abraham, Moïse et
Jésus. Il s'élève contre les compromissions, les falsifications et les
erreurs d'interprétations introduites dans le message primordial
communiqué maintes fois par Dieu".
143
- Aussi, [de la même manière, ô Muhammad, que Nous vous avons guidés
vers une nouvelle qibla] avons-Nous fait de vous [aussi] une
communauté de juste milieu pour que [le Jour de la résurrection] vous
soyez témoins à l'encontre des gens [à savoir que leurs prophètes
respectifs leur ont communiqué le Message divin] et que le Messager
témoigne de vous [qu'il vous a transmis la révélation de Dieu]. Nous
n'avions établi la qibla [la Ka'ba] vers laquelle tu t'orientes [à
présent] que pour connaître [et distinguer] ceux qui suivent le
Messager [Muhammad et l'approuvent, entre autres, d'avoir adopté cette
nouvelle qibla] de ceux qui tournent leurs talons [c'est-à-dire s'en
détournent et, doutant de la religion, retournent à l'impiété] . Certes,
c'est là une chose grave [et pénible pour les gens], sauf pour ceux que
Dieu guide. [prémunit leurs cœurs]. Ce n'est pas [une raison]
pour que Dieu fasse perdre [la valeur ou le bénéfice] de la foi [antérieure
des croyants], car Dieu est vraiment plein de Compassion et Il est
Miséricordieux envers les hommes [c'est dire qu'Il n'annulera point les
bonnes œuvres accomplies par les croyants avant le changement de l'orientation
de la prière.]
-
Jâbir
Ibn 'Abd Allah rapporte que le Prophète a dit : "Au Jour de la
résurrection, ma communauté et moi, nous serons sur une colline d'où nous
pourrons voir les créatures. Il n'y aura personne dans les diverses
communautés qui ne souhaitera pas faire partie de la mienne. - Ô ma
communauté ! Sachez-le ! - Il n'y aura pas un seul prophète qui aura été
déclaré menteur par les siens sans que nous soyons témoins ce Jour-là
qu'il a effectivement fait parvenir le Message de son Seigneur et qu'il a
effectivement prodigué des conseils".
144
- Certes, Nous te voyons tourner ton visage vers le ciel [attendant une
révélation de ton Seigneur et espérant ardemment l'ordre d'une orientation
vers la Ka'ba qui était celle d'Abraham]. Aussi, te faisons-Nous orienter
vers une direction de ta convenance. Tourne donc ton visage [oriente ta
prière] du côté de la Mosquée Sacrée [la Ka'ba]. Où que vous
soyez [sur terre et sur les mers, ô vous les Musulmans], tournez-y vos
faces [en accomplissant votre prière]. Les détenteurs du Livre savent
bien [que ce changement de la qibla] est la vérité [contenue dans
leurs Livres qui décrivent les caractéristiques du dernier des envoyés lequel
se tournera du côté de la Ka'ba pour s'acquitter de son devoir religieux parce
que c'était la qibla d'Abraham] venant de leur Seigneur. [Ô Musulmans
!] Dieu n'est pas inattentif à ce qu'ils font [à savoir que les Juifs
ne reconnaîtront pas cet ordre divin et ne s'y conformeront pas].
-
Pendant
une période donnée, les musulmans se tournaient vers la même direction
que les Juifs et les Chrétiens qui regardaient du côté de Jérusalem en
tant que cité sacrée. Cette position ne revêtait pas pour autant un
caractère universel. En effet, certains Juifs ne se tournèrent
spécialement du côté de Jérusalem que durant leur captivité. Au temps
du Prophète, Jérusalem était entre les mains des Byzantins qui
professaient la religion chrétienne. Les Chrétiens orientaient leurs
églises du côté de l'est pour des raisons géographiques et non pas en
tant que direction sacrée. Plus tard, ils adoptèrent des sens différents.
C'est donc que l'islam recherchait une qibla unique qui symbolisera l'unité
de tous les croyants.
Ainsi, cette orientation est une question de discipline et d'ordre. Plutôt
que de voir les croyants, les uns se tournant à gauche et les autres à
droite, leur attitude commune donne à leur communauté plus de cohésion et
de force. N'est-il pas impressionnant d'observer une foule de gens, alignés
coude à coude, accomplissant leur devoir religieux dans le même sens ?
145
- Si tu produisais toutes les preuves [concernant la véracité de ce
changement de la qibla] à ceux qui détiennent le Livre, ils ne suivraient
pas,[par obstination], ta qibla [et n'adhéreront pas à ta religion]
! A toi, de ne pas suivre la leur. [D'ailleurs] les uns [les Juifs] ne
suivent pas la direction des autres [les Chrétiens]. Mais, si tu te
conformais à leurs passions [qui t'incitent à prendre leur désir pour une
réalité] malgré la science [la révélation qui institue, entre
autres, la nouvelle qibla] que tu as reçue, tu serais certainement [en
te conformant à leur volonté] du nombre des injustes.
146 - Ceux [Les Juifs et les Chrétiens] à qui Nous avons
donné le Livre, reconnaissent [les traits caractéristiques et moraux de
Muhammad puisqu'ils sont contenus dans la Torah et dans l'Évangile] comme
ils reconnaissent leurs propres enfants .Cependant, une partie d'entre eux
dissimule consciemment la Vérité [les caractéristique en question qui
attestent que Muhammad est l'Envoyé de Dieu], alors qu'ils connaissent [sans
aucun doute, cette vérité concernant le Sceau des envoyés mais ils la camouflent
volontairement]!
147 - La vérité émane de ton Seigneur. Ne sois pas donc [ô
Muhammad !] de ceux qui doutent [de ce que Nous t'avons révélé au
sujet de la qibla, qui est bien celle d'Abraham, et de ta description dans les
Écritures des Gens du Livre].
-
Le
discours s'adresse au Prophète et, à travers lui, à tous les croyants. Ce
que Dieu t'a révélé concernant la religion en générale et la direction
de la prière en particulier est bien le Vrai. C'est que la Vérité ne
procède que de Lui ; elle reste toujours la Vérité combien même les
Juifs et les Chrétiens cherchent-ils à la masquer, à jeter le doute sur
elle ou à la tenir secrète. Ne sois donc pas au nombre des sceptiques au
sujet de la nouvelle qibla.
"Quelqu'un dira peut-être, dit Tabari : Mais le Prophète avait-il un
doute à ce sujet pour qu'il faille lui dire cela ? Nous répondrons que
cela fait partie d'un type de discours arabe qui énonce un ordre à
quelqu'un [en l'occurrence à Muhammad] alors que cet ordre ou cet interdit
s'adresse en réalité à d'autres personnes [en l'occurrence la communauté
de Muhammad].".
148
- A chacune [des communautés religieuses] son orientation [sa
qibla] vers laquelle elle se tourne [pour accomplir sa prière].
Efforcez-vous de vous surpasser donc dans les bonnes œuvres [l'acceptation
des prescriptions de Dieu et l'obéissance à Ses commandements] où que vous
soyez, car Dieu, [le Jour de la résurrection], vous rassemblera tous
devant Lui [jugera vos actes et vous rétribuera en conséquence], car
Dieu est, certes, Omnipotent.
149 - Quel que soit l'endroit où que tu te rendes [au
cours de tes voyages], tourne ton visage vers la Mosquée sacrée. C'est là
qu'est la Vérité émanant de ton Seigneur. Dieu n'est pas inattentif à ce que
vous faites [comme le fait, entre autres, de ceux qui dissimulent la vraie
qibla d'Abraham et la contestent].
150 - Quel que soit l'endroit où tu te rends, tourne ton
visage vers la Mosquée sacrée. Où que vous soyez [voyageant sur terre ou
naviguant sur les mers, ô vous tous les Musulmans !], tournez vos visages de
son côté, afin que les gens [les Juifs qui, par jalousie, prétendent que
vous vous êtes détournés de la religion, et les associants qui, par
ignorance, arguent que vous vous opposez à la qibla d'Abraham] n'aient plus
d'argument contre vous, sauf les iniques d'entre eux [qui se figurent, par
entêtement, que vous êtes retournés à la religion de vos ancêtres]. Ne
craignez donc pas [leurs critiques et leurs polémiques] ; mais
craignez-Moi [en vous conformant à Mes commandements et donc, en vous
orientant du côté de la qibla] pour que Je parachève Mon bienfait [en
vous enseignant les principes et les orientations de votre religion] et que
vous soyez bien guidés [dans la voie de la Vérité] !
-
"Quel
que soit l'endroit où tu te rends" : Cette répétition a pour objet
d'insister sur cette règle concernant la prière au cours des déplacements
des croyants en de-hors de leur lieu de résidence. Il est à noter que le
verset sépare les Gens du Livre des associants parce que ces derniers,
selon Ibn Mas'ûd, dirent : "La religion de Muhammad nous rend
perplexes. Il adopte maintenant notre qibla [La Mecque]. C'est qu'il admet
que nous sommes mieux guidés que lui. Il ne tardera pas à se joindre à
nos croyances.".
L'ordre de se tourner vers la nouvelle qibla a été donné au verset 144 :
il est donné en tant que nouveau symbole de la nouvelle communauté
musulmane. Dans le verset 149, sa répétition se réfère au symbole du
bien qui doit être le but de tous, quel que soit leur point de départ et
quels que soient les points de vue arrêtés initialement. La qibla est leur
point de convergence qui les unit tous. Quant au verset 150, l'ordre est
répété d'abord à titre individuel avec l'intention de dissiper tout
malentendu et d'éliminer toute occasion propice à la controverse, et
ensuite, à titre collectif pour des rai-sons de discipline et d'ordre.
151
- Ainsi, [Ô vous les croyants !] Nous avons choisi parmi vous [de
votre descendance] un Messager [Muhammad] qui vous récite Nos versets
[le Coran], vous purifie [des germes de l'associationnisme de sorte que
votre tawhîd soit complètement pur], vous enseigne le Livre [le Coran
et ce qu'il contient en matière de] Sagesse [tels que le licite et
l'illicite, le convenable et le blâmable] et vous enseigne [entre
autres, le récit des peuples anciens] que [jusqu'à ce jour, soit avant
la révélation du Coran] vous ne saviez pas.
-
Le
verset, lié au précédent, s'adresse aux croyants : Comme j'ai achevé Mon
bienfait à votre égard. C'est une réponse au vœu exprimé par Abraham et
Ismaël après avoir édifié la Ka'ba, à avoir fait de La Mecque un
sanctuaire sacré (verset 126), instituer une communauté soumise (verset
128) et susciter un prophète de leur lignée (verset 129).
152
- Souvenez-vous de Moi donc [dans les moments d'aise, au moyen de prières,
de glorification et de louanges…], Je Me souviendrai de vous [dans les
moments d'embarras et lors de la rétribution de vos actes]. Remerciez-Moi [pour
Mes bienfaits en M'obéissant] et ne soyez pas ingrats envers Moi [en Me
désobéissant] !
-
Il
est question ici essentiellement du dhikr, soit l'acte de se souvenir de
Dieu. Moïse avait dit : "Ô Seigneur ! Comment pourrais-je Te
remercier ?" Dieu lui répondit : "Souviens-toi de Moi et ne
M'oublie pas. En te rappelant de Moi, tu Me remercies. En M'oubliant, tu te
prêtes à l'impiété."
D'une manière générale, le dhikr revêt plusieurs associations d'idées
dans la littérature religieuse de l'Islam, spécialement dans celle des
soufis. Dans sa signification verbale, il implique, entre autres, de
fréquentes louanges adressées à Dieu, l'évocation répétée de Son nom
et de Ses attributs et la célébration de Sa gloire. Il y a le dhikr de la
pensée et celui du cœur ; l'un conduit à l'autre. Dans de nombreux cas,
les deux sont menés simultanément.
LA PATIENCE DEVANT L'ADVERSITE
1 - Patience et prière :
153 - Ô vous les croyants ! [En vue de la vie dernière],
armez-vous de patience [devant l'adversité, les autres épreuves difficiles
de la vie et dans l'accomplissement de vos devoirs religieux] et [aussi
en multipliant les] des prières [tant l'obligation de la salât, pilier
de la religion, est à la fois grande et importante]. Car Dieu est
certainement avec les endurants [et leur apporte sûrement Son aide et Son
assistance].
-
C'est
par la patience qu'il est possible de soulager les maux moraux et physiques
suscités par les tourments de la vie. Elle favorise les vertus qui de
renforcent la volonté et font mûrir les décisions. Quant à la prière,
elle éloigne l'immoral et l'exécrable. Haqqânî la définit ainsi dans
son commentaire du Coran : C'est la raison qui étouffe ou retient la peur,
la colère et le désir. Quelle est la récompense qui peut être plus
élevée que celle d'avoir Dieu à ses côtés lorsque nous parvenons à
contenir nos élans désordonnés au moyen de la patience ?
2
- Les morts sur le sentier de Dieu sont vivants :
154 - Ne dites pas de ceux qui sont tués pour la cause de Dieu qu'ils
sont morts [comme tous les autres morts]. Au contraire, ils sont vivants
[leurs âmes se trouvent dans les demeures d'oiseaux, aux couleurs verdoyants
qui volent ici et là au Paradis]; mais vous en avez pas conscience [vous
n'avez pas vraiment connaissance du bonheur dans lequel ils vivent].
-
La
patience et la prière mentionnées dans le précédent verset ne se
comprennent pas comme des actes passifs. Au contraire, elles se présentent
comme une recherche active de ce que Dieu agrée, y compris au prix du
sacrifie de sa vie. Ceux qui meurent pour la cause de Dieu sont appelés des
martyrs [shuhadâ plu. de sha-hîd].
La patience revêt deux formes : Patienter pour ne pas désobéir à Dieu :
l'auteur est un mujâhid. Patienter pour mieux obéir à Dieu : l'auteur est
un adorateur. Cette dernière forme reçoit plus de récompense que la première.
Le signe de la patience est : la sérénité du cœur devant ce que l'âme
reçoit, qu'il s'agisse du bien ou du mal.
3
- Epreuves subies par l'homme durant sa vie :
155 - Certes, Nous éprouverons [votre foi] par un peu de peur [face
à l'ennemi et à divers dangers], de faim [à la suite de possibles
pénuries alimentaires] et de diminution dans vos biens [par les
destructions, les incendies…], dans vos personnes [la maladie, la mort
accidentelle ou naturelle] et vos récoltes [à la suite de fortes chutes
de la grêle par exemple ou à la suite d'une sécheresse]. Annonce [ô
Muhammad !] la bonne nouvelle [celle des délices qu'ils savoureront au
Paradis] à ceux qui endurent [patiemment ces épreuves],
156 - à ceux qui disent, quand un malheur les atteint : "Certes [en
fidèles serviteurs, obéissant à Ses commandements], nous appartenons à
Dieu et c'est à Lui [qu'après notre mort] nous retournerons [et Il
nous rétribuera en conséquence]." .
-
Le
Prophète a dit : "Lorsqu'un enfant d'un serviteur meurt, Dieu
dit aux anges :
- "Vous avez ôté la vie d'un enfant de Mon serviteur.
- Oui, répondront-ils.
- Vous avez ôté le fruit de son cœur.
- C'est exact.
- Et qu'a dit Mon serviteur.
- Il T'a loué et il est revenu à Toi.
- Construisez à Mon serviteur une demeure au Paradis et nommez-la : la
maison de la louange.".
157 - Ceux-là recevront les bénédictions de leur Seigneur et
Sa miséricorde ; ceux-là sont bien guidés [car Ils suivent la Voie de la
rectitude.]
-
Devant le malheur, le bon croyant dit : Nous sommes à Dieu et nous
retournerons à Lui. [Inna li Llâhi , wa inna ilay-hi râji'ûn]. Cette
formule :
*
Marque la foi en l'Unicité de Dieu.
* Établit Sa seigneurie dans tous les domaines de la vie.
* Énonce aussi la certitude d'une autre vie dans l'Au-delà.
LE CIRCUIT ENTRE SAFA ET MARWA
158 - [Le circuit entre] as-Safâ et al-Marwâ [deux monticules situés à La
Mecque, non loin de la Ka'ba] sont parmi les rites [sha'âyir] sacrés de Dieu
[des Signe de Sa religion dont Il a prescrit l'accomplissement]. Quiconque
effectue le Hajj [Le pèlerinage communautaire] à la Maison ou la 'Umra [le
pèlerinage volontaire] ne commet pas de péché s'il accomplit le parcours
entre l'un et l'autre . Quiconque s'acquitte de son propre gré d'une bonne
œuvre [en accomplissant ce parcours supplémentaire, le pèlerin s'acquitte
d'une bonne action], alors Dieu est Reconnaissant, Connaissant [de ce qu'il aura
fait].
-
Hajj
dérive du verbe hajja qui veut dire revenir souvent en un lieu. Le croyant,
ayant effectué le pèlerinage, est appelé hajj car il revient vers la
Ka'ba avant d'aller à 'Arafât et en revenant à La Mecque. Après avoir
passé la nuit à Minâ, il revient encore une fois à la Maison de Dieu.
Quant à Safâ et Marwâ, ce sont les noms des deux collines situées près
le la Ka'ba. Elles représentent les deux repérages des rites de la
religion ? Ainsi, celui qui envisage de se rendre à la Maison de Dieu, pour
accomplir le grand et le petit pèlerinage, ne commet aucun péché s'il
effectue le parcours entre ces deux points de signalisation. En effet, si
les associants parcouraient cette distance en passant les mains sur les deux
idoles placées, l'un à Safâ, appelée Asâf, et l'autre sur Marwâ,
nommée Na'ila, faites le même circuit mais pour Dieu le Seigneur des
univers. N'abandonnez donc pas ce rite institué, sous l'inspiration de
Dieu, par Abraham et son fils Ismaël, par crainte de vous identifier aux
associants.
Les écoles juridiques divergent quant à l'importance à accorder au
circuit de Safâ et Marwâ. Des fuqaha disent que celui qui a omis de faire
le parcours, étant un ordre de Dieu, ne peut prétendre le compenser par un
sacrifice expiatoire. D'autres affirment que le sacrifice compensatoire est
valable en cas d'omission, d'autres encore considèrent que cela est laissé
à la bonne volonté du croyant : il peut accomplir le trajet prévu ou s'en
abstenir, sans qu'il y est, de sa part, aucune compensation expiatoire.
Quant à Tabari, il partage le premier point de vue : Dès lors que le hajj
est obligatoire, le parcours l'est également ; il ne peut pas être, par
conséquent surérogatoire.
159 - Certes, [Les Juifs] qui cachent [aux gens] ce que Nous avons fait
descendre en fait de preuves et de guidance [tels que la question de la
lapidation et les caractéristiques de Muhammad] après les avoir explicitées
aux gens [aux Fils d'Israël], dans le Livre [la Torah], ceux-là Dieu les
maudit [les éloigne de Sa Miséricorde et les châtiera comme il se doit] et
les maudisseurs [les anges et les croyants] les maudissent [également].,
-
Le Coran précise : "… ceux qui suivent l'Envoyé, le Prophète illettré
[Ummî], qu'ils trouvent chez eux inscrits dans la Torah comme dans
l'Évangile." (S.7, 157).
-
Ce verset, bien que faisant spécifiquement allusion aux Gens du Livre, revêt
un caractère général. Il s'étend à tous ceux qui, détenant une science, la
gardent pour eux-mêmes et refusent de la faire connaître. C'est dire que
l'Islam incite à la diffusion du savoir dans tous les milieux. Le Prophète a
dit : "celui qui est interrogé au sujet d'une science qu'il connaît et
qui la dissimule, sera tenu, au Jour de la résurrection, par des brides de
fer.".
160 - Sauf ceux qui, [après avoir abandonné leur Judaïsme] se repentent
[reviennent à Dieu et embrassent donc l'Islam], se réforment [corrigent leurs
actes] et dévoilent [ce qu'ils ont dissimulé] : ceux-là, Je leur pardonne
[J'accepte leur repentir et J'efface donc leurs péchés antérieurs], car Je
suis l'Enclin au repentir [prompt, chaque fois, à passer outre les péchés des
gens sincères], le Miséricordieux [à l'égard des croyants et de ceux qui,
repentis, meurent dans la soumission].
161 - Mais, ceux qui ne croient pas et meurent dans l'impiété, connaîtront la
malédiction de Dieu, des anges et de tous les hommes [en ce monde et dans
l'Au-delà].
162 - Ils y demeureront éternellement [dans cette malédiction et en Enfer] ;
le châtiment ne leur sera pas allégé, et on ne leur accordera pas de répit.
L'UNICITE
DE DIEU ET SA PUISSANCE CREATRICE
Après avoir décrit l'état de ceux qui dissimulent Ses versets, en
l'occurrence les Gens du Livre, Dieu expose les preuves de Son unicité et de Sa
puissance créatrice à l'intention des idolâtres et de tous les associants.
Dans le premier cas, Dieu condamne l'exclusivisme dont les gens du Livre
revêtent la religion et, de ce fait, leur procédé de cacher la Vérité au
point de miner les fondements universels de la révélation. Dans le second cas,
il aborde la condamnation d'un autre type de dispositions religieuses, celui des
associants qui se montrent systématiquement hostiles à l'Unicité de Dieu et
à Sa souveraineté absolue. Il commence par mentionner les Signes du monde
supérieur pour arriver à ceux du monde inférieur afin que les hommes, doués
de raison, puissent observer leur environnement, réfléchir et tirer les
conclusions rationnelles correspondantes. Il n'en reste pas moins que les deux
positions, celle des Gens du Livre et des associants, à l'égard du Prophète
et de sa mission, portent en elles la même gravité dès lors qu'elles faussent
la vérité de Dieu et limitent la portée universelle de Son message
communiqué par tous les envoyés et les prophètes depuis l'aube de
l'humanité.
Il a été demandé au Prophète de décrire son Seigneur et d'apporter les
Signes de Son existence, de Son Unicité et de Sa puissance. C'est alors que
Dieu révéla ce qui suit :
1 - Unicité et Miséricorde de Dieu :
163 - Votre Dieu, [auquel doit être voué un culte sans partage], est un Dieu
Unique [sans descendance et sans égal quant à Ses attributs et à Son
essence]. Il n'est de Dieu que Lui, le Tout Miséricordieux (ar-Rahmân) le
Très Miséricordieux (ar-Rahîm).
2 - Sa puissance créatrice :
164 - Il y a, certes, dans la création des cieux et de la terre [et dans ce
qu'ils contiennent de merveilleux], dans l'alternance du jour et de la nuit
[leur va et vient et leur durée variable], dans les vaisseaux qui voguent sur
la mer [sans être retenus par quoi que ce soit], chargé de choses [diverses et
multiples marchandises] utiles aux hommes, dans l'eau [la pluie] que Dieu fait
descendre du ciel et qui redonne vie à la terre [la rendant verdoyante], après
sa mort [après avoir été sèche] où Il répand des animaux de toute espèce
[mâles et femelles qui se nourrissent de sa végétation], dans la variation
des vents [qui soufflent d'est en ouest et du nord au sud, tantôt avec
violence, tantôt avec douceur] et des nuages assujettis [par Dieu] à une
fonction entre le ciel et la terre, il y a certainement dans tout cela des
signes [des preuves incontestables de l'Unicité et de la puissance de Dieu]
pour un peuple en mesure de raisonner.
-
"Dieu,
dit Tabari, fait savoir que les mondes n'ont d'autre Seigneur que Lui, que
rien d'autre que Lui ne saurait être adoré et que tout autre que Lui ne
peut être qu'une de Ses créatures. Or, toutes les créatures Lui doivent
obéissance et soumission et sont tenues de Lui rendre le culte qui convient
à Son unicité et à Sa Divinité. Cette fonction ne revient qu'à Lui
seul, car tout le bienfait qui parvient aux créatures dans ce monde ou dans
l'Autre lui est dû alors que ses idoles et tout ce que les êtres Lui
associeraient ne leur nuiraient et ne leur profiteraient en rien, ni dans
l'immédiat, ni au terme de l'existence, ni dans ce monde ici-bas, ni dans
l'Autre.".
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