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Le Minaret

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Sourate 2 al-Baquara (Commentaire V165-176) Convertir en PDF Version imprimable
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Sourate 2 al-Baquara (V165-176)

Étude et exégèse de la deuxième sourate

Tahar Gaïd

La relation des dénégateurs avec leurs divinités.
Le crime de donner à Dieu des égaux


165 - Parmi les hommes, il en est qui prennent, en dehors de Dieu, des égaux [des idoles] à Lui, et les aiment [les glorifient et se soumettent à eux] du même amour que Dieu . Or les croyants, [parce qu'ils n'ont aucune considération pour les idoles et éprouvent même de l'aversion], aiment Dieu d'un amour plus ardent. [Ô Muhammad !] Quand les iniques [ces associants qui considéraient les idoles, la richesse et leurs chefs comme des égaux à Dieu] verront le châtiment [au Jour de la résurrection], ils sauront [à ce moment] que la puissance appartient entièrement à Dieu et que Dieu est impitoyable en Son châtiment [envers les idolâtres, alors ils auraient cru en Lui en ce monde.]

  • Le culte pratiqué par les égarés peut porter sur des créatures forgées par leur imagination ou produites par le mauvais emploi de leurs facultés intellectuelles, soit sur des leaders en qui ils voient des sauveteurs de leur nation, soit encore sur des idoles (au sens modernes) qui, en vérité, pervertissent leurs sentiments et les détournent de l'amour de Dieu. Si tous ces gens ouvraient tout à fait l'œil de leur cœur, ils se rendraient compte de leur blasphème et briseraient alors les relations artificielles qu'ils entretiennent avec ces fausses divinités du monde moderne.


166 - Quand les menteurs [les chefs de files des idolâtres] désavoueront [l'égarement des pervers] qui les ont suivi, une fois qu'ils [les chefs et leurs adeptes] verront, [le Jour de la résurrection] le châtiment [après avoir pris connaissance de leurs graves péchés], les liens [de parenté et d'amitié qui existaient] entre eux [en ce monde] seront rompus !


167 - Et ceux qui les ont suivis diront : "Ah ! Si nous pouvions revenir sur notre chemin [revenir en ce monde], nous nous désolidariserions [de ce qui nous avons suivis] comme eux-mêmes se sont [dans l'Au-delà] désolidarisés de nous !" - Dieu leur montrera leurs [mauvaises] œuvres qu'ils regretteront. Mais ils [les chefs et leurs acolytes] ne pourront pas, pour autant, sortir du Feu [une fois qu'ils auront été jetés dedans].


Le shirk [l'associationnisme] est le plus grave péché que Dieu ne pardonne pas. "Certes, Dieu ne pardonne pas qu'on Lui donne un associé. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. Mais quiconque donne à Dieu un associé commet un énorme péché." (S. 4, 48)
Ibn Mas'ûd a rapporté, selon Bukhâri et Muslim cette réponse du Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - quand on lui a demandé : Quel était le plus grand des péchés, il répondit : "C'est de donner un égal à Dieu alors que c'est Lui qui t'a créé.".

Réglementation de la nourriture


Avant de procéder à l'explication des versets relatifs à la réglementation de la nourriture, le traducteur d'une partie de l'œuvre de Tabari, résume les grandes lignes des passages précédents.
Les versets de transition 124 à 141 avaient rappelé la nature profonde de l'orientation spirituelle ainsi que la stricte continuité et l'identité essentielle, entre la Tradition abrahamique et la Tradition Muhammadienne.
Jusqu'à présent, la seconde partie de la sourate (allant du verset 142 au verset 286) avait un caractère général et introductif. A l'exception des versets instituant l'orientation rituelle islamique (142 à 151) et du verset sur le parcours entre Safâ et Marwâ (158), les autres versets concernent plutôt des dispositions intérieures devant accompagner l'orientation rituelle extérieure :

  • Rappel de l'importance de l'invocation, de la constance et de la prière (152 à 157)

  • Rappel du respect dû aux lieux saints (158) et aux vérités énoncées dans l'Écriture (159 à 162)

  • Rappel du but véritable de l'orientation : l'Unicité divine (163), invitation à voir les Signes de cette Unicité dans la Manifestation (164) et à ne pas substituer a Dieu quant à son amour un autre que Lui. (165 à 167).

  • Rappel des conséquences ultimes de la dissimulation des impies à l'égard de ces vérités et de la désobéissance à Dieu (159 à 162 et 165 à 167).

168 - Ô hommes ! Mangez ce que la terre offre de licite et de bon ; ne suivez pas les traces [les voies embellies] de Satan : il est pour vous un ennemi manifeste.

  • C'est un appel qui ne s'adresse pas seulement aux Musulmans mais à l'ensemble de l'humanité quelle que soit leur conviction religieuse. Il faut dire aussi que les restrictions imposées aux Musulmans ne sont pas le propre de l'Islam. Dans toutes les sociétés, les États réglementent la vie de leurs citoyens en imposant des limites à certaines consommations tel que, par exemple, l'abus des boissons alcooliques.


169 - Il ne vous commande que le mal [le péché], la turpitude [le mauvais du point de vue légal] et de dire contre Dieu ce que vous ne savez pas [à savoir de prendre l'illicite pour le licite et le blâmable pour le convenable.]


L'imitation aveugle des anciens


170 - Quand on dit [aux impies] : "Conformez-vous à ce que Dieu a fait descendre [en matière de tawhîd et de licité des nourritures]", ils disent : "Non ! Au contraire, nous nous conformons aux coutumes de nos pères [qui adoraient les idoles et consommaient ce qu'ils désiraient]." - [Vont-ils suivre leur exemple] même si leurs ancêtres n'avaient pas raisonné [sainement au sujet de la religion] et s'ils ne s'étaient pas guidés convenablement ?

  • Cette imitation des anciens peut concerner aussi les Gens du Livre. Aussi, quand on leur dit : "Suivez le Coran que Dieu a révélé à Muhammad en déclarant licites ce qu'il vous ordonne de manger et d'abandonner ce qui vous maintient dans l'ignorance et vous égare". Ils répondent : "Non ! Nous préférons pratiquer ce que nos aïeux, plus instruits que nous dans le domaine de la religion, nous ont légués en matière d'illicite et de licite.".
    Étant l'ennemi juré des hommes, Satan ne les encourage pas à consommer les choses licites et bonnes, mais les entraîne dans les sentiers du mal, c'est-à-dire de la désobéissance. Il ne manque pas de fourvoyer dans la mauvaise direction ceux qui se laissent tromper par ses incitations à la perversité et à l'immoralité et, partant, à les pousser à accomplir des actes interdits tells que la consommation d'une certaine nourriture, et de les éloigner de ce qu'Il leur ordonne de faire dans leur propre intérêt, en prétendant que c'est Dieu qui en a décidé ainsi.


LES DENEGATEURS S'IDENTIFIENT AUX ANIMAUX


171 - Les [attributs des] mécréants sont comme ceux du bétail [appelé par le berger ou son propriétaire à manger ou à boire] : [il ne comprend rien à leur parole car] il n'entend [en fait] que des cris et des voix confus. Sourds [à la vérité], muets [incapables de la formuler] et aveugles [incapables de voir la voie de la rectitude], [ces mécréants] ne comprennent point [eux aussi les enseignements de Dieu et les exhortations de Son Envoyé.].

  • Les dénégateurs écoutent le Coran mais ils ne saisissent pas sa signification et sa portée. En fait, ils tournent le dos à la Parole de Dieu parce qu'ils ne font pas usage de leur raison. Il est dit dans une autre sourate : "Crois-tu que la plupart ils entendent ou bien raisonnent ? Ils sont seulement comme les troupeaux et plus faciles encore à perdre le chemin ". (S.25, 44)

Énumération des nourritures illicites


172 - Ô les croyants ! Mangez des bonnes nourritures [celles qui sont licites] que Nous vous avons attribuées [en produits de la terre et du bétail]. Remerciez Dieu [pour vous avoir rendu licites certaines nourritures], si, effectivement, vous L'adorez.

  • Au début, l'appel était adressé à tous les hommes. A présent, l'adresse concerne les croyants auxquels il est ordonné de manger ce qui leur était interdits, bien que licites, dans la Jâhiliyya. Le verset suivant donne des précisions sans pour autant être exhaustif. Le verset trois de la sourate cinq donne plus de détails.

173 - Il vous interdit la chair morte [exception faite du poisson et de la sauterelle], le sang, la viande de porc et tout sur quoi il a été invoqué [un nom] autre que Dieu. Par contre, Il n'y a pas de péché pour celui qui en consomme, contraint par la nécessité, sans pour autant le faire délibérément et avec volonté de transgresser, car Dieu est Tout pardon, Miséricordieux

  • La chair morte (al-maytata) : animal qui meurt naturellement ou accidentellement. Autrement dit qu'il n'a pas été immolé et que le takbîr n'a pas été prononcé. Quant au sang : selon les coutumes du paganisme, les Arabes consommaient du sang congelé qu'ils faisaient frire.
    Ibn Zayd donne cette clarification au sujet du dernier pas-sage : "Celui qui en consomme par convoitise, substitue délibérément le licite par l'illicite ; il abandonne intentionnellement le licite à sa portée et s'enhardit à manger l'illicite, celui-là est transgresseur."
    Il n'est pas possible d'entrer dans tous les détails. Limitons-nous à certaines indications. Ainsi, il convient d'ajouter l'interdiction de la chair du chien, du chat, du mulet et de l'âne. Celle du cheval, bien que licite, n'est pas néanmoins recommandée. Ajoutons que la consommation de la grenouille, par exemple, est admise par les mâlikites. Les hanafites et les shâfi'ites optent pour le cas contraire.
    Ad-Dâraqî a dit : "Deux chairs mortes nous ont été rendues licites : le poisson et la sauterelle. Et deux " sangs " sont licites : le foie et la rate". Il reste que les mâlikites posent comme condition d'égorger la sauterelle. Celle-ci, morte, sa consommation, disent-ils, est interdite.
    La consommation de l'animal, qui vit dans l'eau, prête à divergence entre les fuqaha. L'école hanafite : à l'exception du poisson, la consommation de tout ce qui vit dans l'eau, est prohibé. Il est licite de manger le poisson sans qu'il soit égorgé, sauf celui qui, après sa mort, flotte dans l'eau. Les autres écoles permettent la consommation de tout ce qui vit dans l'eau, quelle que soit la façon dont il a été tué, comme le fait de heurter un rocher, à la suite du débordement de l'eau sur les rives. Toute-fois, si le poisson flotte longtemps dans l'eau, sa consommation n'est pas recommandée à cause des maladies qu'il peut provoquer. L'imam Mâlik partage ce dernier point de vue, sauf pour le "cochon d'eau " dont il défend la consommation.


Le schisme : conséquence de la dissimulation de la révélation


174 - Ceux [à savoir les Juifs de Médine] qui cachent ce que Dieu a fait descendre du Livre et le troque [leur écrit] à vil prix [en faisant croire qu'il provient de Dieu], ceux-là ne s'emplissent les entrailles que de Feu. Dieu [Courroucé par leur œuvre infâme] ne leur adressera pas la parole, au Jour de la résurrection, et ne les purifiera pas [des souillures de leurs péchés]. Ils sont voués à un douloureux châtiment [celui du Feu].


175 - Ceux-là, échangent, [en ce monde], la vérité [la foi] par l'errance [l'impiété] et le châtiment [par le Feu de l'Au-delà] par le Pardon [du Paradis]. Quelle endurance [à supporter] le Feu ? [Ceci est dit avec ironie : c'est-à-dire : Quelle audace !]


176 - C'est que Dieu fait descendre le Livre avec la Vérité. Ceux qui divergent à son sujet se rendent [coupables] de schisme.


Ce verset met en évidence la cause fondamentale des errements de ces réfractaires à la Loi divine. Le douloureux châtiment s'explique par le fait que Dieu a fait descendre la Torah qui expose le vrai mais les transgresseurs dissimulent et manipulent son contenu. Ceux qui, interprètent à leur manière ce que Dieu a révélé s'engagent dans des controverses dont les contra-dictions les éloignent de la Vérité et se rendent coupables des scissions qui s'opèrent. Ceci confirme le verset expliqué plus haut : "S'ils croient comme vous croyez, c'est qu'ils se guident bien et s'ils s'en détournent, ils ne sont que des schismatiques.". (S.2, 137)


Les divergences sur les fondements de la religion et les questions qui s'y rattachent constituent des éléments destructeurs de toute religion. C'est pourquoi, Dieu ordonne aux croyants de s'unir et de s'engager dans la même Voie en se référant à la seule doctrine divine contenue dans le Livre et la Sunna de Son Envoyé. "Voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc ; et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Ainsi atteindrez-vous la piété.". (S.6, 153).


Dieu met en garde les croyants contre leur division en plu-sieurs sectes du point de vue des convictions dogmatiques et des fondements de la religion. A cet effet, Il dit, s'adressant à Son Prophète : "Ceux qui émiettent leur religion et se divisent en sectes, de ceux-là tu n'es responsable en rien : leur sort ne dépend que de Dieu. Puis Il les informera de ce qu'ils faisaient." (S.6, 159).


Il convient de distinguer entre les divergences dogmatiques et celles qui portent sur la compréhension des textes et le produit des efforts intellectuels pour dégager des règles juridiques appropriées sur la base du Coran et de la Sunna. Ce dernier aspect est, au contraire, recommandé et encouragé. Mieux encore, celui qui aboutit à des conclusions satisfaisantes aura deux salaires. Quant à celui qui, de bonne foi, commet une erreur, aura un seul salaire pour les efforts qu'il a réalisés.
Ainsi, Dieu menace trois catégories de gens :
1 - Ceux qui dissimulent la Vérité.
2 - Ceux qui commercialisent leur religion.
3 - Ceux qui divergent quant à la doctrine portant sur les fondements immuables de la religion.

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