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Sourate 2 al-Baquara
(V177-182)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Définition
de la piété et ses manifestations
1 - DEFINITION :
177 - La piété (al-birr) ne consiste pas [lors de la
prière] à tourner vos faces vers l'Orient ou l'Occident, mais elle consiste
à croire en Dieu, au Jour dernier, aux anges, au Livre et aux prophètes, de
donner de son bien, quel que soit l'amour qu'on lui porte, aux proches, aux
orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs, aux mendiants et pour la libération
des esclaves et [des captifs de guerre], à accomplir la prière
canonique, à s'acquitter de la akât [l'aumône purificatrice], à
respecter les engagements pris [vis-à-vis de Dieu et des hommes], à se
montrer endurants dans la misère et la maladie [ou toute autre douleur]
et [au moment où la bataille dans le sentier de Dieu est à son paroxysme] :
ceux-là sont les véridiques [quant à leur foi] et les voilà les vrais
pieux [qui craignent vraiment Dieu] !
-
Al-birr est
traduit par piété, comme il peut l'être aussi par charité, bonté, bel
agir. Il s'ensuit que : la piété, c'est-à-dire commander le bien et
interdire le blâmable, ne se limite pas au seul fait de tourner sa face du
côté du Levant ou du Couchant au moment de l'accomplissement de la
prière. Ce qui revient à Dire que la religion ne se résume pas à un
formalisme rigide et sans âme. Plutôt que de replacer le verset dans son
contexte historique, il serait certainement plus utile d'y voir son
caractère universel et de définir ce que devraient être le comportement
du musulman, d'une manière générale, et la politique d'un état musulman,
tout au moins dans une de ses activités " nationales ". Le sens
complet de la piété couvre un champ plus vaste où s'inscrivent l'amour de
Dieu et l'amour de son prochain. Il est possible de ranger cette vertu dans
cinq catégories, les unes agissant sur les autres :
1 - Croire vraiment et sincèrement à l'invisible et au visible :
* Croire en Dieu,
* au Jour dernier,
* aux anges,
* aux Livres révélés,
* et aux prophètes.
2 - Manifester cette croyance à travers l'organisation de la vie
communautaire :
* Donner de son bien, malgré l'attachement qu'on lui porte :
* Aux proches, étant les premiers concernés,
* aux orphelins en bas âge qui ont perdu leur père,
* aux pauvres sans ressources matérielles,
* aux voyageurs de passage quelle que soit leur condition sociale.
* et pour l'affranchissement des esclaves ou la libération des prisonniers
de guerre.
Cette activité, à titre individuel ou étatique aura pour objet,
d'entretenir la solidarité, et de sortir les croyants du besoin.
3 - Les pratiques cultuelles en toute circonstance :
Accomplir les deux piliers de l'Islam : faire la prière et donner la
zakât. La prière collective, en mettant les orants les uns aux côtés des
autres, pauvres et riches, puissants et humbles, combat l'orgueil qui mine
la personne humaine et renforce la solidarité communautaire. Quant à la
purification des biens par le biais de la zakât, elle combat l'égoïsme et
donne le sens des priorités sociales (famille, voisin, voyageur, étudiant,
etc.) tant pour l'individu que pour l'état.
4 - L'activité commerciale et économique en général :
S'acquitter des engagements lorsqu'ils sont contractés
particulièrement vis-à-vis de Dieu et, par exemple, des traités
commerciaux, lorsqu'ils engagent l'individu ou l'État. De la sorte,
l'entente et la concorde s'établissent entre les citoyens, d'une part, le
bon voisinage et la confiance s'instaure sur le plan national et
international, d'autre part.
5 - L'aspect moral et psychologique :
Être patient devant l'adversité, le malheur et le danger. L'exercice,
en toute occasion, de ces vertus, affermit la volonté de l'homme d'être
digne de la charge qui lui à été confié, en vue de plaire à son
Seigneur.
2
- LA LOI DU TALION :
178 - Ô les croyants ! Il vous a été prescrit la loi du talion [le
principe de la réciprocité] en cas de meurtre : un homme libre pour un
homme libre, un esclave pour un esclave, une femme pour une femme. Cependant
celui à qui son frère [en religion] aura pardonné [n'aura pas
exigé une vie pour une vie], doit le dédommager selon les convenances en
guise de prix du sang que le meurtrier doit payer de bonne grâce. C'est [cette
procédure] un allégement [une facilité] de la part de votre
Seigneur, et une miséricorde. Quiconque transgresse [commet une injustice
à l'égard de son vis-à-vis] après ces dispositions, connaîtra un
châtiment douloureux [dans l'au-delà].
-
Plusieurs
interprétations sont données au sujet du terme al-qisâs (talion). Nous
nous limiterons à en présenter la ligne directrice prescrite par le Coran,
sans entrer dans les différents cas d'espèces exposés par les exégèses.
Croyants ! Il vous est imposé, en cas de meurtre, de juger en toute
équité les deux parties, celle du meurtrier et celle de la victime, sans
recourir à des mesures coercitives. Au meurtre d'un homme libre ou d'une
femme correspondra le versement du prix du sang d'un homme libre ou d'une
femme. Autrement dit, il est interdit de se venger sur quelqu'un d'autre que
le meurtrier. Étendre la peine de mort à un non coupable, membre de sa
famille, c'est se rendre soi-même coupable d'un autre meurtre. Cependant,
les parents de la victime, dans un esprit de conciliation, font grâce à
l'auteur du crime. Dans ce cas, ils sont en droit d'exiger la diyya (prix du
sang) à titre compensatoire.
Cette dernière procédure est un allégement de la peine édictée par
votre Seigneur et une miséricorde de Sa part. Une fois après avoir gracié
le meurtrier et accepté de sa part le paiement d'une diyya, celui qui passe
outre à cet accord sera sévèrement châtié dans l'au-delà.
179 - [Certes], C'est dans le talion que vous aurez la
préservation de la vie, ô vous doués d'intelligence ! Peut-être
atteindrez-vous la piété !
ô vous qui êtes doués d'intelligence ! Sachez que la procédure de la loi du
talion vous fait gagner une vie, en ce sens que le meurtrier préserve sa vie et
celle de celui qui sera tenté, par représailles, de venger la victime. Cela
vous empêche de vous tuer mutuellement. C'est ainsi que s'arrêtera l'effusion
de sang entre les clans et que sera sauvegardée la vie des gens.
-
La loi du talion
date d'avant l'Islam au sein des peuples sémites. Elle est mentionnée,
entre autres, dans deux chapitres de l'Ancien Testament : "Si un homme
provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu'il a fait :
une fracture pour une fracture, œil pour œil, dent pour dent, on
provoquera chez lui la même infirmité qu'il a provoquée chez l'autre. Qui
frappe un animal doit rembourser, qui frappe un homme est mis à mort."
(Le Lévitique, XXIX, 19 à 21) et "Tu ne t'attendriras pas : vie pour
vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied."
(Le Deutéronome, XIX, 21).
Il est à noter que si la loi du talion est certes un droit, le Coran en
affaiblit la rigueur dès lors qu'il préconise une compensation (diyya), à
la place d'une autre vie. En d'autres termes, l'arrangement entre les deux
parties vaut mieux que la répression à exercer sur l'auteur d'un crime ou
sur sa famille. Ce qu'il y a d'important, c'est que l'Islam introduit la
possibilité du pardon. De nombreux versets le signalent : "Le
pardon est plus proche de la piété", lit-on, entre autres,
dans le verset 237 de la sourate 2.
3
- LE TESTAMENT :
180 - Il vous a été prescrit, quand [les causes de] la mort
se présentez à l'un de vous et s'il laisse des biens, de faire un testament [juste
et équitable] au profit de ses père et mère et de ses plus proches parents
conformément à l'usage. C'est une obligation pour les gens pieux.
-
Les avis
divergent au sujet de l'application de ce verset. D'aucuns avancent que son
énoncé a été abrogé par les textes plus élaborés relatifs à la
succession. D'autres, au contraire, considèrent qu'il n'est point abrogé
et que, de ce fait, il revêt un caractère obligatoire. A cet effet, la
plupart des 'ulama sont d'accord pour affirmer qu'il n'est pas permis à un
testateur de léguer plus du tiers de ses biens.
Selon le rite hanafite, il est possible de léguer toute sa fortune si le
testateur ne laisse aucun héritier. D'un autre côté, les quatre écoles
condamnent celui qui lègue en faveur d'une personne qui n'appartient pas à
sa famille alors qu'il laisse des proches dans le besoin. Le Prophète - que
Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : "Il convient de
laisser tes héritiers riches plutôt que de les laisser pauvres, tendant la
main pour avoir une aumône.".
La personne sur le point de mourir peut envisager de donner quelque bien en
aumône. Cependant, il est beaucoup plus préférable de faire la charité
au moment où l'individu est encore en bonne santé physique et mentale. Le
Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : "L'homme,
en bonne condition physique, qui donne un dirham en aumône est préférable
à celui qui en donne cent au seuil de la mort.".
181 - Quiconque modifie [le testament] après avoir
entendu [les dernières volontés du testateur], la faute incombera à
ceux qui l'ont remanié. Dieu a entendu [le vœu du testateur] et connaît
[ce que fait l'exécuteur du testament].
182 - [Par contre], quiconque craint du testateur une
partialité [volontaire ou involontaire] et réconcilie [les ayants
droit], alors, il n'assume aucun péché car Dieu est certes Tout pardon,
Miséricordieux.
-
Si un témoin
constate que le testateur, intentionnellement ou à la suite d'une erreur
involontaire, commet une injustice en léguant un bien à une personne qui
n'en a pas le droit ou que la répartition qu'il en fait, avantage l'un par
rapport aux autres, il n'assume aucune faute s'il intervient auprès de lui
pour l'amener à rectifier toute iniquité. Cette intervention peut revêtir
deux formes : la première consiste à persuader le testateur, avant son
décès, de rétablir de son plein gré le droit de chacun selon la
prescription divine. La seconde consiste à réunir les ayants droits,
après le décès, et de trouver un arrangement équitable arrangement qui
les satisfait.
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