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Sourate 2 al-Baquara
(V183-215)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
L'obligation
du jeûne du Ramadan et ses dispositions temporaires
1 - Le principe du jeûne :
183 - Ô vous les croyants ! Il vous a été prescrit le jeûne de la même
manière qu'il a été prescrit [aux peuples anciens] qui vous ont précédés
; c'est ainsi [qu'en obéissant à Mes commandements], vous atteindrez la
piété [qui est une force spirituelle en mesure de briser vos passions insensées et vos désirs irréfléchis.]
-
Siyyâm étymologique l'abstinence en toute chose. Du point de vue de la loi,
jeûner, c'est donc s'interdire de manger, de boire, de tenir des propos
indécents et d'entretenir des rapports sexuels de l'aube jusqu'au coucher du
soleil.
Au sujet de cette expression "Il a été prescrit à vos
prédécesseurs", les commentateurs émettent des avis différents pour
déterminer en quoi le jeûne en Islam est-il comparable à celui des générations
antérieures. Quoi qu'il en soit, cela ne signifie pas que le
jeûne en Islam est une réplique fidèle de celui pratiqué par les anciens. Il
ne s'identifie ni par le nombre de jours, ni par la période prévue, ni par la
manière de l'observer.
2 - Les dispenses :
184 - [Ce jeûne, au mois de ramadân, dure] un nombre déterminé [limité]
de
jours. Quiconque d'entre vous [ayant observé le croissant lunaire] serait
malade ou en voyage, [pourra rompre ce jeûne]. [Cependant], il lui
incombe de
jeûner [une autre fois à titre de compensation] un nombre de jours égal
[au
nombre de jours non jeûnés]. Mais pour ceux qui ne pourraient l'observer
[parce qu'ils sont malades ou atteints par le grand âge], ils devront le
compenser en nourrissant un pauvre [suivant une quantité égale à celle qu'il
consomme habituellement en un jour]. Celui qui, de son propre gré, fait mieux
[à savoir qu'il donne plus que ce qui est prescrit], c'est meilleur pour lui.
Cependant, il est préférable pour vous de jeûner [que de le compenser en
nourrissant un pauvre]. Si vous saviez [combien cela est préférable pour vous.
Agissez donc en conséquence !]
-
Ce verset doit être saisi en l'insérant dans le contexte des versets 185 et
186 car les incidences du jeûne physique ne seront complètement comprises
qu'en se référant à la signification spirituelle de ce pilier de l'Islam. Le
Musulman ne jeûne pas avec l'intention délibérée de rechercher la souffrance
physique pour elle-même. C'est pourquoi, il est prévu des adoucissements dans
des circonstances précises.
Il est à noter que ce verset et le précédent imposent le jeûne chaque
neuvième mois de l'année lunaire. C'est certainement ce qu'il faut comprendre
par " un nombre limité de jours", car précédemment, les Musulmans
ne jeûnaient que les trois premiers jours de chaque mois. Leur acte était
d'ailleurs individuel et volontaire et non point obligatoire. Ainsi est
institué légalement l'un des cinq piliers de l'Islam.
Bien que le jeûne du ramadân soit obligatoire, des dispenses sont accordées
aux malades et aux voyageurs. Autrement dit, si ces derniers ne peuvent pas
supporter la rigueur de la faim et de la soif, il leur est permis d'interrompre
leur jeûne, à condition de jeûner après le ramadân, un nombre de jours
égal à la durée de l'interruption provoquée par la maladie ou le voyage. La
même disposition est accordée aux vieillards, aux gens de faible constitution
physique. Dans leur cas, il est ordonné, à titre d'expiation, de le compenser
en nourrissant un pauvre ou davantage pour chacun des jours au cours duquel le
jeûne n'a pas été observé. Cependant, le jeûne étant une vertu, il est
meilleur pour les croyants de l'observer en temps voulu et de ne pas lui
substituer la nourriture d'un pauvre.
Il en résulte : Si le verset précédent énonçait l'obligation générale de
jeûner, celui-ci n'impose pas encore le jeûne d'une manière systématique
puisqu'il est laissé aux croyants le choix entre jeûner ou nourrir un
nécessiteux. En effet, il est à rappeler qu'il était permis au début de
cette institution, d'une manière générale, soit de jeûner, soit de nourrir
un ou plusieurs pauvres. A ce sujet, Mu'âdh Ibn Jabal a dit : "Ceux qui
voulaient observer le jeûne, jeûnaient, et ceux qui ne le voulait pas, ne se privaient
pas de manger, à condition de nourrir un nécessiteux à titre de
compensation.".
Par la suite, Dieu imposa le jeûne à toute personne en bonne santé et ne
voyageant pas. La dispense fut maintenue pour le malade, le vieillard qui,
incapable de jeûner, devait nourrir un pauvre en compensation. Shâfi'î
inclut, dans certaines circonstances, la femme enceinte ou qui allaite un
bébé. C'est le sens du verset 185 qui met fin au choix laissé aux croyants et
impose le ramadân à tous les Musulmans et les Musulmanes qui remplissent les
conditions requises.
185 - Ces jours-là [le mois de Ramadân] sont ceux au cours duquel le Coran a
été descendu [de la Table gardée vers la terre, spécialement la nuit de la
destinée], en tant que guide pour les gens, et preuves claires de la guidance
et du discernement [entre le vrai et le faux]. Aussi, quiconque d'entre vous
est-il témoin de la naissance du croissant lunaire, observera le jeûne !
Toute-fois, quiconque est malade ou en voyage, est tenu [plus tard] de jeûner
un nombre égal de jours. - Dieu veut pour vous la facilité [et c'est pourquoi
Il a permis au malade et au voyageur de rompre le jeûne]. Il ne veut pas vous
mettre dans la gêne. [Il vous appartient donc] de compléter le nombre imparti
et de glorifier Dieu pour vous avoir guidés [en vous indiquant les symboles de
Sa religion]. Peut-être que [pour tout cela] vous Lui serez reconnaissants !
-
Il est à signaler que les avis divergent concernant la maladie ou le voyage qui
occasionne la rupture du jeûne. S'agit-il de maladie grave ou de toute autre
maladie si bénigne soit-elle ? Un même mal n'est pas supporté de la même
manière d'une personne à une autre. La fatigue revêt plusieurs degrés selon
la force physique et la volonté morale des gens. Elle n'est pas identique pour
celui qui voyage à dos de chameau, par train, en voiture ou en avion. Il semble
qu'il appartient aux croyants sincères de faire appel à leur conscience et de
juger de l'opportunité de la rupture selon les cas et les circonstances qui se
présentent à eux.
3 - La proximité de Dieu de l'homme et Sa réponse au vœu du croyant :
186 - Quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi , [qu'ils sachent que] Je suis
tout proche [et J'entends tout ce qu'ils disent]; Je réponds alors au vœu de
celui qui M'invoque quand il M'invoque. Qu'ils répondent donc à Mon appel [en
faisant preuve d'obéissance], et qu'ils croient en Moi [en manifestant
sincèrement leur foi en Moi]. Peut-être seront-ils bien guidés.
-
Ce verset pose un principe général quant à la relation de Dieu et de Ses
adorateurs. Il n'est pas pour autant étranger au ramadân. Il s'agit de
l'invocation et de la proximité de Dieu. Il semble être lié à la prière du
jeûneur lors de la rupture du jeûne au coucher du soleil. En effet, le
jeûneur, en rompant son jeûne, fait cette prière : "Ô Seigneur !
J'invoque Ta miséricorde qui couvre toute chose afin que Tu me
pardonnes.".
Dieu répond qu'Il entend tous ceux qui Lui adressent des prières et satisfait
les vœux de ceux qui L'invoquent, le cœur habité par la foi et la crainte.
Connaissant l'état dans lequel se trouve chacun d'eux. "Nous sommes plus
près de lui que sa carotide." (S.50, 16). Puissent-ils, à leur tour,
répondre à Mon appel en le manifestant par leur obéissance à Mes préceptes
dont l'observance du jeûne.
"Quelqu'un nous demandera peut-être, dit Tabari, la signification de
cette parole de Dieu car Dieu dit ici : "Je réponds à l'appel de celui
qui prie quand il M'adresse des prières" ; or, nous dira-t-on, nous voyons
bien que des gens adressent des prières à Dieu sans être exaucés pour autant
!". Tabari examine deux aspects de la question. Nous retenons celle qui
nous paraît la plus judicieuse :
"Ce qui est désigné en fait par le terme da'wa, c'est l'œuvre que Dieu a
recommandée ou ordonnée d'accomplir. L'interprétation est la suivante :
Lorsque Mes serviteurs t'interrogent à Mon sujet " réponds-leur que
" Je suis Proche de ce-lui qui M'obéit et qui accomplit ce que Je lui ai
ordonné. Je lui réponds en le récompensant de son obéissance à Mon égard
quand il M'a obéi. Quant à la prière (du'â'), c'est ici la demande que le
serviteur adresse à son Seigneur pour qu'Il lui accorde ce qu'Il a promis à
Ses saints pour leur obéissance. Quant à la ré-ponse de la part de Dieu,
réponse qu'Il garde en réserve pour Lui (pour la lui faire connaître au Jour
de la résurrection), c'est remplir la promesse qu'Il a faite à ceux qui
accomplissent les œuvres qu'Il leur a ordonnées.".
L'invocation de Dieu(du'â' ), que ce soit durant le mois de ramadân ou en
dehors, a une grande signification et revêt une importante utilité. Le verset
186 ne laisse aucun doute à ce su-jet. Ces deux citations de l'Envoyé de Dieu
en marquent également l'intérêt que le croyant doit lui porter : "Ad-du'â'
est la moelle du culte" et "Ad-du'â', c'est le culte lui-même".
Dans l'un et l'autre cas, l'invocation conduit le croyant à une meilleure
connaissance de son Seigneur et, de ce fait, comprendre qu'Il est Puissant sur
toute chose. Il transcende tous les êtres créés par Lui. Ce verset indique le
caractère et la manière d'invoquer Dieu. "Invoquez votre Seigneur en
toute humilité et recueillement et avec discrétion. Certes, Il n'aime pas les
transgresseurs." (S.7, 55)
Tabari a expliqué le sens et la portée de l'invocation. Ajoutons, pour
justifier le raisonnement de ce grand commentateur du Coran, cette parole du
Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - : "Il n'y a pas de
Musulman qui, dans son invocation [qui ne demande pas quelque chose qui
constitue un péché ou qui demande une rupture de liens consanguins], exprime
un vœu sans que Dieu ne lui accorde trois de ces choses : Soit qu'Il satisfait
rapidement son désir, soit qu'Il garde pour plus tard Sa réponse, soit encore
qu'Il lui fasse cesser un mal équivalent."
Quand on dit que le croyant, qui invoque Dieu, doit se libérer de ses péchés,
cela signifie qu'il ne convient pas de suivre l'exemple de cet homme, cité par
le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -, qui, étant vêtu
de vêtement souillé par le péché et après avoir mangé et bu ce qui est
illicite, invoque ensuite Dieu et attend une réponse favorable à la teneur de
son invocation.
Au sujet de cet homme, Dieu, dans un hadîth qudsî, a dit : "Comment
voulez-vous que Je réponde, dans de telles conditions, à l'appel de ce
serviteur ?"
4 - La cohabitation avec les épouses :
187 - Il vous est permis la nuit du jeûne, d'avoir des rapports avec vos femmes
; elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles . Dieu
sait que vous aviez secrètement des rapports avec vos femmes. Il vous a
pardonné [Il a accepté votre repentir] . A présent, [l'interdit est
levé].
Cohabitez donc avec elles et cherchez ce que Dieu vous a prescrit. Mangez et
buvez [la nuit entière] jusqu'à ce que vous distinguiez le fil blanc de l'aube
du fil noir de la nuit . Ensuite observez le jeûne [de l'aube] jusqu'à la
nuit suivante [c'est-à-dire jusqu'au coucher du soleil]. Cependant, n'ayez
aucun commerce avec [vos femmes] pendant que vous êtes en retraite spirituelle
dans les moquées. Telles sont les lois de Dieu [ici, il est question du jeûne,
de sa durée et de ses conditions] : ne vous approchez donc pas de trop près.
C'est ainsi que Dieu explicite Ses signes aux hommes afin qu'ils le craignent !
-
Le jeûne s'effectue un mois dans l'année. Il débute lorsque la naissance de
la lune du mois de ramadân a été observée au moins par deux personnes. Cet
ensemble de versets renferme plusieurs enseignements dont voici l'essentiel :
* Le croyant jeûne par désir de la Face de Dieu. C'est un acte spirituel que
Dieu récompense à juste titre.
* Le jeûne contient un grand mérite et entraîne une énorme récompense. Ce
mérite est d'autant plus important que Dieu attribue à Lui-même ce jeûne.
Il est dit dans un hadîth qudsî : "Tout acte appartient au fils d'Adam à
l'exception du jeûne. Il M'appartient et j'en récompense Mes
serviteurs.".
* Le jeûne purifie l'âme et la prépare à une meilleure dévotion car c'est
un moyen par lequel le jeûneur annihile ses passions irréfléchies.
* Il raffermit la volonté et renforce la patience devant les difficultés et
les peines. Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit :
"Le jeûne est la moitié de l'endurance".
* Il entretient la crainte pieuse de Dieu car il n'y a que Lui qui peut
effectivement contrôler la sincérité de son jeûne.
* Il rappelle au jeûneur les conditions dans lesquelles pourrait se trouver
l'homme qui a faim. Ce sentiment suscite une plus grande solidarité entre les
gens et incite le riche à venir au secours du pauvre.
* Il réalise l'égalité entre tous les hommes, riches ou pauvres, puissants ou
humbles. Tous se retrouvent dans le même état d'abstinence et sont soumis à
la Volonté de Dieu.
* Il aide à une meilleure organisation de la vie en ce sens que le jeûneur
s'habitue à s'abstenir de boire et de manger et de re-prendre son alimentation
à des heures fixes de la journée et de la nuit. Il est ainsi à même, le
reste de l'année, à mieux planifier son activité.
* Tous ces avantages matériels et spirituels sont conditionnés par la
conformité à un juste milieu, à un équilibre dans la façon d'ordonner son
alimentation : Pas d'exagération et de superflu, pas de gaspillage et de
privation systémique. L'autre condition est de s'abstenir de tout propos
indécent. Dieu dit, d'après le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et
la paix - : "Celui qui ne renonce pas aux propos diffamatoires et aux
actes, qui s'y impliquent, n'a pas à s'abstenir de manger et de boire pour
Moi.".
Accaparement des biens d'autrui et corruption des juges
188 - Ne dévorez pas mutuellement et arbitrairement vos biens [au moyen du faux
serment, du vol, des détournements de fonds et de la spoliation]. Ne vous en
servez pas [également] auprès des juges [sous forme de corruption] avec le
dessein de dévorer [de vous accaparer] injustement une partie des biens des
gens [conscients que vous commettez un acte illicite].
Utilité du calendrier lunaire et éthique d'entrer dans les maisons
189 - Ils t'interrogent [ô Muhammad !] sur les variations de la lunes. - Dis :
"Ce sont des indications aux gens [pour déterminer les phases du temps et
ainsi leurs permettent de connaître les périodes de leur semence et de leur récolte, de leur commerce, de compter le délai de viduité de la femme et de
leurs menstrues mensuelles, de fixer le début du mois de ramadân et du jour de
sa rupture…] et à fixer le moment du pèlerinage". La piété ne
consiste pas [à votre retour du pèlerinage] à rentrer dans vos maisons par
[les façades de] derrière [comme vous le faisiez au temps de la
Jâhiliyya].
Mais la [vraie] bonté pieuse consiste [plutôt] à craindre Dieu.
[en mettant
fin à cette artificielle superstition]. Entrez donc dans les maisons
[normalement] par leurs portes habituelles et craignez Dieu afin de réussir.
Les règles du combat sur le chemin de Dieu
1 - Contre les agressions et lutte défensive :
190 - Combattez dans le sentier de Dieu [de sorte à placer la religion de Dieu
au-dessus de tout] ceux qui vous combattent [c'est-à-dire les mécréants qui
les premiers ouvrent les hostilités], et n'outrepasser pas les limites [en
ouvrant les premiers les hostilités], car Dieu n'aime pas les transgresseurs
[ceux qui engagent les premiers les hostilités et, ensuite, dépassent les
limites arrêtées par Dieu].
-
Ce verset introduit les suivants et, à cet effet, annonce le début de la
lutte armée en vue de repousser les agressions organisées par les associants
contre la communauté musulmane. Dans ce contexte, il énonce un principe
fondamental concernant les relations entre les peuples : Refus de l'agression.
Le combat n'est permis que s'il revêt un caractère défensif et encore dans
des limites bien définies. Autrement dit, l'Islam interdit les tortures, la
violence exercée contre les hommes d'église, les vieillards, les enfants et
les femmes et contre toute personne qui ne porte pas les armes. Il interdit
également de saccager les arbres et les récoltes, d'empoisonner les puits et
de massacrer le bétail.
2- Réaction contre les pressions et lutte offensive :
191 - Tuez-les là où vous les rencontriez et chassez-les d'où ils vous ont
expulsés [c'est-à-dire de La Mecque]. La sédition [l'associationnisme et le
culte des idoles] est [une affaire] plus grave que le meurtre. Mais ne les
combattez pas [les premiers] près de la Mosquée sacrée avant qu'ils ne vous
y attaquent. S'ils vous y combattent, alors tuez-les [en ce lieu]. Telle est la
rétribution des mécréants !
-
Ce verset a été révélé six ans après l'Hégire. A cette époque, beaucoup
de Mecquois avaient émigré à Médine, fuyant les persécutions morales des
associants lesquels se montraient de plus fortement intolérants. Ces
mécréants maintenaient de force les croyants à La Mecque et s'emparaient des
maisons et des biens de ceux qui leur parvenaient à leur échapper. Entre
temps, les Musulmans s'étaient constitués en une forte et agissante communauté. Il était de leur devoir de riposter et de défendre leur religion
menacée par les idolâtres et de restaurer leurs droits dans la cité où se
dressait la Ka'ba.
192 - S'ils cessent les hostilités [et renoncent à leur impiété], Dieu est,
alors, Tout pardon [à leur égard] et Miséricordieux [à l'égard de celui
qui meurt dans la soumission].
193 - Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de sédition [aucune forme
d'associationnisme], et que la religion soit rendue entièrement à Dieu.
Toutefois, s'ils renoncent à la lutte [et reconnaissent, par conséquent,
l'Unicité de Dieu], alors plus d'offensive [contre eux], sauf contre les
injustes [qui s'obstinent à poursuivre la lutte.]
-
Si le verset 191 émet une restriction aux combats, à savoir ne pas lutter
contre les associants dans les lieux sacrés à moins qu'ils ne les accrochent
les premiers, celui-ci lève cette exception, et ordonne aux croyants de les
combattre sans répit jusqu'à l'élimination totale de l'adoration des idoles
et jusqu'à ce que le culte ne soit rendu à nul autre qu'à Dieu. Lorsque la partie
opposée reniera totalement ses fausses divinités et proclame-ra la
shahâda, alors, dans ces conditions, il leur sera ordonné d'interrompre leurs
offensives, exception faite contre les iniques qui s'entêtent à associer des
idoles au Très-Haut.
En général, l'Islam est la religion de la paix, de la bonne volonté et de la
compréhension mutuelle, Cependant, il ne reste pas indifférent lorsque le mal
se répand sur terre et lorsque le culte de Dieu est persécuté. Quand ses
partisans sont empêchés de pratiquer leur culte, il leur appartient de
défendre la justice et la religion qu'ils tiennent pour sacrée. Aussi est-il
de leur devoir de recourir à tous les moyens en leur possession, physique, moral, intellectuel afin de rétablir le Vrai.
Sudiyyi, à propos du dernier passage du verset, dit : "Dieu n'apprécie
l'hostilité contre personne mais lorsque les injustes vous sont hostiles, vous
devez leur rendre la pareille".
3 - Le principe de la réciprocité :
194 - Le mois sacré pour le mois sacré. - Le talion [la réciprocité]
s'applique à toutes choses sacrées. - Donc, quiconque vous agresse [le mois
sacré ou dans un lieu sacré], agressez-le d'une manière équivalente.
Craignez Dieu et sachez que Dieu est avec les pieux [en leur apportant aide et
victoire].
4 - Les dépenses de guerre :
195 - Dépensez de vos biens dans le sentier de Dieu [jihâd]. Ne vous lancez
pas de votre propre chef dans la destruction [en vous abstenant de dépenser de
vos biens dans la lutte ou en renonçant à combattre car votre négligence et
votre faible engagement accroîtront les forces de l'ennemi]. Faites le bien
[entre autres par les dépenses que vous faites dans le sentier de Dieu]. Car
Dieu aime les bienfaiteurs [et les récompense en conséquence].
-
Ne refusez pas le jihâd sur le chemin de Dieu. Ne songez pas à dépenser vos
biens uniquement pour votre satisfaction personnelle et celle de votre famille.
Engagez-vous dans la Voie de Dieu et servez Sa juste cause. Ne soyez pas avares
de vos deniers quand il s'agit de supporter les charges de la guerre. Ne vous
comportez pas de sorte à vous placer vous-même dans la perdition. Ibn 'Abbâs
dit : "La perdition d'un homme n'est pas d'être tué dans le chemin de
Dieu mais c'est de s'abstenir de faire dépense dans cette Voie."
Il est à signaler que la mission du Prophète - que Dieu lui accorde la grâce
et la paix - traversa trois phases :
1 - La diffusion de la religion de Dieu et des principes de Son unicité.
2 - L'organisation de la communauté musulmane.
3 - La lutte armée. Celle-ci comporte trois aspects :
Elle a pour objet de repousser l'agression en vue d'instaurer la liberté
religieuse.
Lorsqu'on est agressé, on ne doit pas dépasser les limites : ne s'en prendre
qu'à ceux qui portent les armes.
Appliquer le principe de la réciprocité.
Les normes du hajj et de la 'umra
Les versets précédents ont exposé les normes du jeûne. Ceux qui suivent
présenteront les règles du pèlerinage du fait que celui-ci s'observe
quelques semaines immédiatement après la fin du mois de ramadân. Entre les
deux groupes de versets, il a été question de la lutte armée [le jihâd] dans
le but de mettre en exergue ses conditions au cours des mois sacrés à un
moment où les associants s'opposaient à l'accomplissement du pèlerinage des
Musulmans alors qu'ils se trouvaient en état d'ihram. A présent, Dieu décrit
l'accomplissement du pèlerinage obligatoire ou communautaire [al-hajj] et du
pèlerinage volontaire ou individuel [al-'umra].
1 - Obligation et procédé :
196 - Accomplissez pour Dieu le hajj [le pèlerinage communautaire]
et la 'umra
[le pèlerinage volontaire] [avec toutes leurs prescriptions].
Si vous êtes empêchés [de vous y conformer], alors faite une offrande
[immolation d'une bête] qui vous est facile. Ne rase pas vos têtes avant que
l'offrande [mentionnée ci-dessus] ne parvienne à son lieu de destination
[c'est-à-dire l'endroit licite de son immolation].
Si l'un d'entre vous tombe malade ou se plaint d'une affection à la tête [et
ne pourra pas se couper les cheveux selon les convenances], il devra [au choix]
; se racheter par un jeûne [de trois jours] ou par une aumône [distribuée à
six personnes à raison d'un demi sac de blé pour chacun] ou par un sacrifice
[d'une bête].
Quand vous vous sentirez ensuite en sécurité [ou après votre guérison],
quiconque aura accompli normalement la 'umra, en attendant le hajj, devrait
faire une offrande [d'une bête] qui lui soit facile [et il l'immolera après l'ihrâm
et de préférence le jour prévu pour l'immolation].
S'il n'a pas les moyens [matériels pour agir de la sorte], qu'il jeûne trois
jours lors du hajj et sept autres jours dans son pays d'origine, soit dix jours
au total .
Cela est prescrit pour celui dont la famille n'habite pas auprès de la Mosquée
sacrée. Craignez Dieu [en observant Ses prescriptions énoncées
ci-dessus]. Et
sachez que Dieu est dur en punition [à l'égard de ceux qui vont à l'encontre
de ses prescriptions].
2 - Comportement moral du pèlerin :
197 - Le pèlerinage communautaire a lieu en des mois fixés [Shauwâl, dixième
mois de l'année lunaire, Dhû-l-Qi'da, onzième mois et les dix premiers nuits
de Dhû-l-Hijja, douzième mois] . Quiconque s'impose d'accomplir ce pèlerinage
est tenu de cesser tout rapport sexuel, toute perfidie et toute querelle. Le
bien que vous faites [tels que les aumônes], Dieu en a connaissance [et vous
récompensera en conséquence]. Prenez vos provisions [pour vous nourrir au
cours de votre voyage]. En vérité, la meilleure piété consiste à se
prémunir [en emportant des provisions]. Craignez-Moi, ô hommes doués de
raison !
-
A ce sujet, le prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit :
"Celui qui accomplit le pèlerinage vers cette Mai-son sans avoir eu de
rapports d'intimité et sans avoir enfreint les interdits, celui-là se dégage
de ses péchés et se retrouve comme au jour où sa mère l'enfanta.".
"Munissez-vous, explique Tabari, de la nourriture pour parvenir au but et
pour acquitter les obligations que votre Seigneur vous a imposées. Ce n'est
donc pas de la piété envers Dieu que de négliger le viatique pour vous-mêmes
ou d'abandonner vos provisions et les laisser s'abîmer. Au contraire, la
piété consiste dans la crainte pieuse à l'égard de votre Seigneur, en
l'occurrence, en vous abstenant de faire pendant votre voyage de pèlerinage ce
qu'Il vous a interdit et en faisant ce qu'Il vous a ordonné à savoir :
emportez le viatique.".
3 - Légitimité du commerce lors du pèlerinage et invocation de Dieu :
198 - Ce n'est pas commettre une faute que de désirer une grâce [quêter votre
subsistance, lors du pèlerinage même, au moyen de transactions commerciales]
de votre Seigneur. Puis, quand vous déferlez du haut de 'Arafât [après y
avoir séjourné], invoquez le nom de Dieu, à Mas'ar al-Harâm [Muzdalifa].
Invoquez-Le dès lors qu'Il vous a montré la bonne direction [celles qui, entre
autres, portent sur des symboles de la religion et, en particulier, les rites
du pèlerinage] même si auparavant [avant cette guidance et parce que vous
ignoriez les préceptes de la religion de Dieu], vous étiez au nombre des
égarés.
-
Ce passage a pour sens : Pendant le pèlerinage, il ne vous est pas interdit de
vous livrer au négoce légal et honnête, comme cela se faisait avant l'islam
car le commerce terrestre, destiné à assurer le nécessaire à la vie et à
servir l'intérêt communautaire, n'est pas incompatible avec le culte de Dieu.
4 - Égalité des croyants :
199 - Ensuite déferlez [ô gens de quraysh !] par où les gens se répandent
[c'est-à-dire de 'Arafât], et implorez Dieu pour vous pardonner vos péchés.
Car Dieu est Tout pardon et Miséricordieux [à l'égard des croyants].
-
L'Islam, en uniformisant les rites du pèlerinage
[hajj] communautaire établit
ainsi l'égalité en tous les Musulmans quelles que soient leur origine
historique, leur position politique ou leur appartenance sociale.
5 - Demander le bienfait de Dieu ici bas et dans la vie dernière :
200 - Une fois tous vos rites [inhérents au pèlerinage] achevés, invoquez
Dieu comme vous invoquez vos ancêtres [après avoir terminé vos rites du
pèlerinage], avec plus d'ardeur [que vous le faisiez pour vos aïeux]. Mais il
est des gens qui disent seulement : "Seigneur ! Accorde-nous une part
ici-bas !" - Ceux-là [seront satisfaits en ce monde mais] n'auront aucune
part dans l'au-delà.
-
Le verset fait allusion à la tradition des idolâtres qurayshites qui, au terme
de leur pèlerinage, alors qu'ils se trouvaient entre Minâ et La Mecque,
rappelaient les exploits d'armes, la générosité et autres vertus de leurs
aïeux. A présent, il leur est ordonné de converger leurs invocations vers
Dieu en y mettant plus de rigueur, de ferveur et de conviction.
Lors de ces invocations, certains pèlerins, encore attachés aux anciennes
coutumes, n'accordaient une grande importance qu'au monde présent :
accroissement de leur bétail, de leur pro-géniture … afin d'asseoir la
supériorité de leur tribu sur les autres. A ceux-là, Dieu les avertit qu'ils
ne bénéficieront d'aucun avantage dans la vie dernière.
201 - D'autres gens disent : "Seigneur ! Accorde-nous Ton bienfait ici-bas,
et Ton bienfait dans la vie dernière, et protège-nous du châtiment du Feu
!" [Ceux-là recherchent les bienfaits de Dieu dans les deux mondes : la
vie présente et la vie dernière].
-
Par contre, d'autres pèlerins, à savoir les pèlerins raisonnables et sensés,
demandaient les grâces de Dieu aussi bien en ce monde que dans l'Autre. Ainsi,
réunissaient-ils dans un même rappel les deux mondes.
En l'un, le bienfait englobe la santé de l'individu, la sérénité du foyer,
la prospérité matérielle et la paix spirituelle.
En l'Autre, le bienfait porte sur la Miséricorde de Dieu lors du Jugement,
l'élimination de la crainte qui habite les cœurs, l'entrée au paradis, la
vision du Seigneur des univers…
202 - Ceux-là auront une part [une récompense] de ce qu'ils auront acquis
[quant à l'accomplissement de leur pèlerinage et à leurs invocations]. Dieu
est prompt [en l'espace d'une demi- journée] à faire les comptes [des
actes de chacun] .
-
Se consacrer exclusivement à la vie dernière, c'est se priver des bienfaits
accordés par Dieu à Ses serviteurs. Inversement, s'abandonner aux plaisirs et
aux jouissances de la vie immédiate, c'est perdre les bienfaits de l'Au-delà.
Il en résulte que l'Islam, religion de l'équilibre et du juste milieu,
prescrit aux Musulmans de se comporter de telle sorte à ne pas renoncer à ce
monde, sans pour autant attacher une grande considération aux avantages éphémères qu'il offre, et à ne pas négliger ou oublier la vie spirituelle
de la vie dernière, car celle-ci est éternelle. Le Prophète - que Dieu lui
accorde la grâce et la paix - a dit : "Agis comme si tu allais vivre
éternellement et agis comme si tu allais mourir demain.".
6 - Le tashrîq :
203 - Invoque Dieu [lors du rajm] pendant un nombre de jours déterminés
[les
trois jours du tashrîq]. Il n'y a pas de faute pour celui qui est pressé [et
quitte Minâ après un séjour de] deux jours [soit le deuxième jour du
tashrîq avec le rajm]. Craignez Dieu [au cours de votre pèlerinage] et sachez
que c'est vers Lui que vous serez rassemblés [le Jour de la résurrection pour
y être rétribués suivant le degré de vos actes]. .
-
Le tashrîq, qui signifie dessiccation de la viande des bêtes immolées, a
lieu le 11ième, 12ième et 13ième jours de Dhû-l-Hijja (ayyâmu at-tashrîq :
jours du séchage de la viande). Il marque la fin du pèlerinage.
*
* *
Nous relevons ces quelques indications sur le pèlerinage communautaire (al-hajj),
et le pèlerinage volontaire (al-'umra) dans le livre la Risâla d'Ibn Abî Zayd
al-Qayrwânî :
"Le pèlerin, dépouillé de vêtement cousu, qui fait simplement la 'umra,
se mettra en état d'ihrâm aussitôt après une prière d'obligation divine ou
surérogatoire. Il dira : "Me voici, ô mon Dieu, me voici ! Tu n'as point
d'associé, me voici ! A Toi la louange et la grâce et le royaume ! T u n'as
point d'associé !". Il fera le circuit (tawâf) en ayant la Ka'ba à sa
gauche. Ce circuit est de sept tours, dont trois sont faits au pas accéléré
et les quatre autres au pas ordinaire. A chaque tour, il touchera la pierre
noire ou tendra la main vers elle et l'embrassera en disant : "Al-lâhu
Abkar". Le circuit terminé, il fera deux rak'a auprès du maqâm.
Puis, il sortira pour se rendre à Safâ où, debout, il prononcera des
invocations. Puis il ira à Marwâ en prenant le pas accéléré. Arrivé à
Marwâ, il s'y tiendra debout pour faire des invocations. Il fera ces allées et
venus entre Safâ et Marwâ sept fois, accom-plissant ainsi quatre stations à
Safâ et quatre à Marwâ.
Au moment voulu, il se rendra à Minâ où il fera les prières du dhuhr, du 'asr,
du maghrib et du 'ishâ ainsi que celle du subh le len-demain. Puis, il ira à 'Arâfat
et avant d'y arriver, il fera ensemble les deux prières du duhur et du 'asar,
de préférence sous la direc-tion d'un imam. Il y stationnera jusqu'au coucher
du soleil. De là, il poursuivra sa marche vers Muzdalifa où il priera le
maghrib, le 'ishâ' et le subh. Il est d'usage de prendre à cet endroit des petites
pierres qui serviront au rajm. Puis à l'approche du lever du soleil,
il poursuivra sa marche jusqu'à Minâ où il séjournera trois jours. Il
lancera sept cailloux (rajamât), de la grosseur d'une fève ou d'un noyau de
datte, sur trois stèles de dimensions différentes, en accompagnant d'un
takbîr le jet de chaque caillou.
Ensuite, il égorgera une bête. Après quoi, il retournera à La Mecque, son
pèlerinage étant accompli. Au moment de quitter la ville, il fera autour de la
Ka'ba un circuit d'adieu.
Dans la 'umra, on accomplit les premiers rites ci-dessus décrits jusqu'à la
fin de la marche entre Safâ et Marwâ. Après quoi, le fidèle se rasera la
tête ou se bornera à raccourcir cheveux et poils de la barbe, et sa 'umra
sera ainsi complète.
Durant son hajj et sa 'umra, le fidèle s'abstiendra de rapport conjugaux, de
parfums, de vêtements cousus, de se quereller et de rejeter des déchets
d'ongles ou de poils. En état d'ihrâm, il ne se couvrira pas la tête.
La femme, en état de sacralisation, peut porter des chaussures et des
vêtements ordinaires, mais elle est tenue de toutes les autres abstentions que
l'homme doit observer.
DEUX ATTITUDES DE L'HOMME : DUPLICITE ET SINCERITE
Après avoir cité les conditions du culte qui purifient les cœurs et les âmes
comme le jeûne du ramadân, l'aumône et le pèlerinage, et après avoir
rappelé que certains n'agissent que pour satisfaire leurs intérêts immédiats
et que d'autres envisagent le bonheur des deux mondes, les versets ci-après regroupent
les hommes en deux catégories : Celle dont les composantes s'égarent en vendant leur âme au Démon, ce sont les
hypocrites, et celle
dont les membres, à savoir les gens pieux et sincères, se guident bien et qui
offrent leur âme au Miséricordieux.
Le premier groupe : les hypocrites.
204 - [Ô Muhammad !] Il y a parmi les gens celui dont les propos, sur la vie de
ce monde, [voire même leur comportement apparent] te plaisent [mais, qui ne te
plairont pas dans la vie dernière parce que ce sont des paroles fallacieuses].
Il [n'hésite pas] à prendre Dieu à témoin de ce qu'il a dans le cœur
[à
savoir qu'il compte parmi tes fervents partisans], mais [étant un
hypocrite],
c'est le plus acharné querelleur [cherchant à te nuire et à léser, sans
vergogne, les intérêts de tes compagnons].
205 - Dès qu'il tourne le dos [quand il te quitte], il
parcourt la terre pour
y semer le désordre, détruire culture et bétail. Or Dieu n'aime pas le
dégât [ni leurs auteurs] !
-
A travers cet exemple, ces versets condamnent le comportement de tous les
hypocrites : ils disent ce qu'ils ne pensent pas. Ils ne manquent pas de
prononcer de loyaux discours et affichent, aux yeux des gens, leurs bons
sentiments alors que leurs cœurs, pleins de rancœur, les incitent à répandre
sournoisement le mal. Or, cette attitude est des plus détestables au regard de
Dieu, a dit le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - . Le mal,
qu'ils font, introduit les germes de la division dans une société. Et Dieu
déteste les semeurs de discorde et de désordre d'autant plus que, par
orgueil, il s'enfonce dans le mensonge et le péché. La Géhenne est sa
destination finale.
206 - Lorsqu'on lui dit [à propos des actes répréhensibles qu'il commet] :
"Redoute Dieu", la puissance du péché s'empare de lui [et il
s'enorgueillit]. L'Enfer lui suffira [ce sera sa rétribution dans
l'au-delà],
et quel mauvais séjour [en ce lieu terrible] !
-
De ces trois versets, il y a un enseignement juridique à tirer : Pour les
ulémas ces versets indiquent qu'il convient de se montrer prudents quand il
est question aussi bien des affaires religieuses que profanes. Que le juge ne
prenne pas sa décision sur les apparences des gens ! Il doit, au contraire,
chercher à voir clair dans ce qu'ils cachent au fond d'eux-mêmes, car Dieu a
montré qu'il y a des gens qui affichent de bons sentiments alors que la
perversité habite leur cœur. Certes, le Prophète - que Dieu lui accorde la
grâce et la paix - a dit : "Je juge en fonction de ce que j'entends".
Mais ceci se produisit en son temps, du moment qu'il faisait entièrement
confiance aux propos de ses Compagnons. Cependant, bien après lui, le mal
s'était répandu partout. Il s'ensuit que la connaissance des arrières
pensées des gens s'impose dans certains cas.
Pourtant, l'imam al-Qurtubî a dit qu'on doit prendre en considération
l'apparent jusqu'au moment où son contraire se manifeste. Il se fonde sur cette
parole de 'Umar Ibn al-Khattâb rapportée par Bukhârî : "Ô vous les
hommes ! La révélation a cessé de descendre. A présent, nous vous prenons
selon la ma-nifestation de vos actes. Celui qui nous montre un bien, nous le
croirons et le rapprocherons. Nous n'avons pas connaissance des secrets de sa
pensée. Dieu jugera ce qu'il cache au fond de lui-même. Celui qui nous
dévoile sa méchanceté, nous ne le croirons pas et nous l'authentifieront par
ce qu'il dit ou fait."
C'est dire que si on est amené à croire quelqu'un, cela ne veut pas dire qu'il
s'acquitte définitivement de ce qu'il a montré. Il peut, en certaines
occasions, dévoiler sa véritable nature et alors, à ce moment, il faut juger
sur ce qu'il est vraiment.
Deuxième groupe ; les sincères.
207 - Il y a parmi les gens celui qui vend son âme [ses biens et s'offre en
sacrifice] par désir [et pour obtenir l'agrément] de Dieu . Dieu est
Compatissant envers Ses serviteurs [ceux qui ont succombé sous les coups des
idolâtres à la Mecque] .
-
La portée du premier passage du verset ne se limite pas pour autant à ce cas
particulier. Il revêt un sens général. Il concerne tous ceux qui obéissent
à Dieu, prônent à cet effet le bien et condamnent le mal, consentent des
sacrifices pour maintenir leur foi dans toute sa pureté et paient de leur
personne pour dé-fendre la Cause de Dieu.
Appel à accepter l'Islam dans son intégralité
208 - Ô les croyants ! Entrez dans la paix [dans l'Islam en y appliquant toutes
ses prescriptions sans aucune restriction] , et ne suivez pas les pas de Satan
[les voies qu'ils tracent pour vous diviser], car il est pour vous un ennemi
déclaré [depuis qu'il a refusé de s'incliner devant Adam une fois
harmonieusement créé, et a été, par la suite, chassé du Paradis].
Mise en garde contre les faux pas :
209 - Puis, si vous [zalaltum] tomber dans l'égarement [en ne vous engageant
pas totalement dans la sharî'a de l'Islam avec tout ce qu'elle comporte en
licite et en illicites, en convenables et en blâmables], après que les preuves
décisives vous ont été parvenues [dans votre Livre, attestant que c'est la
vraie religion, celle de la droiture et de la rectitude], sachez alors que Dieu
est Puissant [et rien ne s'oppose à Sa vengeance à l'égard de ceux qui ne
suivent pas les enseignements de Son Envoyé] et Sage [dans sa manière d'agir,
comme abroger une règle et la remplacer par une autre : après l'interdiction
de consommer la viande de chameau précédemment prescrite aux Fils d'Israël,
Dieu aujourd'hui lève cette prohibition].
-
Zalaltum, traduit dans ce verset par "tomber", veut dire :
Trébucher ou glisser. A l'origine, cela concernait l'acte physique, c'est-à-dire la
déviation des pas. Ensuite, le terme a revêtu un sens moral.
Ces versets revêtent un caractère universel. Il s'adresse à tous les croyants
à travers les âges jusqu'à la fin des temps. Il faut donc comprendre :
Croyants ! Adhérez à la paix de l'Islam et observer cette religion avec tout
ce qu'elle comporte en matière de normes juridiques, religieuses et sociales.
N'appliquez pas une partie tout en renonçant à l'autre. L'Islam, qui vise à instaurer
la paix dans le monde , est un tout indivisible.
210 - Qu'attendent [donc les associants de La Mecque pour embrasser
l'Islam],
sinon que Dieu leur vienne [le Jour de la résurrection] à l'ombre
[zulal] des
nuées avec les anges et que toute chose [la justice] soit décidée [à savoir
leur châtiment] ? Et c'est à Dieu que toute chose sera ramenée [à la vie
dernière et là Il rétribuera chacun selon le degré et l'ampleur de leurs
actes].
211 - [Ô Muhammad !] Interroge les Fils d'Israël [les enfants
de Jacob]
combien de fois leur avons-Nous apporté des signes évidents ! [depuis
l'avènement de Moïse et combien de fois ils les ont échangés contre
l'impiété]. Or, quiconque échange le bienfait de Dieu [c'est-à-dire Sa
religion et Son Livre par la mécréance] après avoir reçu [le Sceau des
envoyés], [il devient alors impie], [et dans ces conditions], Dieu est
[alors,
à l'égard de ces dénégateurs] terrible en Son châtiment. [Dieu leur fera
connaître le pire des tourments].
Embellissement du monde présent aux dénégateurs :
212 - A ceux qui ne croient pas [tels qu'Abû Jahl et ses
fortunés compagnons
de La Mecque], la vie du monde présent [et ce qu'elle contient en plaisirs
variés et en jouissances matérielles] a été embellie [et c'est pourquoi,
ils s'y attachent avec ardeur]. [Aussi, ne se gênent-ils plus pour] se moquer
de ceux qui croient, [à cause de la pauvreté de certains d'entre eux tels que
Bilâl, 'Ammâr et Suhayb] . Mais, au Jour de la résurrection, ceux qui
craignent Dieu [et renoncent à leur associationnisme et leur idolâtrie] seront
placés au-dessus [de ces mécréants si riches soient-ils]. Dieu accorde Ses
bienfaits [en ce monde ou dans la vie dernière] à qui Il veut, sans compter
[et ainsi ceux qui subissent les moqueries acquerront les biens des moqueurs].
-
Les dons de Dieu semblent disproportionnés. Quelquefois, ceux qui reçoivent
peu se figurent qu'ils sont lésés. Dieu, dont la Bonté est illimitée,
enrichit sans compter qui Il veut, le juste comme l'injuste, le bon comme le
mauvais. Cependant, ce qui compte, ce n'est pas ce qu'Il donne en ce monde aux
uns et aux autres, mais ce qu'Il donnera le Jour de la résurrection, quand la
Balance sera dressée. A ce sujet, le Prophète - que Dieu lui accorde la
grâce et la paix - a dit : "Le monde d'ici-bas est une maison pour celui
qui n'a pas de maison, une richesse pour ce-lui qui n'a point de richesse :
N'amassera des richesses pour l'ici-bas que celui qui sera dépourvu de
raison.".
Unité puis division des peuples. Divergences au sujet de la Vérité
213 - Les hommes formaient [à l'origine et jusqu'à l'époque de Noé] une
seule communauté [fondée sur la foi en Dieu Unique et sans associé]. [Puis,
ils se sont divisés en croyants et en incroyants. Aussi] Dieu envoya-t-Il des
prophètes [descendants de Noé et d'Abraham] comme annonciateurs [de bonne
nouvelle, soit le Paradis, aux uns] et avertisseurs [du prochain châtiment aux
autres]. Il faisait descendre [chaque fois avec chacun d'eux] le Livre
véhiculant la Vérité, afin d'arbitrer entre les gens sur l'objet de leurs
divergences [religieuses]. Mais, ce sont ceux qui avaient reçu [le Livre] qui
entrèrent en désaccord [et c'est ainsi que, si certains d'entre eux crurent,
d'autres démentirent], par jalousie, bien que les preuves [et les arguments
probants] leur furent parvenues [au sujet de l'Unicité de Dieu, des questions
qui y sont inhérentes et de l'authenticité de la prophétie de Muhammad].
Cependant, Dieu, avec Sa permission [Sa volonté], guida ceux qui crurent en la
Vérité, sur laquelle les autres divergeaient. Dieu guide qui Il veut sur le
chemin droit [le chemin de la Vérité.].
-
Selon Ibn 'Abbâs, pour lequel umma (communauté) signifie aussi dîn
(religion), dix générations vécurent entre Adam et Noé. Les uns après les
autres suivaient la même doctrine religieuse. Autrement dit, les hommes
étaient rassemblés autour d'une religion commune, celle de la Vérité :
reconnaissance de l'Unicité de Dieu et obéissance à Ses commandements.
"Il est permis, dit Tabari, de considérer que la période où "les
hommes formaient une communauté unique" était celle qui sépare l'époque d'Adam à celle de Noé, comme le disent Ibn 'Abbâs et Qatada.
Il est aussi permis de considérer qu'ils s'agit du moment où fut présentée
par Adam toute sa descendance.
Il peut aussi s'agir d'un autre moment et il n'y aucune indication ni dans le
Livre de Dieu, ni dans les données traditionnel-les, qui puissent permettre
d'affirmer qu'il s'agit uniquement de tel moment et non d'un autre.
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre, c'est que ces hommes, dont Dieu nous
dit ici qu'ils formaient une communauté uni-que, vivaient selon la foi et la
religion de la Vérité et non selon l'impiété ou l'associationnisme.".
Quels sont ces hommes qui, par esprit de contradiction et d'iniquité,
divergèrent après avoir reçu le Livre ? Ce sont les Juifs qui, après avoir
reçu la Torah, apportèrent des interprétations erronées dans le but de
s'arroger le monopole de l'Écriture et de maintenir l'autorité des uns sur les
autres. C'est là le point de vue, de certains exégètes.
De quelles divergences s'agit-il et vers quelle direction Dieu guida les
croyants ? En s'appuyant sur les dires d'Ibn Zayd, il s'agit des Juifs et des
Chrétiens quant à leur position à l'égard du dernier Message de Dieu.
* Dieu guida ceux qui croient vers la soumission, ceux qui divergèrent l'ont
fait au sujet de la prière, les uns priant vers l'Orient, les autres vers
Jérusalem,. Dieu guida les Musulmans vers la Ka'ba.
* Ils divergèrent au sujet du jeûne. Les uns jeûnent une partie du jour et
les autres une partie de la nuit. Dieu guida les Musulmans pour qu'ils jeûnent
le mois de ramadân.
* Ils divergèrent à propos d'Abraham. Les Juifs disent qu'il était Juif et
les Chrétiens disent qu'il était Chrétien. Or, Dieu le rendit totalement
indépendant de ces tendances. Il fit de lui un hanîf soumis.
* Ils divergèrent au sujet de Jésus. Les juifs l'accusent d'imposture et les
Chrétiens en font un seigneur [Rabb]. Dieu guida les Musulmans vers la
Vérité.
Tabari, généralisant le sens du verset, considère qu'il concerne toutes les
communautés qui, préalablement, suivaient la Tradition et qu'ensuite, elles se
sont divisées, les unes s'écartant de la Vérité et les autres continuant à
s'y conformer.
L'homme vit des épreuves avant de prétendre au Paradis :
214 - Aspiriez-vous [ô assemblée de croyants !] à entrer au Paradis sans
subir des épreuves semblables à celles que subirent vos prédécesseurs ? Ils
[Vos devanciers, en croyants sincères] supportèrent [avec patience] des
cala-mités [telle que l'extrême pauvreté] et des douleurs [des
maladies]. Ils
furent si remués [par ces formes d'épreuves] que le Messager, et avec lui,
ceux qui avaient cru, se sont écriés : "Quand viendra le secours de Dieu
? " [qu'Il nous avait promis contre les mécréants] - Certes, le secours
de Dieu [promis aux croyants] est sûrement proche [et vous triompherez
certainement de vos ennemis.]
-
Il semble que ce verset doit être relié aux difficultés traversées par les
musulmans lors de la guerre de la tranchée. En plein hiver, les païens de
Quraysh, secondés par d'autres tribus, les assiégèrent à Médine. Transis de
froid et sans ressources, ils demandèrent au Prophète - que Dieu lui accorde
la grâce et la paix - à quel moment Dieu viendrai-t-Il à leur secours ?
Les ayants-droit aux aumônes :
215 - [Ô Muhammad !] Ils t'interrogent sur ce qu'ils doivent dépenser
[que
doivent-ils dépenser en aumônes et à qui doivent-ils faire ces aumônes]. Dis
[à tous les croyants] : "Ce que vous dépensez [peu ou beaucoup] en bien,
devrait être pour les pères et mères, puis les proches parents, ensuite les
orphelins, les pauvres et les voyageurs [les hôtes de passage]. Tout ce que
vous faites en bien [qu'il s'agisse des aumônes ou des autres bonnes
œuvres],
Dieu le sait [et Il vous rétribuera en conséquence]".
-
Les dépenses dont il s'agit ne rentrent pas dans le cadre de la zakât. Il est
question des aumônes volontaires. Contrairement à la zakât, l'aumône
volontaire n'est pas fixée. Il est donc laissé au croyant la liberté de
dépenser ce qu'il veut et autant qu'il veut selon un ordre de priorité. Ceci
est confirmé par ce hadîth : Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et
la paix - a dit : "Faites la charité !" Un homme lui dit alors :
- J'ai un dinar.
- Dépense-le pour toi.
- J'ai un autre dinar.
- Donne-le à ton épouse.
- J'ai un autre dinar.
- Donne-le à ton père.
- J'ai encore un dinar.
- Donne-le à ton employé.
- J'ai encore un dinar.
- Réfléchis à ce que tu dois en faire.
L'aumône volontaire répond à trois questions : Que doit-on donner ? A qui
doit-on donner ? Comment doit-on donner ?
Ce verset véhicule un sens que le croyant est tenu de prendre en
considération. Que l'on donne peu ou beaucoup, le croyant ne s'attendra pas à
recevoir un salaire équivalent de Dieu que s'il se montre charitable uniquement
par désir de Sa Face. Il convient de suivre un ordre de priorité. Autrement
dit, le père, la mère et l'épouse passent en premier lieu. Viennent ensuite
la sœur, le frère et les parents de proche en proche. Il est dit dans un
hadîth rapporté par Abû Hurayra : "Le dinar que tu dépenses en faveur
de tes parents est plus important que celui que tu donnes à autrui.". Ibn
Mas'ûd a rapporté cet autre hadîth : "Le Musulman, qui effectue des
dépenses en faveur de sa famille, réalise une œuvre charitable.".
On donne ce qui est bon et utile, que ce soit une aide matérielle ou morale,
une assistance physique ou un conseil judicieux. Quoi que l'on fasse ou que
l'on dise de bien, c'est une aumône. N'est pas considéré comme tel l'objet
destiné à être je-té, combien même serait-il bon et utile parce que
l'intention première était étrangère à l'acte de donner. N'est pas
considéré également comme une charité, l'argent ou le bien remis à une
personne perverse, sachant que celle-ci ne s'en fera pas un bon usage, ou dans
un but de se faire valoir aux yeux des gens, ou encore pour obtenir quelque
chose en échange. N'est pas enfin considéré comme une aumône le fait de
donner en manifestant sa mauvaise humeur à l'égard de celui qui reçoit. La
façon de donner, dit-on, peut valoir mieux que ce que l'on donne.
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