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Sourate 2 al-Baquara
(V216-220)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Obligation
du jihâd
1 - Le mal peut être désagréable alors qu'il pourrait être
un bien:
216 -
Le combat vous est prescrit [contre les mécréants] mais vous l'avez en
aversion [à cause des difficultés qu'il suscitent et des peines qu'il
engendre]. Or, il se peut que vous détestiez une chose [tel que le
combat pour la Cause de Dieu], [parce que l'âme a tendance à se pencher
plutôt vers les plaisirs agréables de ce monde mais combien nuisibles pour
elle]
alors qu'elle est un bien pour vous [parce qu'elle assure votre
salut dans la vie dernière et ceux qui meurent au cours de ces combats sont des
martyrs]. [Inversement], il se peut que vous aimiez une chose [comme le
fait de ne pas participer au combat, dès lors que votre absence sur le champ de
bataille vous procure une jouissance apparente] alors que c'est un mal pour
vous [parce que cette chose aimée véhicule en réalité l'humiliation, la pauvreté
morale et la privations des bienfaits de la vie dernière]. Dieu sait [ce
qui est bon et bien pour vous tel que le jihâd], alors que vous ne savez pas
[et c'est pourquoi, vous avez intérêt à entreprendre ce qu'Il vous
commande de faire, c'est-à-dire de vous engager dans le chemin de la guerre
sainte.].
-
Certes, ce
verset concerne le jihâd mais il reste que sa portée dépasse le cadre de
la lutte armée, d'où son caractère général. Il est mis en juxtaposition
le bon ou ce qui est aimé, et le mal ou ce qui est réprouvé. L'un
pourrait se trouvait dans l'autre sans que nous nous en rendions compte. Il
n'est toujours pas facile de discerner avec précision ce qui nous est
vraiment utile ou nuisible. Ainsi, pour ne pas commettre un péché, il
convient de se conformer aux prescriptions divines. Ibn 'Abbâs rapporte
cette parole du Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - :
"Ô Ibn 'Abbâs ! Admet de gaieté de cœur ce que Dieu prescrit même
si cela ne répond pas à ton désir car ce qu'Il décrète est inscrit dans
le Livre. Dieu sait ce qui est bon pour vous et ce qui est mauvais.
Gardez-vous d'avoir en aversion une chose qui vous a été prescrite.".
2
- Le combat durant le mois sacré :
217 - Ils t'interrogent [ô Muhammad !] sur [la validité
du] combat pendant le mois sacré [Rajab]. - Dis : "Combattre en
ce mois est un péché grave, mais il est plus grave encore d'élever des
obstacles sur le sentier de Dieu [Sa religion], de Le renier [de
faire montre d'impiété à Son égard] et de dresser des obstacles sur le
chemin de la Mosquée sacrée [La Mecque où se trouve la Ka'ba], et d'y
expulser ses gens [tels que le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et
la paix - et ses compagnons contraints à l'émigration]. La sédition
[l'associationnisme] est, auprès de Dieu, plus grave que le meurtre [la
mort des infidèles tués par Ibn Jahsh et ses compagnons]". Or, [les
idolâtres] ne cesseront de vous combattre [vous les croyants]
jusqu'à, s'ils le pouvaient, vous faire renier votre religion. Et ceux qui
parmi vous abjureront leur religion et mourront infidèles , ceux-là leurs [bonnes]
actions seront vaines dans la vie immédiate et la vie future. Ces gens-là sont
les hôtes du Feu où ils demeureront éternellement.
3 - Sens du jihâd :
218 - Certes, ceux [il s'agit d'Ibn Jahsh et de ses compagnons]
qui ont cru, émigré [de La Mecque à Médine] et lutté dans le sentier
de Dieu [pour placer Sa religion au-dessus de tout], ceux-là espèrent
la miséricorde de Dieu [en leur ouvrant les portes du Paradis]. Et Dieu
est Tout pardon et Miséricordieux [envers les croyants].
-
Jâhada : faire
des efforts généralement difficiles et pénibles, d'où le mot de jihâd
qui ne signifie pas nécessairement "guerre sainte". Les termes
jihâd et mujâhada, sont deux noms d'action du verbe jâhada dont le sens
fondamental signifie faire des efforts contre quelqu'un et lui faire faire
des efforts. La guerre contre les incroyants, en particulier, a été
appelée jihâd car elle consiste avant tout en un déploiement d'efforts
sur soi-même et contre l'adversaire. "Ce terme a été souvent rendu
en français par "guerre sainte" qui est une traduction discutable
car elle ne rend absolument pas compte de la notion fondamentale du terme
arabe tout en comportant une notion de "sanctification" qui, bien
que présente dans l'emploi de ce terme en contexte proprement islamique et
tardif, ne découle aucunement des notions propres de cette racine. De plus,
le jihâd n'est pas forcément une "guerre" telle que ce mot est
habituellement compris en français".
Dans un hadîth bien connu, le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et
la paix -, au retour d'une expédition, dit à ses compagnons qui se
vantaient d'un exploit : "Nous revenons du petit jihâd vers le grand
jihâd", voulant dire par là : Nous revenons d'un combat extérieur
contre les infidèles pour mener à présent le combat intérieur contre les
passions et les défauts de l'âme.
Boissons
alcooliques et jeu de hasard
219 - Ils t'interrogent sur [la règle à suivre
concernant] le vin [al-khamr] et les jeux de hasard [al-maysir].
Dis-leur [ô Muhammad !] : "Dans l'un et l'autre il y a un grave péché
et quelques avantages pour les gens [tels que le goût des boissons
alcooliques et le gain résultant de leur commercialisation, d'une part, des
gains, faciles et sans peines, obtenus par les jeux de hasard]; mais dans les
deux, le péché est plus grand que l'utilité." …
-
Al-khamr : du
verbe khamara qui signifie recouvrir, cacher, envelopper. C'est cette de
racine que dérive le terme de khimâr, à savoir le voile dont se sert la
femme pour se couvrir les cheveux Ainsi, toute boisson fermentée et
enivrante est appelée khamr car sa consommation voile la raison et la rend
incapable d'un clair discernement.
Al-maysir : du verbe yassara, c'est-à-dire rendre facile. Toute chose qui
nécessite un enjeu est appelé maysir. Quant à son application au jeu, il
correspond à la facilité du gain sans efforts ou de la perte rapide de
l'argent.
Le Coran procède par étapes. Ici, la consommation des boissons alcooliques
et les jeux de hasard ne sont pas catégoriquement interdits. Le verset met
d'abord en évidence les inconvénients qui s'y trouvent avant d'en
restreindre la consommation, dans une seconde phase, et ensuite de condamner
leur usage dans les versets à étudier dans une autre sourate.
De
la part des biens à réserver à l'aumône
219 [suite] - [D'autre part], ils t'interrogent sur les
dé-penses à faire ?" Dis : "Donne l'excédent (al-'afw)" [et
donc ne dépensez pas en aumônes ce dont vous avez vrai-ment besoin et vous
vous placez ainsi dans une gêne matérielle]. C'est ainsi que Dieu vous
explique Ses versets [ce qui a été mentionné ci-dessus et aussi ce qui
est licite et ce qui ne l'est pas] afin que vous réfléchissiez
-
Al 'afw : ce qui
reste d'argent ou de bien en général après avoir effectué toutes les
dépenses nécessaires à son mieux-être. Ainsi, l'Islam, religion du juste
milieu, interdit aussi bien l'avarice que la prodigalité. Il préconise
d'aider matériellement, si peu soit-il, le nécessiteux, sans pour autant
imposer à soi-même des restrictions et placer sa famille dans la gêne.
Selon certaines opinions peu convaincantes, l'énoncé du passage concernant
l'aumône a été abrogé par celui instituant l'aumône obligatoire [zakât].
Ce n'est pas l'avis général, entre autres, celui de Tabari qui dit :
"Ce passage n'abroge aucun statut énoncé antérieurement et n'est
abrogé par aucun autre statut énoncé ultérieurement mais enseigne à
l'homme scrupuleux dans sa religion les convenances qu'il ne convient pas de
transgresser à propos des aumônes volontaires et des dons, convenances que
le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - lui-même
enseignait à ses compagnons.".
La
gestion des biens de l'orphelin
220 - [aux problèmes soulevés par] le monde immédiat
[qui est éphémère] et [ceux de] la vie dernière [de manière
à opter pour ce qui est bon et bien pour vous, d'autant plus que l'au-delà est
éternel]! Et ils t'interrogent [encore] sur les [difficultés
rencontrées par les] orphelins [et la gêne dans laquelle ils se
trouvent]. Dis : "Améliorer leur condition [matérielle et morale
en fructifiant leurs biens s'ils en possèdent] est une belle action. Si vous
les accueillez parmi vous [si vos biens sont mélangés aux leurs], ce seront
alors vos frères [en religion]". Dieu distingue le corrupteur
[qui dilapide les biens de l'orphelin] de celui qui fait le bien [dans
l'intérêt de cet orphelin]. Et si Dieu avait voulu, Il vous aurait
affligés [en vous interdisant de mêler vos biens à ceux de l'orphelin
mais Il ne l'a pas fait]. Certes, Dieu est Puissant [dans ce qu'Il fait]
et Sage [dans Ses décisions].
-
Le verset
précédent où il est question de l'aumône à dépenser, a un rapport avec
celui-ci. Cela revient à dire, en quelque sorte, cette part se destine
également aux orphelins. Toutefois, le débat s'élargit pour exposer un
problème soulevé par les orphelins qui possèdent des biens. D'une
manière générale, l'Islam attache une grande importance à la condition
morale et matérielle des orphelins. Des versets ne manquent pas d'insister
sur le respect qui est dû à leur personne et à leurs biens. Aussi, le
meilleur procédé consiste-t-il à sauvegarder les biens des orphelins. A
cet effet, il convient, combien même les capitaux du tuteur et ceux des
orphelins s'associent dans une même entreprise commerciale ou industrielle,
de séparer nettement les comptes personnels de l'un et de l'autre afin
d'éviter toute confusion et de s'écarter de la tentation de leur
utilisation à des usages qui ne concernent pas les orphelins eux-mêmes.
Il est à signaler que le droit musulman autorise le tuteur, qui gère les
biens de l'orphelin, de prélever un salaire qui compense les efforts
entrepris.
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