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Sourate 2 al-Baquara
(V246-252)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Récit
du prophète Samuel et du roi Saül.
1 - Refus du combat :
246 -
N'as-tu pas vu [n'as-tu pas eu connaissance avec ton cœur de l'histoire de
ces] notables, parmi les fils d'Israël, qui, après [la mort de] Moïse,
dirent à un de leurs prophètes [Samuel] : "Envoie-nous [établit]
un roi pour que nous combattions [sous ses ordres] dans le sentier de
Dieu". [Le prophète leur] dit : "Et si vous ne combattez pas
quand le combat vous sera prescrit ? " Ils dirent :
"Qu'aurions-nous à ne pas combattre dans le sentier de Dieu, alors que
nous avons été expulsés de nos maisons et [que nos enfants ont été]
capturés ? ". Mais quand le combat leur fut prescrit, [ils firent
preuve de lâcheté et] ils tournèrent le dos [refusèrent le combat],
sauf un petit nombre d'entre eux. Dieu connaît bien les injustes.
-
C'est le propre
de certaines nations qui, dit al-Qurtubî, vivant dans l'aisance, aspirent
à vivre dans la tranquillité. Certes, ils souhaitent de temps à autre
manifester leur fierté et éprouver du mépris pour les autres. Cependant,
lorsque la guerre s'impose à eux, la lâcheté de leur nature les reprend.
Les générations venues après Moïse et Aaron, conduites par Josué,
avaient franchi le Jourdain et s'étaient établies en Palestine. Le règne
de Josué dura 25 années. Ensuite, pendant une période de 320 années, les
fils d'Israël connurent une histoire mouvementée. Ils étaient désunis et
subirent plusieurs revers en affrontant les Midiatines, les Amélécites et
autres tribus palestiniennes. De temps à autres, un leader, appelé juge,
apparaissait en leur sein, restaurait leur unité et assumait un pouvoir
dictatorial. Quand survint Samuel, les notables intervinrent auprès de lui
pour qu'il leur désigne un roi qui unifiera leurs rangs et les guidera au
combat.
2 - Le roi Saül :
247 - Leur
prophète leur dit : "Dieu vous a envoyé Saül [Tâlut] pour
roi". Ils dirent : "Comment Saül pourrait-il, en tant que roi, [avoir
autorité] sur nous ? Nous avons plus de droit que lui à la royauté [parce
qu'il n'appartient pas à la lignée des rois] et il n'a pas autant de biens
que nous [biens qui l'aideront à rétablir la royauté]" [Le
prophète] Il dit : "Dieu l'a préféré à vous [et l'a choisi pour
être le roi]; Il l'a doté plus que vous de sciences et d'une haute stature
[d'où son nom]". - Dieu confie Son royaume [Son pouvoir] à qui
Il veut. La faveur de Dieu est infiniment vaste et sait [mieux que personne
à qui doit revenir la royauté.].
-
Tâlut est le
nom arabe de Saül. Il dérive du verbe tâla qui signifie : être long. Sa
forte stature était à même de jeter l'effroi dans les rangs de l'ennemi.
Ce verset s'adressait aux Juifs de Médine. Leurs devanciers savaient fort
bien que la désignation de Saül était justifiée mais ils préféraient
ergoter comme à leur habitude, en demandant des preuves justificatrices. Il
en était de même des Juifs contemporains du Prophète - que Dieu lui
accorde la grâce et la paix - : eux, également, n'ignoraient pas que
Muhammad était l'Envoyé de Dieu mais ils s'obstinaient à réclamer des
preuves. "Dieu, dit Tabari, rappelle à leurs descendants, les Juifs de
Qurayza et Nadir de Médine, qui vivaient au milieu du Prophète - que Dieu
lui accorde la grâce et la paix - et de ses Compagnons, les convenances
spirituelles qu'ils doivent respecter à l'égard de Son Envoyé car eux
aussi l'ont déclaré menteur tout en sachant qu'il est sincère et que sa
fonction prophétique est véritable.".
De plus, les notables, ancêtres des Juifs de Médine, insistaient pour
avoir un roi qui les dirigerait pour combattre leurs ennemis mais aussitôt
désigné, ils contestèrent son autorité et refusèrent d'aller au combat.
Il en fut de même des Juifs de Médine aux prises avec les deux tribus
arabes de la même cité. Ils ne manquaient jamais de les menacer de prendre
leur revanche sur eux lorsque le Prophète attendu se manifestera ; Mais
lorsque Muhammad - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - se fit
connaître, ils se rebellèrent contre son autorité. Il s'ensuit que le
Coran fait un parallèle entre deux situations similaires bien
qu'éloignées, l'une de l'autre, dans le temps et l'espace.
Ce récit a aussi pour objet de mettre l'accent sur la nécessité du combat
sur le chemin de Dieu, combat qui implique une préparation psychologique,
une formation militaire adéquate, une science appropriée, une expérience,
une compétence, une adresse, un courage exemplaire, une saine
détermination, une sincérité dépouillée de toute formez de duplicité,
un sacrifice physique et matériel. Les versets montrent que toutes ces
qualités manquaient aux fils d'Israël parce que leur âme a été
pervertie, leur foi a été amenuisée par le temps et l'aisance
matérielle. Dès lors, ils avaient aimé la vie sans sacrifice. C'est
pourquoi, ils s'opposèrent à la lutte armée contre les ennemis de Dieu
qui sont aussi leurs ennemis. Ce sont là autant de mise en garde et
d'avertissement adressés aux Musulmans. Dieu, à travers l'exemple des fils
d'Israël, leur explique Ses commandements et Ses interdits en ce domaine.
Confirmation de la royauté de Saül, mise à l'épreuve de ses partisans et
victoire du petit nombre sur le plus grand.
1 - Arche et reliques de la famille de Moïse et d'Aaron :
248 - Et leur prophète leur dit [après que les fils d'Israël
lui demandèrent de leur apporter une preuve de la désignation de Saül en
qualité de roi] : "Le signe de sa royauté sera que le retour du Coffre
(at-thâbût) porté par les anges Celui-ci renferme [le symbole] de
la sérénité (sakîna) [ la tranquillité dans vos cœurs] venant de
votre Seigneur. C'est ce qui reste des reliques de la famille de Moïse et de la
famille d'Aaron. [Ce Coffre] sera porté par des anges. Il y a dans tout
cela un signe pour vous [quant à l'authenticité du choix de Saül comme
roi], si vous êtes croyants ! [vous approuverez ce choix]".
2 - L'épreuve de la rivière :
249 - Puis, [de Jérusalem], au moment de partir avec son
armée, Saül dit [à ses troupes qui se plaignaient de la soif à cause de
la très forte chaleur qui sévissait] : Dieu va vous éprouver par une
rivière [afin de dévoiler l'obéissant d'entre vous et le désobéissant]
: Quiconque boira [de son eau], ne sera plus des miens [ne comptera
plus au nombre de mes partisans] ; et quiconque n'y goûtera pas, sera des
miens, à l'exception de celui qui [se suffira] d'une [seule] gorgée
[qu'il prendra dans la paume de] sa main". Or, tous en burent [une
grande quantité] sauf un petit nombre [qui se contenta de cette gorgée]
. Puis, quand Saül et ceux qui croyaient en lui [ceux qui se sont
satisfaits d'une seule gorgée d'eau] traversèrent la rivière, ils dirent :
"Nous voilà aujourd'hui sans force contre Goliath et son armée !"
Mais, ceux qui étaient convaincus qu'ils rencontreront Dieu [le Jour de la
résurrection] dirent : "Combien de fois un groupe peu nombreux a, avec
la permission de Dieu, vaincu une troupe plus nombreuse ! Et Dieu est avec les
endurants [Il leur apporte soutien et victoire.]".
-
L'armée de
Saül comprenait 80.000 hommes. A la suite de l'épreuve de la rivière, la
majorité des soldats, soit 76.000, tiraillés par la crainte de Goliath (Jâlût),
burent sans retenue. Cela ne réussit pas à supprimer leur soif et ils
revinrent alors sur leur pas. Seul un petit groupe d'entre eux, soit quatre
mille, se contenta de ce que le creux de leur main apporta d'eau. Ils en
furent néanmoins désaltérés. Lorsque Saül et ceux qui firent preuve de
patience en ne consommant que la quantité qui leur a été recommandée,
franchirent la rivière et qu'ils se trouvèrent face à l'ennemi, la peur
gagna certains d'entre eux, et ils s'écrièrent : "Nous ne sommes
qu'un petit nombre mais Goliath et son armée sont beaucoup plus nombreux.
Nous ne sommes pas en mesure de les affronter". Plus de 3684 hommes
désertèrent. Cependant, là encore, le reste, soit l'équivalent aux
combattants musulmans de Badr, parce qu'il croyait fermement en Dieu et
savait qu'il Le rencontrerait le Jour du Jugement, déclara : "Combien
de fois un petit groupe, grâce à la Volonté de Dieu, a vaincu un groupe
plus fort par le nombre car la victoire ne procède pas de la multitude mais
de Dieu".
3 - David et Goliath :
250 - Quand ils furent en vue de Goliath et son armée, ils dirent [en
se préparant au combat] : "Seigneur ! Arme-nous de patience, affermis
nos pas [en allant au combat] et donne-nous la victoire sur le peuple des
infidèles.".
-
Lorsque Saül et
ses hommes s'avancèrent sur le géant Goliath et son armée, plus
expérimentée en matière militaire, ils firent trois vœux utiles à la
réussite :
* Que Dieu répande sur eux la patience, c'est-à-dire verse la
certitude dans leurs cœurs afin de renforcer leur volonté de lutte.
* Consolide leurs pas sur-le-champ de bataille afin que chacun d'eux ne
revienne pas en arrière.
* Leur accorde la victoire sur ceux qui traitent de mensonge Son Message.
251 - Ils mirent [l'ennemi] en déroute, avec la
permission de Dieu [Sa volonté]. David [qui faisait partie de
l'armée de Saül] tua Goliath. Dieu donna [à David] la royauté et
la sagesse [après la mort de Samuel et de Saül], et lui enseigna ce
qu'Il voulut [tels que la confection des mailles de guerre et le langage des
oiseaux.].
Répondant à leurs vœux, Dieu assista Saül et sa " petite " armée
et leur donna la victoire. David fut mis en présence de Goliath et, au cours de
leur face à face, il le tua. Selon Ibn Kathîr, Saül promit à David de le
marier à sa fille s'il venait à terrasser le chef de l'armée ennemie et de
partager avec lui les prérogatives royales.
Selon la Bible, David ne régna qu'après l'assassinat d'Isbaseth, fils de
Saül, par Banna et Rechab. Le pouvoir temporel lié à la royauté a appartenu
à David quand Dieu l'éleva au rang de prophète et lui inspira les Psaumes. En
d'autres termes, selon l'explication de certains, Dieu lui remit la royauté de
Saül et le fortifia de la prophétie de Samuel. Ainsi, David assume les deux
pouvoirs à la fois, contrairement au passé où la fonction de chef des armées
était distincte de celle du juge ou prophète, celui-ci assistant le premier.
4 - Lutte pour la sauvegarde des valeurs :
251 (suite) - Si Dieu ne poussait pas les hommes les uns contre les
autres [ne changeait pas certains hommes par d'autres], la terre serait
certainement corrompue [à cause de la domination des associants qui
tueraient les croyants et détruiraient les lieux de prière]. Mais Dieu est
Détenteur de la Faveur pour les mondes [et, ainsi, Il pousse les uns contre
les autres.].
-
Si Dieu ne
contenait pas, au moyen d'une lutte permanente, le mal que des hommes
répandent, par d'autres hommes pieux, partisans du bien, la vie ne serait
que corruption, sachant que le mal triomphant signifie la ruine et
l'anarchie en ce monde.
A ce sujet, H. Boubekeur nous donne ce pertinent commentaire : "Ce
passage est d'une grande importance philosophique qui a échappé aux
commentateurs. La vie est, certes, une lutte constante qui dans l'ordre
universel n'est pas un effet du hasard ou d'un quelconque arbitraire. Cette
lutte a un but sans lequel la terre serait un foyer de corruption. La
sauvegarde des valeurs acquises, voire le progrès humain sont à ce prix.
Les guerres, qui opposent les hommes les uns aux autres, aboutissent en fin
de compte à leur amélioration par la victoire des justes sur les
criminels.
Ainsi, le bien, dans la lutte universelle, triomphe du mal, sans quoi la
terre serait pourrie et la pérennité des principes et des valeurs acquises
par l'humanité serait en péril. Ainsi, l'ordre naît du désordre, la paix
de la violence, la construction de la destruction et le mal contribue au
bien de l'ensemble : il n'est qu'apparent ou provisoire et aboutit, en
dernière analyse, à la victoire du bien et du vrai…Est-ce à dire que
l'Islam légitime le bellicisme ? Certes, non. Il ne voit pas dans les
guerres un mal nécessaire, mais donne à ses effets indirects une
explication et une fin.".
5 - Tels sont les arguments à opposer aux dénégateurs :
252 - Tels sont les Signes de Dieu [Ses versets] que Nous
te récitons [ô Muhammad !] en toute vérité. Tu comptes certes au nombre
des envoyés [contrairement à ce que pensent de toi les mécréants pour
lesquels tu n'es pas l'Envoyé de Dieu.]
-
Ainsi, ô
Muhammad ! Nous t'avons narré les faits saillants de l'histoire
traditionnelle des fils d'Israël : ceux relatifs à la fuite des gens,
riches et pauvres, devant la peste par crainte de la mort, l'intervention
des notables des fils d'Israël réclamant un roi pour être à même de
livrer bataille à l'ennemi…Ce sont là autant d'arguments et de preuves
qui, relevant du Vrai, attestent Ma Toute-Puissance puisque J'ai ressuscité
ceux qui ont péri de la peste, institué Saül comme roi et confié ensuite
la royauté et la prophétie à David.
Tu ignorais ces Signes et Nous ne te les avons révélés par
l'intermédiaire de Gabriel. Tu es, sans conteste, le Prophète que Dieu a
envoyé pour faire connaître Son message. "C'est ainsi, dit Tabari,
que ces versets serviront d'arguments contre les Gens du Livre, la Torah et
l'Évangile, qui nient Mes bienfaits, s'opposent à Mon ordre et veulent
dissimuler et nier la Vérité de Mon Envoyé ; ils connaissent les
événements cachés que Je te rapporte dans ces versets et ils savent que
de telles informations ne peuvent pas venir d'autres que Moi. Tu n'as pas pu
les inventer ou les forger de toutes pièces car tu es un
"illettré" (ummi). Tu n'es pas de ceux qui ont lu les Livres
sacrés en sorte que ton affaire pût leur paraître douteuse et qu'ils
puissent prétendre que tu as appris ces choses Auprès de l'un de leurs
émissaires.".
Conclusion
De ce récit coranique, plusieurs enseignements se dégagent dont les plus
importants sont les suivants :
-
L'injustice et
l'oppression engendrent la corruption morale sur terre.
-
Les membres
d'une nation ne peuvent sauvegarder leur honneur et leur dignité qu'en
s'unissant et en resserrant leurs rangs sous la conduite d'un leader juste
et courageux.
-
Si les nations
connaissent le danger et le malheur, cela provient de leurs élites, de
leurs hommes de culture et de leurs personnalités en vue qui se détournent
de la vérité et n'apportent que peu de leur savoir et de leur compétence
pour assurer le mieux-être de chacun.
-
La direction
d'un peuple n'est pas nécessairement l'apanage des gens fortunés ou
d'ascendance noble. Elle relève essentiellement d'hommes de science,
d'expérience et forts de leur moralité sans faille.
-
En cas de
divergence entre dirigeant d'un même peuple, il est nécessaire de faire
appel aux personnes capables de nouer et de dénouer les problèmes de
l'heure. C'est de leur réflexion et de leurs connaissances que se
dégageront les solutions en mesure de conduire le peuple vers son bonheur
spirituel, moral et matériel.
-
C'est ainsi que
le petit nombre peut, avec l'aide de Dieu, prétendre vaincre le grand
nombre si expérimenté soit-il.
Enfin, le dernier verset montre que pour éliminer le mal sur terre, il faut
s'imposer une lutte permanente. C'est de cette manière que les sociétés
pourront se purifier de leurs souillures. Cette parole illustre bien le
produit du combat libérateur.
"Dieu a fait descendre une eau du ciel à laquelle des vallées
servent de lit, selon leur grandeur. Le flot débordé a charrié une écume
flottante ; et semblable à celle-ci est l'écume provenant de ce qu'on porte à
fusion, dans le feu pour fabriquer des bijoux et des ustensiles. Ainsi Dieu
représente en parabole la Vérité et le Faux : l'écume [du torrent et du
métal fondu] s'en va au rebut, tandis que [l'eau et les objets] utiles aux
Hommes demeurent sur la terre. Ainsi Dieu propose des paraboles." (S.13,
17).
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