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Sourate 2 al-Baquara
(V253-254)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Le
verset du Trône
255 - Dieu ! Point de divinité à part Lui, le Vivant (al-Hayy),
le Subsistant par Lui-même (al-Qayyûm). Ni somnolence ni sommeil ne Le
saisissent. A Lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui
peut intercéder auprès de Lui si ce n'est par Sa permission ? Il connaît leur
présent et leur futur, alors qu'eux n'embrassent de Sa science que ce qu'Il
veut. Son Trône s'étend aux cieux et à la terre, dont la garde ne Lui coûte
aucune peine. Il est le Très-Haut, le Très Grand [bien au-dessus de Sa
création et de Ses créatures.].
-
Dieu est le
Vivant : "Les chercheurs, dit Tabari, proposent des interprétations
différentes de ce passage. D'après les uns, Dieu se nomme ici "le
Vivant" (al-Hayy) du fait qu'Il dispose et dé-termine les affaires des
créatures. Il est Vivant non pas par "une vie" mais par le fait
qu'Il ordonne toute chose. D'autres disent qu'Il est Vivant en possédant la
Vie et que la vie (al-hayât) est une de Ses qualités. D'autres enfin
disent que c'est l'un des Noms par lequel Il S'est nommé.".
Dieu est le Subsistant par Lui-même (al-Qayyûm) : Cela veut dire selon
Mujâhid : "Celui qui s'occupe de toute chose" et selon Rabî' :
"Celui qui fait venir toute chose dans l'état qui doit être le sien,
qui la préserve et la soutient.".
Quant au sens à donner au mot Kursî (Trône), Ibn 'Abbâs dit qu'il s'agit
de la Science de Dieu. Cette interprétation pourrait être acceptable quand
on sait que le mot kurâsa, de la même racine, désigne les feuillets où
se consigne une science. Les gens de science se désignent sous le nom de
karâsî, pluriel de kursî.
De son côté, Zamakhsharî donne ces trois possibilités :
* Le Trône, dont la superficie couvre l'étendue des cieux et de la
terre, n'est pas un siège où l'on s'assoit. Il s'agit seulement d'une
image pour désigner concrètement la Grandeur et la Majesté de Dieu.
* Il indique l'infinie étendue de Sa Science.
* Il met l'accent sur l'étendue sans limites de Son Royaume.
Abû Hurayra rapporte ce dire du Prophète - que Dieu lui accorde la
grâce et la paix - : Moïse se demanda si Dieu dormait. Pour satisfaire sa
curiosité, Dieu lui envoya un ange qui le main-tint en éveil pendant trois
jours. L'ange lui ordonna de garder dans chacune de ses mains deux verres
qu'il lui remit. Le sommeil s'empara de Moïse. A ce moment, ses deux mains
faillirent se heurter. Il se réveilla aussitôt, changea la disposition de
ses mains et se rendormit. Ses deux mains se rapprochèrent de nouveau si
près l'une de l'autre que les deux verres se brisèrent. Le Prophète
- que Dieu lui accorde la grâce et la paix - conclut : "Dieu fit
comprendre à Moïse que si Lui venait à dormir, les cieux et la terre ne
se maintiendraient pas dans leur état.".
La liberté du
choix et ses conséquences
1 - Point de
contrainte en religion :
256 - Nulle contrainte en matière de religion [Il n'est
pas permis d'exercer des mesures de coercition pour imposer aux gens leur
adhésion à l'Islam] ! [A quoi cela servirait-il puisque] la rectitude (al-rushd)
se distingue [claire-ment et nettement] de l'erreur (al-ghayy) .
Quiconque mécroit au Taghût [au Démon ou aux idoles] et croit en Dieu,
se saisit de l'anse la plus solide que rien ne peut briser. Dieu entend [ce
qui se dit] et connaît [ce qui se fait].
-
Ar-Rushd et
al-ghayy, traduits respectivement par rectitude et erreur, désignent deux
comportements vis-à-vis de la vérité. "Rushd ou rashâd, dit Pierre
Godé, désigne l'attitude positive qui consiste à suivre le chemin droit
dans la bonne direction de manière à ne pas risquer de s'égarer. Sous un
certain rapport, on peut considérer que ce terme désigne aussi par
métonymie la vérité elle-même (al-haqq).".
"Ghayy désigne l'attitude négative. C'est l'égarement qui induit en
erreur et conduit à la ruine. Ce n'est donc pas l'erreur en elle-même
appelée bâtil lorsqu'elle s'oppose à haqq et désigne une fausse
doctrine, ou khatâ lorsqu'elle a le sens de faute, mais plutôt
"l'erreur" dans le sens ancien tel que nous le donne le Littré :
Action d'errer çà et là, action d'errer moralement ou intellectuellement,
état d'esprit qui se trompe.".
Tâghût, employé à la fois comme singulier et pluriel, désigne le
démon, le magicien ou le devin, l'idole et d'une manière générale toute
divinité en dehors de Dieu.
Ainsi, le Coran fait de la liberté du choix un principe universel. La
religion de Dieu, à savoir l'Islam, ne s'impose pas aux gens. Ceux-ci,
faisant jouer leur raison, sont à même de définit librement leur choix et
de déterminer eux-mêmes où se trouve le chemin de la droiture et la voie
de l'égarement. Il n'en demeure pas moins que ceux qui ne croient pas que
le Coran est la Parole de Dieu, sont en état de rébellion et, à ce titre,
transgressent les normes divines dès lors qu'ils se libèrent de la foi en
Dieu et se placent sur le terrain du doute ou de l'impiété.
Il en résulte que la contrainte est incompatible avec la religion pour
trois raisons :
* La religion est la somme de la foi et de la volonté humaine. Or,
elle ne peut pas se concilier avec ce qu'on introduit en elle par la force
et le chantage.
* La vérité et l'erreur sont clairement montrées par la Grâce de Dieu.
La religion ne peut pas s'ancrer dans les pensées habitées par le doute et
l'incertitude.
* La protection de Dieu est continue. Elle projette toujours de mener les
hommes, qui optent pour Sa religion, vers la lumière après les avoir
libérés de l'obscurité de l'ignorance.
2 - Dieu : Guide suprême de la foi
257 - Dieu est le protecteur [ou le défenseur] de ceux
qui ont cru. Il les fait sortir des ténèbres [de l'impiété] à la
lumière [la foi]. Quant à ceux qui ne croient pas, ils ont pour
maîtres les Taghût qui les font sortir de la lumière [où ils se
trouvaient avant la venue de Muhammad, tels les Juifs] vers les ténèbres [dès
lors qu'ils s'obstinent à ne pas reconnaître sa mission prophétique].
Voilà les hôtes du Feu où ils demeureront éternellement.
-
Le salut des
croyants dépend de leur foi et de leur volonté. La liberté nécessaire à
leur vie active ne peut pas être absolue. Elle est, en réalité,
imparfaite si elle ne se rattache pas à la lumière que Dieu lui apporte.
C'est pourquoi Dieu secourt les croyants et protège leur spiritualité. Il
les libère des ténèbres de l'impiété, celle-ci étant comme un voile
imperceptible mais opaque qui empêche de distinguer clairement les choses.
Il les engage dans la voie spirituelle où se situe la lumière qui leur
fait découvrir les normes de la Vérité ; ils sont ainsi à même de lever
le voile qui recouvre l'œil du cœur et de se débarrasser des tentations
conduisant à l'incrédulité, parfois, la plus totale.
Mais la liberté dont se prévalent les dénégateurs a pour mandataires les
démons. Ceux-ci repoussent les hommes de la lumière de la foi vers les
ténèbres où ils sont envahis par des dou-tes. "Ces doutes, dit
Tabari, s'infiltrent entre l'œil du cœur et la vision de la foi dans tout
son éclat et empêchent de discerner les vérités essentielles des preuves
de la foi et des voies qui y mènent.". C'est pourquoi, les
dénégateurs sont les compagnons de l'Enfer.
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