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Sourate 2 al-Baquara (Commentaire V261-274) Convertir en PDF Version imprimable
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Sourate 2 al-Baquara (V261-274)

Étude et exégèse de la deuxième sourate

Tahar Gaïd

L'aumône

Les dépenses concernées par ces versets sont appelées sadaqât. Il ne s'agit pas seulement des aumônes volontaires et de la zakât. Leur portée est beaucoup plus grande. Elles portent sur tout ce qui est bon et utile et s'effectuent pour plaire à Dieu, donc en toute sincérité et sans calcul. D'ailleurs, la notion de sincérité s'inscrit dans le sens même du terme sadaqa. C'est ce qu'indiquent ces mots de la même racine : sidq [sincérité], siddîq [sincère et véridique, sadâqa [amitié], tasdîq [accepter comme vrai].

1 - Double rétribution aux hommes charitables : Parabole du grain qui donne sept épis.

261 - Ceux [à l'instar des gens pieux et sincères] qui dépensent de leurs biens dans le sentier de Dieu [obéissant donc à Ses prescriptions] s'identifient à un grain d'où poussent sept épis, et chaque épi renferme cent grains [Il en est ainsi de leurs aumônes : la récompense de chacune d'elles est multipliée par sept]. Dieu multiplie [Sa grâce] à qui Il veut. Il est Immense [dans la distribution de Ses faveurs] et connaît [ceux qui les méritent.].

  • Ibn Kathîr signale que cette parabole a pour objet de montrer que la rétribution de Dieu se multiplie quand le croyant emploie une partie de ses biens, si minime soit-elle, à Son service, encore faut-il que cet usage se fasse pour Le satisfaire.
    "A celui qui demanderait, dit Tabari, s'il existe des épis qui produisent cent grains en sorte que cela puisse être pris en exemple, nous répondrons qu'il est permis de considérer que le sens est le suivant : un grain produit un épi qui produit plusieurs grains qui, à leur tour, lorsqu'ils seront semés, produiront des épis avec de multiples grains et ainsi de suite en sorte que l'on puisse considérer qu'un seul épi produit en réalité une centaine de grains.".

2 - Ni étalage des dons aux quémandeurs, ni vexation à ceux qui les reçoivent :

262 - Ceux qui dépensent de leurs biens dans le sentier de Dieu et ne font pas suivre ce qu'ils dépensent en rappelant [autour d'eux] les dons ( manna) [qu'ils font], [ou en les faisant suivre d'un acte] malséant [tels que tenir des propos vexants à l'égard de celui qui les reçoit], auront la récompense [de leurs dépenses] auprès de leur Seigneur. Ils ne ressentiront ni crainte [quant aux biens laissés en ce monde], ni ne seront affligés [dans la vie dernière].

  • Al-mann : Le Coran emploie souvent ce terme pour signaler ceux qui offrent un cadeau ou rendent service dans le but de tirer vanité, de rappeler chaque fois leur générosité et leur sacrifice ou de recevoir quelque chose en contrepartie.
    Ce soutien matériel n'a aucune signification si le but de l'auteur consiste à afficher sa richesse en public, à rappeler aux gens ses bienfaits ou pour obtenir des éloges de la part de son entourage. Il n'a également aucun sens s'il s'accompagne de propos désobligeants à l'égard de celui qui la reçoit, comme de lui dire, par exemple : "Sans moi, tu n'aurais pas été en mesure de participer au combat" ou "Sans moi, tu vivrais dans l'indigence la plus totale.".

3 - Une parole agréable vaut mieux qu'une charité dégradante :

263 - Une parole agréable [adressée au quémandeur] et un pardon [maghfira] [une discrétion], valent mieux qu'une aumône [en y mettant de la mauvaise foi] suivie d'une humiliation. Dieu se suffit à Lui-même [étant suffisamment Riche, Il n'a donc nullement besoin de ces aumônes mêlées de vanité et de vexation]. Il est, [de par Sa sagesse], Indulgent [aussi retarde-t-Il la sanction réservée aux ostentateurs et aux causeurs de torts et de tout acte désagréable, en ce sens qu'Il attend toujours que leurs auteurs se rétractent et s'amendent].

  • Lorsque le croyant n'a pas, sur le moment, les moyens de contenter le pauvre, il serait plus opportun de le renvoyer discrètement et le plus gentiment possible, tant il est vrai qu'une seule parole de bonté est plus méritoire que l'acte de donner avec ostentation, vexation, colère, mépris et rebuffade.

4 - De la bonne et de la mauvaise aumône :
a) Parabole du rocher atteint par une averse.

264 - Ô les croyants ! Ne rende pas vaines [la récompense de] vos aumônes en les rappelant ou en les accompagnant d'une vexation, comme [est vaine l'aumône de] celui [l'hypocrite] qui dépense de son bien au vu et au su des gens, sans croire en Dieu et au Jour dernier. [Ce comportement est celui de l'impie] : Il ressemble à un rocher [lisse] recouvert de terre qui, lorsqu'une forte averse l'atteint, elle le met à nu [c'est-à-dire que la terre disparaît et il revient à son état normal]. [Ces hommes, en raison de leur duplicité,] n'obtiendront rien de leurs acquis [de leurs actes, à savoir qu'ils ne bénéficieront d'aucune récompense]. Dieu ne guide pas les gens mécréants [comme ceux qui viennent d'être décrits].

b) Parabole du jardin arrosée par une averse ou par la rosée :

265 - Ceux qui, [contrairement aux hypocrites], dépensent de leurs biens par désir [recherchant] la satisfaction de Dieu et pour conforter leurs âmes, ressemblent à un jardin sur une colline : l'averse l'atteint et il double ses fruits ; à défaut d'averse, c'est la rosée [ou une pluie fine] qui l'atteint [et cela suffit à le fructifier]. Dieu observe parfaitement ce que vous faites [en guise d'aumônes et récompense même celui qui donne peu de chose, car "En vérité, a dit le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - , Dieu ne regarde pas vos formes mais scrute vos cœurs."]

  • "Le sens de ce passage, dit Tabari, est le suivant : et pour qui ces dépenses constituent une réalisation de la vérité (tahqîq) de la part de leur âme. En d'autres termes, Dieu veut dire ceci : En agissant ainsi, c'est-à-dire en faisant des dépenses comme il a été dit pour obéir à Dieu, l'âme a la certitude au sujet de la promesse que Dieu lui a faite et elle reconnaît et affirme la vérité de cette promesse ; cette certitude de l'âme affermit les êtres pour faire les dépenses en vue de satisfaire Dieu, rend effective leur résolution et purifie leurs conceptions.".

c) Parabole du verger dévasté par le feu :

266 - L'un d'entre vous aimerait-il avoir un jardin de palmiers et de vignes sous lequel coulent les ruisseaux, [et qui lui procurerait des fruits variés] ? [Il est assuré par l'abondance de cette richesse], mais [qu'adviendrait-il de lui] quand la vieillesse s'abattra sur lui [et à cause de sa faiblesse due au poids des ans, il ne pourra plus le fructifier d'autant plus] qu'il n'aura qu'une faible progéniture [des enfants en bas âge ou de conditions physiques déficientes], et qu'un vent violent contenant du feu brûlera [son jardin] ? [Il restera lui et ses enfants sans ressources]. Ainsi Dieu vous explique Ses signes afin que vous méditiez ?

  • Cette image illustre les aumônes des hypocrites. Ce qu'ils dépensent en ce monde ne sera point récompenser dans la vie dernières car ses œuvres ici-bas seront vaines.
    Combien même les œuvres extérieures apparaissent d'une grande beauté, elles sont en fait laides à cause des mauvaises intentions qui les soutiennent. C'est pourquoi, la situation de ce vieillard, sans enfants en âge de travailler, est celle de l'homme qui dépense, quelles que soient ses largesses, par ostentation. Le Jour où il rencontrera Dieu, il constatera, pour son malheur, que le Juge suprême a effacé ses œuvres et a annulé la récompense, comme le feu qui détruit le verger. Son espoir sera ainsi complètement anéanti comme le fut le jardin. Il ne tirera pas profit de ses actes, comme les arbres fruitiers de ce jardin ne donneront pas de fruits.

5 - Aumône légale : donner le bon.

267 - Ô vous qui croyez ! dépense [purifiez vos biens en donnant] les meilleures choses que vous aurez acquis [en biens] et ce que Nous vous aurons fait sortir de la terre [c'est-à-dire de vos récoltes]. Ne recherche pas ce qui est vil pour le distribuer [sous forme de zakât] alors que vous-mêmes vous ne l'accepteriez qu'en fermant les yeux [Comment, dans ces conditions, figuriez-vous avoir prélevé, sur vos biens, le Droit de Dieu ?] Sache que Dieu est Riche [et, se suffisant à Lui-même, Il n'a que faire de tels dépenses]. Il est digne de louange.

  • L'Islam désapprouve l'acte de donner si le don est empreint de mauvais sentiments ou s'il est entaché de péchés. Il en résulte que les dons concernant la zakât ont leurs exigences :
    * Ils portent sur les bonnes choses, désirables pour soi-même : les choses déjà utilisées et qui ont perdu de leur valeur, le superflu qui n'est pas enviable…ne sont pas acceptés à titre de la zakât ou aumône purificatrice.
    * Ils doivent être acquis honnêtement et honorablement par le donner. Les biens acquis au moyen de la fraude, de la corruption, de détournement des biens de l'État, du jeu de hasard et de la vente des produits illicites sont exclus de la zakât.

268 - Satan [suscite en vous la peur] en vous faisant prévoir [ya'idu-kûm] la pauvreté [si vous vous montrez généreux dans vos aumônes]. Il vous ordonne des actions honteuses [l'avarice et le refus de la zakât], tandis que Dieu vous promet, [pour vos péchés], Son pardon et Sa faveur [en vous accordant une subsistance meilleure que celle que vous donnez]. [La Grâce] de Dieu est immense et sait [ce que vous dépensez en aumônes.].

  • Ya'idu-kum : du verbe wa'ada qui peut signifier aussi bien promettre que menacer. Le Coran emploie souvent ces deux expressions de la même racine dérivant du verbe cité : al-wa'd (promesse) et al-wa'îd (menace).
    Dieu et Satan conduisent les hommes dans des voies opposées pour des motifs différents. Ici, le contraste est marqué par l'aumône. Ainsi, lorsque nous nous engageons à faire le bien, nous sommes assaillis par le doute et la crainte d'un éventuel appauvrissement. Satan supporte cette tendance humaine comme il accroît les appétits des gens et les encourage à faire des dépenses extravagantes pour mieux infiltrer dans les esprits l'assujettissement à une possible misère. A l'autre extrémité, Dieu attire Ses serviteurs vers toutes sortes de bonté, en éliminant les soupçons qui effleurent la pensée au sujet de la ruine matérielle car Sa terre est abondante de richesses pour celui qui sait jouir modérément et est à même de distinguer entre les fausses apparences du bonheur et le réel mieux-être. Il en résulte que Satan promet deux choses : l'avarice et l'infamie. Mais Dieu promet deux autres choses opposées : le pardon des péchés et l'octroie d'une plus grande subsistance.

6 - Le mérite de la sagesse :

269 - Il donne la sagesse [la science qui enseigne la réalisation des bonnes œuvres] à qui Il veut. Celui à qui la sagesse [al-hikma] est donnée, a déjà obtenu un bien [un bonheur] immense [éternel]. Mais seuls les doués de raison s'en souviennent.

  • Dieu donne la sagesse, c'est-à-dire le Coran où se renferment la science et la compréhension, selon l'explication de Mujâhid. Il s'agit, au moyen de la sagesse, d'atteindre le Vrai d'une question après avoir pris parfaitement connaissance de ses données. La notion de hikma englobe la prophétie du fait que la compréhension et le jugement des envoyés de Dieu les conduisent à exprimer des paroles vraies et à accomplir des actes justes.
    Ce sont les hommes intelligents qui sont capables de réfléchir correctement aux exhortations de Dieu au sujet des dépenses en aumônes et des autres normes prescrites. Ce sont eux qui se souviennent de Dieu et se prémunissent de Ses menaces qui interviendront après que ce monde d'illusions s'éteindra et que le monde de la Vérité se manifestera.

7 - Aumônes publiques et discrètes :

270 - Quelles que soient les dépenses [zakât ou aumônes volontaires] que vous fassiez et les vœux que vous formule, Dieu le sait. Les injustes [ceux qui ne se montrent pas charitables et ne purifient pas leurs biens au moyen de la zakât] n'ont personne pour les secourir [contre le châtiment de la Fournaise.]

  • Dieu connaît les dépenses que vous faites sous formes d'aumônes et les vœux que vous émettez chaque fois que vous accomplissez de bonnes œuvres. Il connaît aussi les dépenses que vous faites par ostentation, poussés par les susurrements du Démon.

271 - Si vous manifeste ouvertement vos aumônes [volontaires], [votre acte relève certainement] d'une bonne action. Mais si vous les remette [aux pauvres] discrètement, [votre acte est encore] meilleur [que celui qui consiste à les remettre au vu et au su de tout le monde] . Dieu effacera une partie de vos méfaits [en raison de votre générosité désintéressée]. Dieu connaît parfaitement ce que vous faites [c'est-à-dire ce que vous donnez ouvertement ou discrètement et avec quelle intention.].

8 - L'aumône ne peut pas être l'objet de pressions sur les consciences

272 - Ce n'est pas à toi [ô Muhammad !] de guider [les associants] , mais c'est Dieu qui guide qui Il veut [Quant à toi, ta tâche se limite à la communication du Message]. Tout ce que vous dépense de vos biens sera à votre avantage [puisque la récompense équivalente vous revient], et vous ne dépenser que par désir de la Face de Dieu [et pour aucune autre raison ayant des objectifs terrestres]. Tout ce que vous dépense de vos biens dans les bonnes œuvres sera récompensé pleinement. Vous ne sera pas lésés [à savoir que vous aurez la récompense qui vous revient sans aucune amputation.].

  • H. Boubekeur donne cette explication au sujet de ce verset : "Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - , ayant recommandé de réserver les aumônes aux musulmans, de ne pas se montrer charitable envers les Chrétiens, les Juifs et les païens que s'ils embrassaient l'Islam, Dieu le rappelle à l'ordre par ce verset. On doit pratiquer la charité sans tenir compte de la race ni de la religion de ceux au profit desquels elle est faite. La charité sans désintéressement n'a aucune valeur. Elle ne peut être mise au service d'une cause même intrinsèquement bonne, tel que le prosélytisme. Pratiquer la charité pour attirer les gens vers une religion constitue une ruse honteuse, une inadmissible pression sur les consciences que l'Islam condamne sévèrement : Pas de contraire en matière de foi.".

Ashâbu as-Suffâ

273 - [Les aumônes que vous donnez] aux pauvres, [uhsirû : engagés pleinement et entièrement] dans le chemin de Dieu, et ne pouvant pas parcourir la terre [se déplacer pour s'adonner au commerce parce que, en hommes très pieux, ils sont complètement occupés par l'apprentissage du Coran et le jihâd], et que l'ignorant [en observant les apparences] les croit riches [parce que, en réalité, ils ont honte de mendier]. Tu les reconnaîtras à leurs traits caractéristiques [où s'inscrivent l'humilité et les traces du jihâd] -. Ils ne demandent pas aux gens avec insistance [ce dont ils ont besoin en nourriture mais ils le font avec douceur et humilité]. [C'est pourquoi], tout ce que vous dépense de vos biens [en leur faveur], Dieu le sait parfaitement [et vous récompensera en conséquence.].

  • Uhsirû signifie dans ce contexte que ces gens étaient retenus en ce lieu parce que les circonstances qui les ont amenés à servir la Cause de Dieu les empêchaient de se procurer leurs moyens de subsistance.
    La portée universelle de ce verset est le suivant : Tout soutien matériel se destine à ceux qui sont vraiment dans le dénuement ou que la Cause honorable qu'ils défendent mérite de la part des croyants des sacrifices matériels. Il en est ainsi par exemple :
    * de ceux dont la volonté de s'instruire est handicapée par des insuffisances financières,
    * ceux qui vivent en exil parce qu'ils sont persécutés en rai-son de leur foi,
    * les célibataires qui, en dépit de leur désir de fonder un foyer, sont démunis d'argent et de logement.

Finalité des aumônes

274 - Ceux qui, de nuit et de jour, en secret et ouvertement, dépensent de leurs biens, ont leur salaire auprès de leur Seigneur. Ils n'ont rien à craindre et ils ne seront pas affligés.

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