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Sourate 2 al-Baquara
(V94-103)
Étude
et exégèse de la deuxième sourate
Tahar
Gaïd
Adresse
aux Fils d'Israël (3ième partie)
LE
PARADOXE : ASSURANCE DU PARADIS MAIS CRAINTE DE LA MORT
1 - Défi lancé aux Fils d'Israël :
94 - Dis [(aux Fils d'Israël)] : "Si l'ultime demeure [(le
Paradis]) auprès de Dieu est pour vous seuls, à l'exclusion des autres gens
[(comme vous le prétendez]), souhaitez donc la mort si vous êtes
véridiques !"
2 - Crainte de la mort :
95 - Or, ils ne la souhaiteront jamais, sachant tout le mal qu'ils ont
perpétré [(en matière d'impiété dont le déni du Sceau des envoyés])
de leurs mains. Et Dieu connaît bien les injustes [(et les rétribuera en
conséquence]).
Ô Muhammad ! Dis aux Fils d'Israël : Puisque vous prétendez que le Paradis
vous est spécialement réservé et que tous les autres hommes sont exclus de ce
bonheur, alors, si vous êtes logiques avec vous-mêmes, demandez à mourir
immédiatement pour arriver rapidement au Paradis, tant il est vrai que ceux qui
n'ont rien à se reprocher et se persuadent de compter au nombre des élus, ont
hâte de rencontrer Dieu.
Il est certain que les Fils d'Israël ne souhaiteront pas la mort parce qu'ils
craignent le Jugement dernier à cause de leurs nombreux péchés. C'est que
Dieu est parfaitement informé de leurs agissements connus et cachés.
C'est pourquoi, le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit
au sujet des prétentions des Fils d'Israël : "Si les Juifs,
souhaitant mourir, venaient à mourir, ils verraient leurs emplacements
flamboyants du feu de l'Enfer".
Le témoignage des œuvres, explique le Pakistanais Yûsuf 'Alî , en faveur ou
contre leurs auteurs, s'opérera avant que ces derniers n'en prennent pleinement
connaissance de leur véritable portée. Cette donnée revêt un caractère plus
général que l'idée contenue dans la première Épître de Saint Paul à
Timothée du Nouveau testament. Il est dit : "Il est des hommes dont les
péchés sont manifestes avant qu'on les juge ; chez, d'autres au contraire, ils
ne le deviennent qu'après. Les belles œuvres, pareillement, sont manifestes ;
mêmes celles qui ne le sont pas ne peuvent être cachées."
3 - La mort est inéluctable :
96 - Tu les trouveras les plus attachés à la vie, pire en cela que les
associateurs [(qui dénient la résurrection. Par contre, eux, savent que le
Feu sera leur refuge et c'est pourquoi]), tel d'entre eux aimerait vivre
mille ans. Mais une pareille longévité ne le sauvera pas du châtiment [(du
Feu]) ! Et Dieu voit bien leurs actions.
Ces versets servent à tester la sincérité des Fils d'Israël et, par la même
occasion, à dénoncer leurs prétendues allégations, à savoir :
"Ils ont dit : Le Feu ne nous touchera que pour quelques jours
comptés." ((S.2, 80)) * "Ils ont dit : Nul n'entrera au
Paradis que Juifs ou Chrétiens.". ((S.2, 111))
Toux ceux qui s'attachent avidement à la vie matérielle du monde immédiat ne
souhaitent pas rencontrer Dieu. Il est vrai que personne n'appelle la mort car,
quelles que soient les bonnes œuvres réalisées, on ignore si elles sont
toutes agréées par le Seigneur. Si des gens étaient certains de vivre au
Paradis, ils ne demanderaient pas mieux de mourir le plus vite possible, du
moment que la vie éternelle s'y trouve.
Attitude des Juifs à l'égard de Gabriel
97 - Dis [(aux Fils d'Israël]) : "Quiconque est ennemi de
Gabriel doit connaître que c'est lui qui, avec la permission de Dieu, a fait
descendre sur ton cœur cette révélation [(le Coran]) qui déclare
véridiques les messages antérieurs et qui sert aux croyants de guide et
d'heureuse annonce [(le Paradis]).".
Les Juifs de Médine tournaient en dérision les Musulmans qui croyaient, à
juste raison, que l'ange Gabriel communiquait la révélation à Muhammad - que
Dieu lui Accorde la grâce et la paix -. Faisant une distinction entre les
anges, les uns étaient leurs amis et les autres leurs ennemis, parmi lesquels
Gabriel parce que celui-ci, selon eux, leur annonça des nouvelles
catastrophiques les concernant. Sa vision, disent-ils, ne peut, par conséquent,
qu'inspirer la peur.
98 - [(Dis]) : "Quiconque est ennemi de Dieu, de Ses anges, de
Ses envoyés, de Gabriel et de Michaël, [(Dieu sera alors son ennemi]
car Dieu est l'ennemi des infidèles."
L'énoncé du texte
va du général au particulier. Dieu parle des anges dans leur totalité puis
donne les noms des plus connus d'entre eux.
Déni du Coran et violation des pactes
Après avoir dénoncé l'attitude des Fils d'Israël envers les anges et les
prophètes, Dieu fait dire à Son Envoyé que c'est dans leurs habitudes de
démentir les Signes de Dieu et de ne pas être fidèles à leurs engagements.
"Ceux-là même avec lesquels tu as fait un pacte et qui, chaque fois, le
rompent, sans aucune crainte de Dieu." ((S.8, 56))
99 - Très
certainement Nous avons fait descendre vers toi [(ô Muhammad !]) des
signes évidents [(qui montrent aux docteurs et aux rabbins que tu es bien
l'Envoyé de Dieu et que ta mission prophétique est véridique]). Seuls les
pervers [(parmi les Juifs qui en contestent le bien-fondé et]) n'y
croient pas. [(A l'inverse, ceux qui ne dérogent pas au contenu de leur
Livre et qui, par conséquent, ne trahissent pas la religion de Dieu, sauront
que les Signes descendus sur toi confirment effectivement ce qu'ils ont déjà
reçu.])
100 - Faudrait-il chaque fois qu'ils concluent un pacte [(confirmant leur
foi en la venue du prochain prophète]), qu'une partie d'entre eux le
dénonce, C'est que plutôt la plupart [(la quasi-totalité]) d'entre
d'entre eux [(leurs docteurs et leurs rabbins]) ne sont pas croyants.
Au sujet de cette expression "La quasi-totalité ou la plupart d'entre
eux" peut être comprise de deux manières, selon Tabarî. Dans le premier
cas, les docteurs de la Loi et les rabbins manquent de fidélité à l'égard de
leur engagement. Dans le second cas, ils ne reconnaissent pas ou ne confirment
pas la vérité de Dieu et de Ses envoyés.
101 - Et quand leur vint de Dieu un Messager [(Muhammad - que Dieu lui
Accorde la grâce et la paix -]) confirmant ce qu'il y avait déjà avec eux,
certains à qui le Livre avait été donné, jetèrent derrière leur dos le
Livre de Dieu [(la Torah]) comme s'ils ne savaient pas [(c'est-à-dire
qu'ils ne pratiquent pas son contenu et se comportent comme si le Sceau des
envoyés n'était pas véridique]).
"Jeter derrière leur dos" est une expression qui indique un refus sur
lequel on ne revient pas ou un ordre qu'on refuse systématiquement d'exécuter.
Lorsque Dieu a envoyé Muhammad - que Dieu lui Accorde la grâce et la paix -,
venu confirmer la Torah en ce qu'elle comporte des fondements de la religion,
une partie des détenteurs de la science scripturale, à savoir les docteurs de
la Loi et les rabbins, dénièrent cette prophétie et persistèrent dans leur
déni, comme s'ils n'avaient aucune connaissance à son sujet, c'est-à-dire
comme s'ils ne savaient pas que la Torah, annonçait la venue du Sceau des
messagers, attestait la véracité de sa mission. C'est parce que, selon
As-Suddi, ces savants juifs s'aperçurent de la concordance qui existait entre
la Torah et le Coran qu'ils abandonnèrent la première et préférèrent s'en
remettre à la magie enseignée par Hârût et Mârût, feignant d'ignorer la
fausseté de ce procédé.
Ainsi, les Fils d'Israël refusent de croire au Sceau des envoyés et au Coran
qu'il communique à l'humanité. A cet effet, ils avancent divers prétextes
aussi inconsistants les uns que les autres. Le Prophète - que Dieu lui accorde
la grâce et la paix - est déçu par leur attitude à l'égard de la dernière
révélation mais aussi de leur comportement vis-à-vis de leurs engagements
pris lors de la signature en commun de ce qui est appelée la Constitution de
Médine. Dans le dessein de consoler Son Envoyé, Dieu enregistre quatre
vilenies des Fils d'Israël :
-
1
- Ils traitent de mensonges les Signes de Dieu : Ses arguments clairs et Ses
preuves irréfutables concernant Son unicité, Sa seigneurie, l'obligation
de Lui vouer un culte exclusif, d'obéir à Ses commandements et d'éviter
Ses interdits.
-
4
- La plupart d'entre eux n'ont pas rejeté la totalité de la Torah. Mais,
ils ne veulent pas croire à la partie de leur Livre où il est question des
caractéristiques et des attributs de la venue d'un prophète, en
l'occurrence Muhammad - que Dieu lui Accorde la grâce et la paix -. C'est
qu'ils n'admettent pas qu'un prophète puisse être de la lignée d'Ismaël.
LES
ANGES HARUT ET MARUT
102 - Ils suivent ce que les satans récitent sous de règne de Salomon.
Pourtant, Salomon n'était pas un mécréant [(c'est-à-dire qu'il ne
s'adonnait pas à la magie parce qu'un tel acte relevait de l'impiété])
mais ce sont les satans qui l'étaient ; ils enseignaient aux gens la magie. [(Il
se trouve]) et ce qui a été révélé aux deux anges de Babylone, Hârût
et Mârût). Ces deux-là n'apprenaient rien à personne sans les avertir :
"Nous ne sommes qu'une tentation ; ne sois pas incrédule". Ils
apprenaient auprès d'eux la manière de désunir l'homme et son épouse, bien
qu'ils ne peuvent nuire à quelqu'un qu'avec la permission de Dieu. Mais les
gens s'initiaient à ce qui leur portait préjudice et ne leur était d'aucune
utilité. Cependant, ils savaient bien que celui qui acquiert [(ce pouvoir])
n'aura aucune part dans l'autre monde ; quel détestable troc auquel ils se
livrent ! Si seulement ils le savaient !
103 - S'ils avaient cru [(en Muhammad - que Dieu lui Accorde la grâce et
la paix -]) et éprouvaient la crainte de Dieu, une récompense de Dieu
aurait été certainement meilleure, si seulement ils le savaient.
La magie recourt à la ruse pour faire croire aux gens que ce qu'ils voient est
réel. Elle fait croire à l'ensorceler que ce dont il est témoin, est vrai.
C'est comme un mirage : la personne traversant le désert, et assoiffée, voit
de l'eau, alors qu'il n'en est rien.
Il convient de faire une différence entre la magie et le miracle des
prophètes. Le Coran, à propos des magiciens de Pharaon en butte au miracle que
Moïse leur oppose, dit : "Ce qu'ils ont fabriqué n'est qu'une ruse
de magicien ; et le magicien ne réussit pas où qu'il soit.".
((S.20, 69)). Si la magie est le produit d'une illusion, le résulta du miracle
prophétique est une réalité qui ne disparaît pas. Lorsque Jésus, fils de
Marie, guérit le paralytique, celui-ci continuera toujours à marcher. Il en
est de même de l'aveugle qui continuera à voir après sa guérison
miraculeuse. par le Messie.
Tabarî,
après avoir donné diverses interprétations à ce sujet, fait ce résumé :
"Le commentaire le plus pertinent de ce verset est tout d'abord de dire que
ce verset constitue un blâme des Juifs qui vécurent à l'époque du Prophète
- que Dieu lui accorde la grâce et la paix - et qui nièrent et dissimulèrent
sa fonction pour ne pas à avoir à se conformer à ce qu'exigeait leur propre
Livre à l'égard de cet envoyé. Mais ce verset contient également un blâme
pour tous ceux qui suivirent les textes dictés par les démons sous le règne
de Salomon, qu'il s'agisse de ceux qui ont vécu au temps du Prophète - que
Dieu lui accorde la grâce et la paix - et qui ont cherché dans ces textes des
arguments à lui opposer ou qu'il s'agisse de ceux qui vécurent au temps de
Salomon et qui se conformèrent à ces textes en pratiquant la magie.".
Yûsuf 'Alî note que parmi les traditions juives, il y a une histoire sur deux
anges qui ont demandé à Dieu la permission de descendre sur terre. Là, ils
ont succombé à la tentation. Pour les punir, le Seigneur les condamna à se
rendre à pied jusqu'à Babylone. Les premiers Chrétiens ont également cru à
de tels récits. Yûsuf 'Alî dit qu'il y a peut-être une allusion à ces
légendes dans ces deux textes de la Bible.
"Car Dieu n'a pas épargné les anges coupables, mais les a plongés, les a
livrés aux antres ténébreux de tartare [(un des noms grecs désignant les
enfers]), en les gardant en réserve pour le jugement." [(Deuxième
épître de Saint Jean : II, 4]).
"Les
anges qui n'avaient pas gardé leur rang, mais qui avaient abandonné leur
demeure, il les garde éternellement enchaînés dans les ténèbres pour le
jugement du grand jour." [(Epître de Saint Jude, 6]). Selon le
commentateur de ce passage : "Ces anges avaient quitté leur rang en
séduisant des femmes : de cette union étaient nés des géants qui désolaient
la terre.".
Donc, si ces Juifs, qui apprirent la magie et acceptèrent le troc, croyaient en
Dieu et se prémunissaient contre Son châtiment, ils auraient su que la
rétribution divine serait meilleure que le malheur qui s'abattra sur eux lors
du Jugement dernier.
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