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Ahmed
al-Ghazali et l’exégèse spirituelle de la Shahada
«
Jamais la langue d’aucune personne ne s’est brûlée en prononçant le mot
« feu »,
..
que fais-tu de l’écorce en l’absence de la perle ?
Dernière
et ultime religion monothéiste, l’islam met particulièrement l’accent sur
l’unicité et confirme que les messages des Révélations divines antérieures
faisaient de même. En d’autres termes, tous les prophètes antérieurs –
Sur notre Prophète et sur eux la Grâce et la paix -, sans exception, n’ont
fait qu’exhorter les hommes à rechercher et à reconnaître le tawhid
(L’affirmation de l’unicité de Dieu).
Ceci est attesté clairement dans le
Coran et dans la Tradition prophétique. Dieu – qu’Il soit exalté- a dit :
« Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager sans que Nous lui révélions
qu’il n’y a d’autre dieu que Moi, adorez-moi donc. » (Coran, 21/25) De même,
le Prophète de l’Islam – Sur lui la Grâce et la Paix- a dit : « La parole
la plus excellente dite par moi et les autres prophètes avant moi est : La
Ilaha Illa Allah. » Pour Ahmed al-Ghazali, comme pour les savants musulman en général, la Shahada
est le moyen par excellence pour réaliser le tawhid. Elle résume le cycle
complet de la quête spirituelle qui débute par la négation absolue et aboutit
à l’affirmation absolue. Dans son petit traité centré sur la formule du
tahlil, la parole par excellence du tawhid, qui se présente sous forme d’un
commentaire spirituel d’un hadîth Quodsi où Dieu parle à la première
personne par la bouche de Son prophète – que Dieu lui accorde la Grâce et la
Paix : « La Ilaha Illa Allah est Ma citadelle (Hisni ). Celui qui pénètre
dans Ma citadelle est prémuni (ou protégé) contre Mon châtiment. » Ce petit
traité intitulé al-tajrid fi kalimati al-tawhid (Le dépouillement de
l’attestation dans réalisation du tawhid) est à la fois un commentaire
spirituel sur le tawhid et un petit manuel où l’auteur présente et résume
sa profession de foi.
Il ne se contente pas d’opposer la voie droite suivie par Adam à la voie de
perdition et d’égarement prônée par Satan. Il lance un avertissement grave
à tout croyant qui serait tenté d’imiter le Diable : « Prends garde de
rejoindre Iblis, car tu te rattacheras à celui qui n’est pas ton père, tu
rompras la filiation adamique, tu adopteras une filiation satanique et tu
appelleras ton âme à s’y associer. »
On peut dire, d’ailleurs, que son commentaire sur la parole : La Ilaha Illa
Allah n’est au fond qu’une invitation pressante à sortir de la négation de
la divinité dans laquelle s’est enfermé Satan à cause de son orgueil
aveugle, pour pouvoir s’engager sur le sentier de l’affirmation de l’Etre
Divin. Mais pour sortir de cette négation, l’auteur insiste particulièrement
sur la nécessité de dépasser la simple affirmation par la langue, en
cherchant à l’affirmer également par le cœur. Il écrit à ce propos :
« Jamais la langue d’aucune personne ne s’est brûlée en prononçant le
mot « feu », ni personne ne s’est enrichie en prononçant le mot « mille
dinars ». Les mots sont l’écorce et la signification, la substance ; les
mots sont les coquilles et le sens en est la perle, que fais-tu de l’écorce
en l’absence de la perle ? Ce mot La Ilaha Illa Allah couplé à sa
signification s’apparente à l’esprit par rapport au corps. Ainsi, de même
que le corps n’est pas utile sans l’esprit, de même cette formule n’est
pas utile sans sa signification. » Aussi, pour réaliser le tawhid et intérioriser
pleinement sa formule par excellence, Ahmed Al-Ghazali ne ménage pas son
lecteur et préfère l’avertir pour éviter tout amalgame à ce niveau car il
y va de son salut dans l’Autre monde : « Prends garde de croire avec ta
langue sans ton cœur, car cette formule t’interpellera dans l’arène du
Jour de la Résurrection en ces termes : « je lui ai tenu compagnie tant
d’années sans qu’il ne reconnaisse mes droits, ni ne respecte mon
inviolabilité. Cette formule témoignera soit pour toi, soit contre toi. »
Comme cette formule est la meilleure protection pour le fidèle, elle
s’apparente à la Citadelle inviolable qui protège efficacement ceux qui
s’abritent en son sein.
L’auteur faisant un parallèle entre les quatre piliers sur lesquels repose
toute citadelle digne de ce nom et les mots qui composent la formule de La Ilaha
Illa Allah et souligne : « Par ailleurs, de même que cette formule comporte
quatre piliers quant à la formule, de même elle possède quatre piliers quant
au sens spirituel qui sont la prière, l’aumône légale, le jeûne et le pèlerinage.
Cette formule étant la cinquième conformément au hadîth célèbre :
(L’islam est fondé sur cinq piliers…) »
L’auteur a souvent recourt à l’approche symbolique qui est une méthode
d’exégèse typiquement spirituelle : symbole du corps comme cité, du cœur
comme chef de cette cité et des membres et organes comme ses sujets : « Sache
que cette citadelle est fortifiée au sein de la cité de ton humanité et de
l’autorité de ton cœur. Tout ce qui se trouve dans cette cité comme
l’ouie, la vue, les mains et les pieds sont ses sujets et ses serviteurs. »
Symbolisme des lettres arabes qui composent le Nom Allah, symbolisme du soleil
du tawhid et des chauves-souris qui sont aveuglées par la lumière ; symbolisme
du cœur et du corps à travers l’exégèse du « verset de la lumière » ;
symbolisme de l’arbre du tawhid : comme arbre du bonheur : « Si tu le plantes
dans le terrain de l’assentiment, l’irrigues de l’eau de la sincérité et
l’entretiens par les bonnes œuvres, ses racines se consolideront, son tronc
se raffermira, ses feuilles verdiront, ses fruits mûriront et se multiplieront.
» etc.
Pour Ahmed al-Ghazali, la Shahada est la formule par excellence du tawhid. Se présentant
comme un cycle complet qui débute par la négation absolue et aboutit à
l’affirmation absolue, la parole de La Ilaha Illa Allah devient, quand elle
est partiellement réalisée, le meilleur moyen pour se débarrasser de toutes
les qualités de contingence et de déficience et pour affirmer ses qualités de
perfection et de transcendance. C’est dire que la Shahada renferme en quelque
sorte synthétiquement tout le secret des multiples significations du tawhid.
Par sa simplicité et sa clarté, elle éblouit le mental et illumine le cœur.
Du reste, les lettres qui la composent se ramènent en fin de compte à trois :
Alif, Lam et ha qui forment les lettres du Nom suprême : Allah. C’est dire
qu’elle doit ramener celui qui s’y attache à Son But Suprème : Allah
A quelques différences près dans la formulation, il y a une certaine parenté
d’idées entre les quatre degrés du tawhid de l’Ihya d’Abu hamid
al-Ghazali et les étapes que distingue son frère Ahmed. Notamment lorsqu’il
écrit dans son tajrid :
« Si tu dis La Ilaha Illa Allah et que cette parole demeure sur ta langue sans
aucun effet dans ton cœur, tu es un hypocrite. Si elle demeure dans ton cœur,
tu es un croyant, si elle touche ton esprit tu es un amoureux, et si elle touche
ton secret, tu es un homme du dévoilement. »
Il existe une différence très nette à propos de l’exégèse du verset de la
lumière chez les deux frères Ghazali. Dans sa Mishkat al-Anwar (le Tabernacle
des lumières) Abu Hamid propose une exégèse qui emprunte l’essentiel de ses
termes à un vocabulaire nettement philosophique. Roger Deladrière qui a
traduit la Mishkat note avec raison dans son introduction :
« Les réalités symboliques mentionnées dans ce célèbre verset seront mises
en correspondance avec les cinq facultés humaines de la nature lumineuse : la
faculté sensible, la faculté imaginative, la faculté intellectuelle, la
faculté cogitative et la faculté sainte prophétique. Car pour Ghazali, le «
Monde visible est le point d’appui pour s’élever au monde du Royaume céleste
et le parcours de la voie droite consiste en cette ascension… S’il n’y
avait pas de correspondance et de liaison entre les deux, la montée de l’un
à l’autre serait inconcevable. »
Dans son Tajrid, Ahmed al-Ghazali adapte une exégèse plus spirituelle où le cœur
est la pièce maîtresse qui reçoit et transmet la lumière Divine aux autres
organes : « Il s’agit plutôt d’une lumière qui se réfléchit sur les cœurs
et les esprits. Il s’agit en fait de la lumière de la guidance… Ainsi, la
niche s’apparente à ton humanité ; la lampe s’apparente à la lumière de
ton tawhid et le verre s’apparente à ton cœur. La niche est comparée à
l’humanité de l’homme en raison de son opacité, car c’est un lieu ténébreux
et noir. Or, plus la lampe se trouve dans un lieu sombre et noir, plus elle
brille et sa luminosité s’intensifie. La lumière du tawhid est comparée à
celle de la lampe pour indiquer qu’elle éclaire ses alentours et l’endroit
où elle se trouve. Le cœur est comparé au verre en raison de sa transparence.
En effet, le verre est transparent et il réfracte les rayons lumineux sur les
corps et qui l’entourent et se trouvent face à lui. De même, le cœur est
transparent. Il filtre les rayons de la lumière du tawhid pour inonder les
autres organes de perceptions… »
Mohammed
al-Dahbi
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