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Le chant et l'audition dans les mosquées Convertir en PDF Version imprimable
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Le chant et l'audition dans les mosquées


Selon Ibn ka'b, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit : " Certes, il y a une sagesse dans certaines poésies. "
D'après Anas, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - transportait des briques avec les musulmans au moment de la construction de la mosquée, et ceux-là récitaient des vers de poésie. Ils disaient : " Seigneur ! Il n'y a de paisible vie que celle du Futur ; alors fais miséricorde aux ansars et aux mouhajirines.
Salamah Ibn al-Akwa' a dit : " Nous sommes allés à Khaybar avec l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. Nous avons marché la nuit. Un homme du groupe a dit à 'amir Ibn al-Akwa' : " Ne nous fais-tu pas entendre quelques-uns de tes vers ? " 'amir qui était un poète se mit à déclamer :

" Seigneur ! Sans Toi nous n'aurions pas été guidés, nous n'aurions fait ni l'aumône, ni nous aurions prié.
Pardonne-nous ! Puisses-Tu nous pardonner ce que nous avons fait de mal. Et assurer nos pas si nous nous heurtons à des difficultés.
Couvre-nous de la grande quiétude (sakîna). Car on est à la disposition du Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -, si on est appelé, on vient sans tarder.
Vous pouvez compter sur nous ; un simple appel et nous y voilà. "
Ayant Entendu ces vers, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - demanda qui en était l'auteur ? Il lui fut répondu que c'était 'amir Ibn al-Akwa'. " Que Dieu l'ait dans Sa miséricorde " dit alors le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. Un membre du groupe dit alors : " Ta réponse nous réjouit ô Envoyé de Dieu... "


Sa'îd Ibn al-Musayyab rapporte : " Omar passa dans la mosquée au moment où Hassan chantait. Il le regarda d'un œil désapprobateur. Hassan dit : " J'ai déclamé mes vers en présence de quelqu'un de meilleur que toi (c'est-à-dire le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -). Puis, il se tourna vers Abû Hurayra et dit : " Par Dieu ! N'as-tu pas entendu l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - (me) dire : " Réponds pour moi, Ô Seigneur ! Soutiens-le par l'Esprit saint ? " - " C'est exact " répondit Abû Hurayra. "


D'après Aïsha : " L'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - mettait à la disposition de Hassan une chaire sur laquelle il se dressait et louait le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. Celui-ci disait : " Dieu soutient Hassan par l'esprit Saint chaque fois qu'il fait l'éloge de l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. "
Le savant as-Safâraynî a dit dans son commentaire " Manzûmatu al-âdab " :
Selon la version de Abû Bakr Ibn al-Anbârî, quand Ka'b Ibn Zuhayr est revenu repentant et déclama son célèbre poème qui débute ainsi :
" Su'âd s'est éloignée et mon cœur aujourd'hui affligé,
Amoureux fervent après elle, il ne s'est pas libéré de ses chaînes.
Et se termine par le vers suivant :
Certes, le Prophète est une épée dont on s'éclaire.
Trempée en acier comme celle de l'Inde, c'est une épée tirée de son fourreau. "
L'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - prit le manteau qu'il portait sur lui et le jeta sur Hassan. Mu'âwiya aurait souhaité acquérir cet habit pour dix mille dirhams. Mais Hassan lui répondit : " Je ne préférerais personne à ce vêtement du Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. "
Lorsque Ka'b mourut, Mu'âwiya a envoyé à ses héritiers vingt mille dirhams et a récupéré le manteau.
as-Safâraynî continue, en écrivant : " La déclamation de ce poème par Ka'b Ibn Zuhayr devant le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - nous enseigne plusieurs sunna (traditions) :
1. Il est permis de déclamer la poésie.
2. Il est permis de l'écouter dans les mosquées.
3. Il est permis de la rétribuer. "
L'imâm ash-Shâtibî a mentionné dans son livre " al-i'tiçâm " ce qui suit : " Abû al-Hasan al-Qarâfî aç-çûfî a rapporté selon al-Hasan al-Baçrî que des gens sont venus voir Omar Ibn al-Khattâb et lui ont dit :
- " Ô Emir des croyants ! Nous avons un imâm qui, après avoir terminé la prière, se met à déclamer des poèmes. "
- " Qui est-il ? "
- Après que le nom de la personne lui a été donné Omar dit : " Allons le voir, sinon, il pourrait croire que nous l'espionnons. "
Omar partit, avec un groupe de Compagnons. Ils ont trouvé l'imâm en question dans la mosquée. L'homme, en voyant Omar se leva et alla vers lui et dit :
- " Ô Emir des croyants ! Que veux-tu ? Pourquoi es-tu venu jusqu'ici ? Si ton affaire est de notre ressort, c'était de notre droit plus que du tien de venir te voir. Mais si cette affaire concerne Dieu, c'est du droit de celui que nous avons choisi comme calife de venir vers nous. "
- " Il m'est parvenu à ton sujet une mauvaise information. "
- " De quoi s'agit-il ô Emir des croyants ? "
- " Il semble que tu tiennes des propos déplaisants dans ta pratique cultuelle. "
- " Que non ! Ô Emir des croyants, ce n'est qu'une exhortation au bien dont je m'exhorte moi-même. "
- " Dis-la-moi. Si c'est une bonne parole, je la dirai avec toi ; mais si c'est une vilenie, je te l'interdirai. "
Aussitôt, l'imâm déclama ce poème :
" Chaque fois que je blâmais mon cœur, l'espace d'un délaissement, il désirait aussitôt ma lassitude.
Je lui montrais le temps, combien long, qu'il passait dans la distraction et pendant lequel il me tourmentait.
Ô compagnon du mal ! Qu'est-ce que ces aspirations enfantines qui font que ta vie s'épuise dans la distraction.
Une jeunesse qui s'est éloignée puis a disparu avant même d'accomplir le but qu'on avait en vue.
Ce que j'espère avec force après lui, c'est l'anéantissement de l'individualité mais la vieillesse a réduit le délai de mon souhait.
Malheur à mon âme car je ne la vois jamais ni en beauté, ni en bienséance.
Âme ! Tu n'aurais dû point exister, ni la passion à laquelle tu t'adonnes. Aussi, appréhende la Colère de ton Seigneur ; aie peur de Lui et crains-Le. "
Omar répéta le dernier vers :
" Âme ! Tu n'aurais dû point exister, ni la passion à laquelle tu t'adonnes.
Aussi, appréhende la Colère de ton Seigneur ; aie peur de Lui et crains-Le. "
Omar dit ensuite : " C'est pour de tel objet que doit chanter tout chanteur. "
L'imam Shâfi'î a dit : " La poésie n'est que des paroles. Ce qui est bon en elle est bon et ce qui en est mauvais est mauvais. "
L'imam an-Nawâwî a dit : " Il n'y a aucun inconvénient à déclamer la poésie à la mosquée si elle chante les louanges de la prophétie et de l'Islam, ou si elle prend la forme de sages sentences ou si elle porte sur les vertus morales ou encore si elle traite de l'ascétisme ou d'autres thèmes du bien. "
Abû Bakr Ibn al-'Arabî al-Mâlikî a dit, en commentant les sounanes de Tirmidhi : " Il n'y a aucun inconvénient à déclamer la poésie dans la mosquée si elle chante les louanges de la religion et de la sharî'a " .
A propos du chant du chamelier, " L'autorité de l'Islam ", al-Ghazâlî a dit dans son " lhyâ " : " Le chant du chamelier, chanté derrière les chameaux, fait partie de la coutume des Arabes au temps de l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - et à l'époque des Compagnons. Ce ne sont que des vers qui se chantent avec des voix douces et sur un temps rythmé. On n'a jamais rapporté que l'un des Compagnons l'a désavoué. "
Anas a dit que : " Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - était en voyage. Un jeune homme, nommé Anjashat, déclamait au groupe des poésies. L'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - lui dit : " Doucement, ô Anjashat ! Tu conduis (sur des chameaux) de faibles femmes. "
Anas Ibn Mâlik a dit : " Le Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - avait un chamelier nommé Anjashat. Celui-ci avait une belle voix. L'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - lui dit : " Ô Anjashat ! Doucement ! Ne brise pas les tendres femmes ! "
Al-Hâfiz Ibn Hajr, dans son commentaire de Bukhârî, a dit : " Par Dieu ! Tu conduis (sur des chameaux) de faibles femmes. " Il est fait allusion à ces femmes qui, parfois, étaient conduites à dos de chameaux. L'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la paix - demanda donc au chamelier de ménager les bêtes car, son chant cadencé excitait les chameaux à accélérer leur marche. Dans ce cas, les femmes n'étaient plus assurées de ne pas tomber. Par contre, lorsque les bêtes allaient lentement, ces femmes n'avaient plus aucune crainte. "
Il a dit en outre que le chant du chamelier était licite. Par contre, chez les hanbalites, il existe des divergences entre eux : certains l'interdisent en s'appuyant dans leurs arguments sur des hadîths authentiques.
Au chant du chamelier, il faut joindre celui des pèlerins qui manifestent leur ardent désir en mentionnant la Ka'ba et autres endroits saints. Dans le même ordre d'idées, il en est de même pour les chants qui stimulent les mujahidines sur le champs de bataille.
At-Tabarânî, par la voie d'Ibn Juraj, a dit : " J'ai interrogé 'Atâ au sujet du chant des chameliers, de la poésie et du chant en général. " Il a répondu " Ils ne présentent aucun inconvénient dans la mesure où ils ne contiennent pas des propos immoraux. "
Ibn Battâl a dit : " La poésie qui mentionne Dieu et Le glorifie, magnifie Son Unicité, incite à Lui obéir et à se soumettre à Lui est chose bonne et recommandable. C'est le sens qu'indique ce hadîth : " Il y a dans certaine poésie, de la sagesse. Par contre, elle est blâmable lorsqu'elle véhicule le mensonge et la perversité... "
Puis ibn Battâl ajoute : " En conclusion : Le chant du chamelier qu'il soit en prose ou en poésie, se pratiquait en présence du Prophète - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. Ce ne sont que des vers cadencés par des voix douces et des airs rythmés. "
Le docte as-Safâraynî a dit dans " Manzûmatu al-âdâb " : " Le chant du chamelier qui conduit les chameaux et le chant des Bédouins sont permis. "
As-Safâraynî a dit également : " Il y a permission sans qu'il y ait quelque chose de répréhensible dans la pratique des chants et cela d'après d'innombrables récits, et ce qui apparaît dans l'histoire (traditionnelle) de poèmes chantés et de chameliers chantant lors des voyages. Certains savants mentionnent le consensus des savants sur la licité du chant de chamelier. "
Le faqîh Khalîl an-Nahlâwî ad-Dimashqî, dans son livre " al-Hazar wa al-ibâha ", rapporte que l'auteur des " fatâwa al-khayriyya ", après avoir reproduit les opinions des oulama et leurs divergences au sujet de l'audition (des poèmes et des chants) a dit " quant à l'audition (de chants) de nos maîtres soufi, elle échappe à ces divergences, elle passe du degré de permission (al-ibâha) à celui du degré d'être conseillée (mustahab). "
Il résulte que le but des chants porte sur l'éducation, l'exhortation au bien et l'utilité. C'est parce que par sa nature, l'audition favorise la stimulation du potentiel caché des âmes et l'excitation des composantes des cœurs, pour ressortir leur quiétude dans l'enceinte de la sainteté Divine et leur amour ardent pour les lumières du Prophète Mohammad - que Dieu lui accorde la grâce et la paix -. C'est du moins ce que les maîtres du soufisme ont décrit et qui, de leurs voix, étouffent les vaines distractions de la vie et ne se regroupent pas pour se consacrer aux futilités. Leur état les transporte en un terrain qui n'est pas celui des autres hommes. Leur secret : ils entendent ce que les gens n'entendent pas ; ils prennent connaissance de ce que les gens ne connaissent pas. Leur audition stimule la beauté de leurs états d'âme, leur dévoile le fond de leur conscience, excite le désir ardent dissimulé en leur fort intérieur et remue les sentiments de leurs cœurs, du moment que ceux-ci sont attachés à leur Seigneur, recherchant la solitude en Sa présence et aspirant à se rapprocher le plus possible de Lui.
Il est vrai que l'audition irrigue leurs âmes et accélère leur progression vers Dieu, contrairement à l'audition entretenue par les libertins. Ceux-ci se réunissent pour se distraire aux sons d'instruments musicaux qui sèment dans leurs cœurs la perversité et l'immoralité au point d'oublier totalement leurs devoirs à l'égard de Dieu. C'est pourquoi, il n'est pas possible de comparer les vertueux avec les pervers, ni les hommes de bien avec les vilains.
L'exposé des faits concernant les avantages de l'audition des maîtres soufis réjouit les âmes et rassérène les cœurs. Voici quelques témoignages à leur sujet :
Muslim al-Abâdânî a dit : " Sâlih al-Murâ, 'Atabat al-Ghulâm, 'Abd al-Wâhid Ibn Zayd et Muslim al-Aswârî se sont installés, une nuit, sur le littoral. Je leur ai préparé à manger. Je les ai invités à venir chez moi. Lorsque j'ai posé le plat devant eux, l'un d'eux a déclamé ce vers :
" Les nourritures te distraient de la demeure éternelle.
Et la fascination de l'âme n'est point profitable. "
En entendant ce vers, 'Ataba al-Ghulâm poussa un cri et s'effondra sans connaissance. Les autres pleurèrent. Aussi, ai-je débarrassé la table, sans qu'ils aient goûté une seule bouchée. "
Abû 'Uthmân, at-Naysâbûr a dit : " Un poète déclama ces vers devant al-Hârith al-Muhâsibî :
Dans mon exil, je pleure ce que l'œil d'un étranger pleure.
Le jour de mon départ, j'avais le mal du pays.
Etonnant que je puisse abandonner ma patrie alors que mon bien-aimé s'y trouvait.
Il se leva en pleurant et en éprouvant un état spirituel intense (tawajada), jusqu'à ce que les gens présents furent amenés à invoquer la miséricorde de Dieu en sa faveur. "
Lorsque Dhûl an-Nûn al-Miçrî arriva à Bagdad, un groupe de soufis vint le voir. Ils étaient accompagnés de leur " chanteur ". Ils lui demandèrent la permission de déclamer quelques vers. Il lui permit de chanter :
" La moindre expression de ton amour me fait souffrir.
Qu'en serait-il alors s'il s'était totalement emparé de moi ?
Et toi, tu as réuni dans mon cœur un amour qui était éparpillé
N'auras-tu pas de compassion pour un mélancolique qui pleure quand l'insoucieux rit ? "
Ayant Entendu ces paroles, Dhûl Nûn voulut se lever mais il tomba sur sa face.
Il a été rapporté également que " Abû al-Husayn an-Nûrî se trouvait en compagnie d'un groupe de gens dans une assemblée. La discussion tourna autour de la science. Abû al-Husayn demeurait silencieux. Puis, il leva la tête et déclama ces vers :
" Quand, tristement, la colombe roucoule tôt le matin, son air morose pénètre l'ombre de mon rameau.
Elle me rappelle le bon compagnon de longue durée ; elle pleure son chagrin et alors ma tristesse se déchaîne.
Peut-être que mes pleurs lui ont fait perdre le sommeil et ses larmes, probablement, m'ont privé du mien. "
Je plains ce que je ressens en elle et elle pleure ce qu'elle ressent en moi.
Sauf que moi je connais son mal d'amour et elle, aussi, connaît le mien.
Toutes les personnes présentes, sans aucune exception, se levèrent en éprouvant un état spirituel intense. Leurs discussions rationnelles ne leur avaient pas procuré ces états d'âmes, quoi que la science soit une vérité et une bonne chose.
As-Safâraybî a dit dans " Ghidhâ al-Albâb " : " L'audition stimule ce qui se trouve dans les cœurs et les met en branle. Cela se produit quand les cœurs des gens sont pleins des invocations de Dieu, purifiés des altérations des plaisirs, brûlant d'amour de Dieu, n'ayant de préoccupation que Lui. C'est que le désir ardent, l'amour passionné, l'agitation fébrile et l'émoi se cachent dans leurs cœurs comme le tir de la balle se dissimule derrière la gâchette d'une arme ; ils ne se libèrent que lorsqu'ils rencontrent les affinités des éléments qui leur ressemblent. Or, ce que les auditeurs entendent, ce n'est rien d'autre que ce qu'ils ressentent dans leurs cœurs. Aussi, cette concordance entre ce qu'ils entendent et ce qu'ils éprouvent fortement dans leurs cœurs avec la force de son pouvoir stimulant, fait réagir leurs organes. Ce n'est pas l'auditeur qui, de sa propre initiative, fait remuer son cœur. C'est plutôt ces martèlements qui ébranlent l'immobilité des cœurs qui, dès lors, pour se libérer de leurs agitations, envoient aux membres du corps la dynamique du mouvement et des cris en parallèle à ce qui se passe dans les cœurs, par les effets de l'audition. "
C'est pourquoi, Abû al-Qâsim al-Junayd a dit: " L'audition ne crée rien dans les cœurs. Elle ne fait que stimuler ce qui s'y trouve. Ainsi, tu vois les gens s'exciter de leur (wajd) amour passionné et exprimer ce que recèle l'intériorité de leurs secrets intimes. Ce n'est donc pas la parole du poète qui en est à l'origine. Les auditeurs ne font même pas attention à ce qu'il dit car la compréhension du texte a déjà précédé ce que la pensée imagine.
La preuve en est donnée par cet événement : Abû Hikmân aç-çûfî a entendu un homme, lors de ses circumambulations (autour de la ka'ba), appeler quelqu'un : " Yâ satara birrî. " Il s'évanouit aussitôt. Lorsqu'il reprit conscience, on lui demanda ce qu'il lui avait pris. Il répondit : " Je l'ai entendu dire " is'a tara birrî " cherche Moi, tu verras Ma charité. " Nous remarquons donc que son geste (quoi qu'inconscient) prend naissance dans ce qu'il éprouve lui et non dans ce que cet homme disait ou voulait dire.
Un des chuyûkh a entendu quelqu'un dire : " al khiar (le concombre) dix pour un grain (habbah) ". Son (wajd) amour passionné le gagna. On lui demanda la raison de son état. Il répondit : " Si un grain vaut dix (al khiar) meilleurs (dans leur foi), que serait la valeur des pervers (dans leur Foi) ? " En effet le mot al khiar signifie à la fois concombre et hommes de l'élites (les meilleurs).
Celui qui brûle d'amour pour Dieu n'est pas gêné par les mots opaques pour comprendre les sens subtiles puisqu'il ne s'arrête pas au son des voix, et à la vision des images. Celui qui prétend que l'audition se ramène à la finesse des sens et à la douceur des sons, alors il n'a pas compris le secret de l'audition.
On dit : L'audition est une réalité divine et une (latifah) donnée subtile d'ordre spirituel. Elle parvient du assami' (l'entendant par excellence Dieu), et irradie les secrets intimes par les dons subtils et les lumières. Elle brise dans le cœur ce qui ne devrait pas être pour n'y laisser que ce qui est éternel. Il s'agit d'une audition de la Vérité pour la Vérité par La Vérité.
On a dit : L'état qui atteint (al mutawajid) l'amoureux passionné, est dû à sa faiblesse, il n'est pas à même de supporter ce qui arrive vers lui dès l'affluence des lumières qui submergèrent la porte d'entrée de son cœur. C'est alors que stupéfait, il perd son esprit. Dès lors, il se dégage en libérant ses effets sur les membres du corps. C'est ainsi que le cri strident qui émane de lui, le soulage. Ceci se produit plus particulièrement chez ceux qui sont au début de leur initiation. Quant à ceux qui parviennent aux termes de leur évolution spirituelle, l'épanouissement de leur poitrine leur apporte généralement le calme et la stabilité. Il n'en reste pas moins que, dans la sérénité éprouvée, ils s'agitent et dans leur fermeté, ils sont secoués. C'est ainsi que lorsqu'on demanda à Abû al-Qâsim al-Junayd pourquoi on ne le voyait pas s'agiter au moment de l'audition, il répondit par ce verset : " Tu verras les montagnes, tu les crois figées, alors qu'elles passent comme des nuages. " (Coran, 27/88)

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