|
Les termes du dhikr et ses formules
Le dhikr dans toutes ses formules est un remède aux maladies du cœur, et aux
maux de l'âme. Citons parmi ces formules, celles-ci : Il n'y a de dieu que Dieu
(la illaha illa Allah), la prière sur le Prophète - que Dieu lui accorde la
grâce et la paix -, la demande du pardon, certains des plus beaux Noms de Dieu
et le nom singulier " Allâh " etc. Tous ces remèdes ont été tirés
de la pharmacopée du Coran et de la Sunna.
Les formules des invocations sont à la fois nombreuses et diverses. Chacune
d'elles produit un effet particulier sur le cœur et détermine une réaction
psychologique appropriée. Les guides spirituels s'érigent en médecins des cœurs
et se constituent en héritiers de l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la
grâce et la paix - sur le plan de la da'wa, de l'orientation et de
l'éducation. Ils font découvrir à leurs disciples les invocations précises
qui correspondent à leurs états et à leurs besoins. Ils les assistent dans
leur marche ascendante vers l'agrément de Dieu. Ils jouent, en quelque sorte,
le rôle du médecin des corps qui donne aux malades divers médicaments, leur
prescrit un traitement approprié à leurs maux, puis change la nature du
médicament en fonction de leur cheminement vers la guérison.
C'est pourquoi, le novice, engagé dans la voie vers Dieu, doit être en
relation avec son maître à qui il demande conseille, lui expose les avantages
spirituels qu'il éprouve dans son dhikr, ainsi que ce qu'il reçoit comme
sentiments bénéfiques qui habitent le cœur et la part de félicité qui anime
l'âme. C'est ainsi qu'il réalise des progrès, de plus en plus ascendants,
dans son élévation morale et dans les connaissances divines.
La règle du dhikr avec l'énoncé du seul Nom " Allâh "
Le dhikr en formulant le Nom singulier " Allâh " est permis. Ces deux
versets l'attestent :
- " Rappelle-toi le Nom de ton Seigneur et consacre-toi totalement à Lui.
" (Coran, 73/8)
- " Invoque le Nom de ton Seigneur, matin et après-midi. " (Coran,
76/ 25)
Selon Anas Ibn Mâlik, l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la grâce et la
paix - a dit :
- " L'Heure ne surviendra que lorsqu'il ne sera plus dit sur terre : Allâh
! Allâh ! "
Dans ce hadîth, le Nom singulier " Allâh " est mentionné à la fois
seul et plusieurs fois.
Dans une autre version citée également d'après Anas, l'Envoyé de Dieu - que
Dieu lui accorde la grâce et la paix - a dit :
" L'Heure ne surviendra pas tant qu'il y aura quelqu'un qui dit : Allâh !
Allâh ! "
Commentant ce dernier hadîth, 'Alî al-Qârî a dit : " C'est-à-dire que
" Allâh " ne sera plus mentionné. Il n'y aura plus une sagesse dans
l'existence des hommes. Il en résulte que la continuité du monde dépend de la
bénédiction (la baraka) des 'oulama actifs, des adorateurs vertueux et de la
totalité des croyants. C'est là le sens que lui a donné at-Tayyîbî,
c'est-à-dire jusqu'au moment où l'on ne dira plus " Allâh ! Allâh !
" Autrement dit, jusqu'au moment où le Nom de Dieu ne sera plus mentionné
et ne sera plus adoré. "
Les versets et les hadîths qui font désirer le dhikr, revêtent un caractère
général et libre. Ils ne précisent pas un dhikr particulier. Il n'y a aucun
texte légal qui interdit la mention du Nom " Allâh " d'une manière
isolée.
A partir de là, nous constatons l'erreur commise par certains qui, par
précipitation, s'opposent à la mention du Nom de Dieu " Allâh "
d'une manière isolée, argumentant qu'il n'existe aucun texte, dans le Livre et
la Sunna, qui en fasse référence. Pourtant, comme nous venons de le citer, les
versets à ce sujet sont bien clairs.
D'autres manifestent la même opposition sous prétexte qu'on ne peut construire
une phrase significative avec un seul mot, comme c'est le cas si on dit : Dieu
le majestueux. (Allah Jalîl)
La réponse à opposer à ces objections est : L'invocateur qui recourt à
l'énoncé de ce Nom d'une manière isolée, ne s'adresse pas à une créature.
Aussi, la parole, qu'il prononce ne doit pas nécessairement revêtir un sens
aussi complet qu'utile. C'est parce qu'il mentionne Dieu qui connaît bien
l'âme de l'invocateur et Il est informé sur son cœur. D'ailleurs, les savants
ont émis des opinions favorables à l'énoncé du Nom Allâh d'une manière
isolée.
Voici quelques-unes d'entre elles :
Le savant Ibn 'Abidîn, dans son célèbre commentaire de la Basmala (Au Nom
d'Allah clément et miséricordieux) et l'étude qu'il a faite au sujet du terme
" Allâh " a dit : " Selon Hishâm, qui le tient de Abû Hanîfa,
l'expression " Allâh " est le Nom Suprême (al-a'dham) de Dieu. C'est
la même idée qui revient sous la plume de at-Tahhâwî : Chez plusieurs
savants et la plupart des connaisseurs, il n'y a pas de mention qui se situe
au-dessus de la mention de Dieu par Son Nom " Allah ". C'est ce que
nous relevons aussi dans le commentaire d'Ibn Amîr Hâj. "
Le docte al-Khâdimî a dit : " Sache que le Nom de Majesté " Allâh
" est le Nom Suprême chez Abû Hanîfa, al-Kasâï, ash-Sha'bî, Ismâ'ïl
Ibn Ishâq, Abû Hafs et la plupart des autres savants. C'est la conviction de
la grande majorité des chuyûkh du soufisme et des connaisseurs avertis. Pour
eux, il n'y a pas de dhikr qui occupe un rang plus élevé que la mention du
seul Nom " Allâh ". D'ailleurs, Dieu dit à Son Prophète - que Dieu
lui accorde la grâce et la paix - : " Dis : Allâh ! Et écarte-toi
d'eux... " Coran.
Al-Manâwî a expliqué ce hadîth : " Dieu dit : " Je suis avec Mon
adorateur aussi longtemps qu'il Me mentionne et que ses lèvres articulent Mon
nom. " A son sujet, il a dit : " Il est avec celui qui Le mentionne
avec son cœur, avec celui qui Le mentionne avec sa langue. " Mais la première
mention est plus parfaite. Il a cité la langue pour faire comprendre
l'interaction qui existe entre le plus élevé et le plus bas. Il n'en reste pas
moins que son amour pour Dieu et son dhikr, quand ils s'emparent de son cœur et
de son esprit et les occupent, l'élèvent auprès de Lui et le situent avec
Lui. L'obligation du dhikr, chez les ascètes (les soufis), est, en effet, l'un
des piliers qui conduisent à Dieu le Très-Haut. Il se divise en trois parties
: le dhikr général (de tout le monde) avec la langue ; le dhirk de l'élite
avec le cœur et le dhikr des gens spéciaux parmi l'élite, dont
l'anéantissent de leur individualité se réalise dans la proximité de
l'Invoqué (Dieu), au point que la Vérité se manifeste à eux en toute
occasion.
Les soufis disent : " Il n'y a pas dans le comportement du cheminant vers
Dieu plus utile que le dhikr isolé, coupé de tout autre que Dieu. Il nous est
parvenu de leurs écrits sur la réalité du dhikr, ses effets et ses
manifestations ce qui ne peut être compris que par ceux qui en apprécient la
saveur par goût et expérience. "
L'imâm al-Junayd a dit : " L'invocateur de Dieu par Son Nom " Allâh
" est ravi à lui-même. Il est en relation avec son Seigneur,
accomplissant le Droit qui Lui revient et Le regardant avec son cœur. Les lumières
de la vision présencielle ont brûlé ses attributs humains. "
Sidi Abû'l 'Abbâs al-Mursî a dit : " Que ton dhikr se résume à "
Allâh ! Allâh ! " Ce Nom est le sultan parmi les autres Noms. Il possède
une étendue où il évolue et un fruit qu'il récolte. La science est son
étendue. La lumière en est le fruit. Ce n'est pas l'essence de la lumière
elle-même qui est visée mais c'est ce qu'elle dévoile. Aussi, convient-il de
mentionner Son Nom d'une manière abondante et d'accorder sa préférence à ce
procédé de dhikr parce qu'il renferme en lui tout ce qu'il y a dans " Il
n'y a de dieu que Dieu ", tous les dogmes, toutes les sciences, les
morales, et les vérités etc.
Le connaisseur de Dieu Ibn 'Ajîba a dit : " Le Nom singulier " Allâh
" est le sultan des Noms. C'est le Nom Suprême de Dieu. Le disciple
continuera à le mentionner et à être remué par lui jusqu'à ce qu'il se
mêle et s'intègre à sa chair et à son sang et que ses lumières coulent dans
toute sa totalité et dans ses moindres parties. Le dhikr se transporte ensuite
au sœur, puis à l'âme, puis à son secret intime. A ce moment, la langue
devient muette et ainsi il accède au dévoilement et à la vision oculaire.
"
" Ô disciple sincère ! Attache-toi à la mention du Nom singulier de Dieu
" Allâh " si ton guide spirituel te le permet et te le conseille.
C'est le moyen le plus rapide qui extirpe les racines de l'âme concupiscente
(al nafs) plus vite qu'on ne le ferait avec un couteau tranchant. "
Quant à la bouffée de chaleur, et au resserrement de la poitrine du disciple,
quand il pratique le dhikr avec le Nom Allah, lors de ses débuts dans la voie
spirituelle, c'est parce que son nafs ne trouve pas son compte dans ce genre de
dhikr, qui débarrasse le cœur du monde des créatures et le vide de tous les
univers. C'est pourquoi les maîtres spirituels ordonnent à leurs disciples de
faire le dhikr par la formule " la illaha illa Allah " (Il n'y a de
dieu que Dieu) à leur commencement dans la voie spirituelle. Lorsque la
négation " il n'y a de dieu " et l'affirmation " que Dieu "
se confirment dans leur cœur, le maître les déplace alors vers le dhikr par
le Nom singulier de Dieu " Allah " en leur enjoignant l'abondance de
ce dhikr et de combattre leur nafs pour supporter l'aigreur de la phase en
cours. S'ils n'ont pas, au début de leur cheminement, la patience de supporter
l'amertume qui envahit leurs âmes, et négligent la mention du Nom singulier
" Allah " ; dès lors, ils arrêteront alors leur progression et se
priveront d'un énorme bienfait en raison de l'altération de leur
détermination et la faiblesse de leur volonté.
Par contre, s'ils se montrent résolus à mentionner ce Nom " Allah "
et s'ils font preuve de patience en demeurant ferme dans cet état, ce Nom
s'imprimera dans leurs cœurs. Leur insouciance se déplacera et cédera sa
place à ce Nom qui circulera dans leurs veines et se mélangera à leurs
esprits. Dès lors, l'Invoqué (Dieu) sera en face d'eux. Et quand les gens
seront distraits, eux, ils ne perdront jamais de vue la présence de leur
Seigneur. C'est ainsi qu'ils se hisseront au rang de ceux qui excellent (al
mouhssinoun), comme l'a indiqué l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la
grâce et la paix - : " L'Excellence ", c'est adorer Dieu comme si tu
le voyais... "
Envoyer cet article |